Duccio di Buoninsegna, « Le Christ reconduit devant Pilate »

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Panneau 8 : Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19), Le Christ devant Hérode et Le Christ reconduit devant Pilate

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Cristo ricondotto a Pilato (Le Christ reconduit devant Pilate)

Tempera et or sur panneaux, 50 x 57 cm.

Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.

Jésus se trouve donc conduit une nouvelle fois dans le prétoire du palais dont nous reconnaissons dorénavant les caractéristiques architecturales bien définies. Commence alors le second interrogatoire du Christ par Pilate. Il est dorénavant vêtu de la robe blanche bordée de rouge, celle qui permet d’identifier les fous. Un soldat la lui a présentée lors de l’entrevue avec Hérode à laquelle nous venons d’assister, entrevue qui a tourné court faute d’un intérêt suffisant de sa part pour la personne du Christ grâce à qui il espérait égayer sa journée.

C’est dans cette même scène que nous voyons une nouvelle fois la colonne centrale de l’atrium du palais de Pilate jouer un rôle curieux et, disons le, décisif dans la représentation (il y aura en tout six occurrences de ce phénomène, soit une occurence à chaque fois que nous retournerons dans le prétoire de Pilate). Si Duccio ne maîtrise pas la perspective centrale à un point fuite (cette dernière ne sera théorisée et appliquée rigoureusement par les peintres que dans plus d’un siècle), on sait, nous l’avons déjà vu, qu’il utilise des procédés plus ou moins empiriques pour créer une illusion de profondeur qui se révèle toujours d’un effet très efficace visuellement. Pourtant, cette colonne est, à chaque fois que nous la retrouvons, l’objet d’une aberration spatiale. S’agit-il d’une maladresse ? Nous sommes nettement enclins à penser que Duccio introduit ici, à nouveau [1], un stratagème visant à mettre en avant un détail pou un personnage, en particulier dans cette scène, la figure de Jésus ; sachant pertinemment qu’un objet situé au premier plan cache nécessairement, au moins en partie, celui qui est situé au second plan, Duccio place les pieds de Jésus à l’arrière de la base de la colonne, localisant ainsi la figure du Christ sous le péristyle, mais en risquant de la cacher en partie derrière la colonne. C’est pourquoi, paraissant s’enrouler en spirale autour du fût de la colonne, le haut du corps du Christ en cache dorénavant une partie et passe ainsi au premier plan. Refusant de figurer le Christ à demi caché par un élément architectural devenu encombrant, Duccio fait fi d’un réalisme qui irait contre son intention et invente ce qui, loin d’être une erreur, se révèle bien être un stratagème de peintre pour éviter de placer Jésus ailleurs qu’au premier plan. Dès lors que Duccio exploite cette même colonne pour construire un système de représentation, comme nous le verrons par la suite, on se plaît à penser qu’il s’agit d’une intention parfaitement réfléchie.

Jésus parle avec Pilate. On remarque cependant qu’il n’est pas en situation de le voir. Il ne peut, en effet, le voir puisque ce dernier est assis sur la deuxième marche d’un curieux siège en forme d’escabeau, c’est-à-dire au troisième plan par rapport au Christ. C’est ainsi que Duccio donne à voir un dialogue de sourds autant que d’aveugles entre Jésus et Pilate qui se déroule devant nous.

[1] Dans la Dernière Cène, nous avons vu que le rabattement du plan de la table, parallèlement à celui de l’image opéré par Duccio avait la fonction bien précise de permettre au spectateur de voir les éléments rassemblés sur cette table.