Selon la Bible, Ezéchiel, troisième des quatre grands prophètes (après Isaïe et Jérémie, et avant Daniel), « est un prêtre du Temple de Jérusalem qui vécut au VIe siècle avant Jésus-Christ. Déporté à Babylone au temps de la prise de Jérusalem, il prophétise sur le Temple et la nation. Le livre d’Ezéchiel donne des visions souvent reprises dans le judaïsme et le Nouveau Testament ». [1]La Croix, https://www.la-croix.com/Religion/ezechiel-prophete-ancien-testament-bible.
« Le livre des prophéties d’Ezéchiel peut être divisé en trois parties : la première, la dénonciation des péchés du peuple élu qui porteront à l’inévitable châtiment de Dieu, arrivant à son comble dans la chute de Jérusalem (Ezéchiel, chapitres 1-24). La deuxième partie est l’annonce de la ruine des peuples idolâtres (chapitres 25-32). Dans les derniers chapitres (33-48) le prophète reçoit de Dieu la mission de rappeler le peuple israélite à la conversion de ses péchés (33, 10-20) et d’annoncer son avenir par la vision d’une nouvelle Jérusalem, la fondation d’un nouveau culte et d’une nouvelle terre sous le guide d’un nouveau pasteur, David. » [2]« Prophète Ézéchiel », Site des Musei Vaticani : https://m.museivaticani.va/content/museivaticani-mobile/fr/collezioni/musei/cappella-sistina/volta/sibille-e-profeti/profeta-ezechiele.html.
La vision du char de Yahvé
Dans le premier chapitre du Livre d’Ézéchiel, le prophète raconte sa vision du chariot de Dieu passant devant ses yeux tiré par le Tétramorphe. À la fois modèle du genre visionnaire et l’une des scènes les plus célèbres du Tanakh et de l’Ancien Testament, ce texte est à la fois une expérience d’extase devant Dieu et une source essentielle pour la grande vision du livre de l’Apocalypse, scène fantastique aux motifs complexes et énigmatiques. Elle a inspiré d’importants commentaires médiévaux, notamment celui de Grégoire le Grand, largement repris par les gloses bibliques.
Même si la vision de ce « char de Yavhé » reste obscure, le sens général en est parfaitement clair : la présence de Dieu n’est pas attachée à un lieu déterminé, elle accompagne les Juifs fidèles dans leur exil[5].
Les trois premiers versets du Livre d’Ézéchiel [3]« 1 Et factum est in trigesimo anno, in quarto, in quinta mensis, cum essem in medio captivorum juxta fluvium Chobar, aperti sunt cæli, et vidi visiones Dei. 2 In quinta mensis, ipse est annus quintus transmigrationis regis Joachim, 3 factum est verbum Domini ad Ezechielem filium Buzi sacerdotem, in terra Chaldæorum, secus flumen Chobar : et facta est super eum ibi manus … Poursuivre « donnent le contexte de la vision : le lieu (les rives d’un fleuve de Chaldée), le moment (l’exil à Babylone, soit au VIe siècle avant notre ère), le statut du visionnaire (prêtre). Quant au pluriel « visiones Dei », il annonce les deux visions successives du Char de Yahvé, qui se déroulent aux livres 1 [4]« Alors que je regardais, un vent impétueux est arrivé du nord, ainsi qu’une grande nuée et une gerbe de feu. Tout autour, une lumière rayonnait. Au centre, il y avait comme un éclat étincelant qui sortait du milieu du feu. 5 Au centre encore, quelque chose ressemblait à quatre êtres vivants. Leur aspect était proche de celui des hommes. 6 Chacun d’eux avait quatre visages … Poursuivre et 10 [5]« J’ai regardé et j’ai vu, sur la voûte céleste qui était au-dessus de la tête des chérubins, comme une pierre de saphir dont l’aspect ressemblait à un trône; c’était ce qui se voyait au-dessus d’eux. 2 L’Eternel a dit à l’homme habillé de lin : ‘Va à l’intérieur du tourbillon, sous les chérubins ! Remplis tes mains de charbons ardents que tu prendras … Poursuivre — celle d’Ez 10 réitère Ez 1, en la déplaçant sur le seuil du Temple et en ajoutant des renseignements importants (tels que les chérubins et l’homme à tunique de lin). Notons que, loin des scrupules augustiniens et malgré le respect vétérotestamentaire de la transcendance divine, la Vulgate utilise ici l’expression « visio Dei » pour une vision nourrie d’images corporelles. Le moment visionnaire à proprement parler commence au verset 4 avec les termes : « Et je vis [6]« Et vidi. » ». [7]Véronique ROUCHON MOUILLERON, « Vision spirituelle et images combinées », dans Images Re-vues, Hors-série 9 (2020). Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/imagesrevues.8647. Dans ce même article, Véronique Rouchon Mouilleron évoque le principe d’une « hiérarchie ternaire » de la vision selon saint Augustin : « On sait que saint Augustin classe les procédés de vision selon … Poursuivre
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Notes
| 1↑ | La Croix, https://www.la-croix.com/Religion/ezechiel-prophete-ancien-testament-bible. |
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| 2↑ | « Prophète Ézéchiel », Site des Musei Vaticani : https://m.museivaticani.va/content/museivaticani-mobile/fr/collezioni/musei/cappella-sistina/volta/sibille-e-profeti/profeta-ezechiele.html. |
| 3↑ | « 1 Et factum est in trigesimo anno, in quarto, in quinta mensis, cum essem in medio captivorum juxta fluvium Chobar, aperti sunt cæli, et vidi visiones Dei. 2 In quinta mensis, ipse est annus quintus transmigrationis regis Joachim, 3 factum est verbum Domini ad Ezechielem filium Buzi sacerdotem, in terra Chaldæorum, secus flumen Chobar : et facta est super eum ibi manus Domini. » ((« 1 La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, je faisais partie des exilés, près du fleuve Kebar. 2 Le ciel s’est ouvert et j’ai eu des visions divines. Le cinquième jour du mois – c’était la cinquième année de l’exil du roi Jojakin – 3 la parole de l’Eternel a été adressée à Ezéchiel, le fils du prêtre Buzi, dans le pays des Babyloniens, près du fleuve Kebar. C’est là que la main de l’Eternel a reposé sur lui. » Ez 1, 1-3. |
| 4↑ | « Alors que je regardais, un vent impétueux est arrivé du nord, ainsi qu’une grande nuée et une gerbe de feu. Tout autour, une lumière rayonnait. Au centre, il y avait comme un éclat étincelant qui sortait du milieu du feu. 5 Au centre encore, quelque chose ressemblait à quatre êtres vivants. Leur aspect était proche de celui des hommes. 6 Chacun d’eux avait quatre visages et quatre ailes. 7 Leurs jambes étaient droites, et leurs pieds pareils aux sabots d’un taureau. Ils étincelaient comme du bronze poli. 8 Ils avaient des mains d’homme sous leurs ailes, sur les quatre côtés. Sur les quatre côtés, il y avait aussi leurs visages et leurs ailes, ceci pour chacun des quatre êtres vivants. 9 Leurs ailes se touchaient l’une l’autre. Ils se déplaçaient sans dévier, chacun allait droit devant lui. 10 Un de leurs visages ressemblait à celui des hommes, mais tous les quatre avaient aussi une face de lion à droite, une face de taureau à gauche et une face d’aigle. 11 Voilà pour leurs visages. Leurs ailes étaient déployées vers le haut. Deux de leurs ailes touchaient celle d’un autre et deux couvraient leur corps. 12 Chacun allait droit devant lui. Ils allaient là où l’Esprit allait. Ils se déplaçaient, et ils se déplaçaient sans dévier. 13 Ces êtres vivants ressemblaient, par leur aspect, à des braises incandescentes. C’était pareil à l’aspect de torches enflammées. Un feu circulait entre les êtres vivants. Il jetait de la lumière et il en sortait des éclairs. 14 Les êtres vivants couraient et revenaient comme la foudre.15 Je regardais ces êtres vivants et j’ai vu que sur la terre se trouvait une roue, à côté de chacun des êtres vivants aux quatre visages. 16 Dans leur aspect et leur structure, les roues avaient un éclat pareil à celui de la chrysolithe, et toutes les quatre étaient pareilles. Leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d’une autre roue. 17 Dans leurs déplacements, elles pouvaient suivre les quatre directions prises par les êtres vivants, et elles se déplaçaient sans dévier. 18 La hauteur de leurs jantes était effrayante, et les jantes des quatre roues étaient couvertes d’yeux tout autour. 19 Les roues suivaient les êtres vivants dans leurs déplacements: quand les êtres vivants s’élevaient au-dessus de la terre, les roues s’élevaient aussi. 20 Ils allaient là où l’Esprit allait, et les roues s’élevaient simultanément avec eux, car l’esprit des êtres vivants était dans les roues. 21 Quand ils se déplaçaient, elles se déplaçaient, et quand ils s’arrêtaient, elles s’arrêtaient; quand ils s’élevaient au-dessus de la terre, les roues s’élevaient simultanément avec eux, car l’esprit des êtres vivants était dans les roues. 22 Au-dessus de la tête des êtres vivants, la voûte céleste ressemblait à l’éclat d’un cristal. C’était impressionnant. Voilà l’étendue qu’il y avait au-dessus de leurs têtes. 23 Sous la voûte céleste, leurs ailes étaient tendues l’une contre l’autre, et ils en avaient chacun deux qui les couvraient, ils en avaient chacun deux qui couvraient leur corps. 24 J’ai entendu le bruit de leurs ailes, quand ils se déplaçaient: pareil au bruit des grandes eaux ou à la voix du Tout-Puissant, c’était un bruit aussi tumultueux que celui d’une armée. Quand ils s’arrêtaient, ils laissaient retomber leurs ailes. 25 Une voix retentissait au-dessus de la voûte céleste qui était sur leurs têtes, lorsqu’ils s’arrêtaient et laissaient retomber leurs ailes. 26 Au-dessus de la voûte céleste qui était sur leurs têtes, il y avait quelque chose de similaire à une pierre de saphir, qui ressemblait à un trône, et sur cette forme de trône apparaissait quelqu’un dont l’aspect ressemblait à celui d’un homme, tout en haut. 27 J’ai vu comme un éclat étincelant, comme du feu, qui l’enveloppait tout autour. Depuis ce qui semblait être ses hanches jusqu’en haut et depuis ce qui semblait être ses hanches jusqu’en bas, j’ai vu quelque chose de similaire à du feu, une lumière qui rayonnait tout autour. 28 Cette lumière qui rayonnait tout autour de lui avait le même aspect que l’arc-en-ciel dans les nuages un jour de pluie: c’était un reflet de la gloire de l’Eternel. A cette vue, je suis tombé le visage contre terre, puis j’ai entendu quelqu’un me parler. » Ez 1 4-28. |
| 5↑ | « J’ai regardé et j’ai vu, sur la voûte céleste qui était au-dessus de la tête des chérubins, comme une pierre de saphir dont l’aspect ressemblait à un trône; c’était ce qui se voyait au-dessus d’eux. 2 L’Eternel a dit à l’homme habillé de lin : ‘Va à l’intérieur du tourbillon, sous les chérubins ! Remplis tes mains de charbons ardents que tu prendras entre les chérubins et disperse-les sur la ville !’ Il y est allé sous mes yeux. 3 Les chérubins se tenaient sur la droite du temple quand l’homme y est entré, et la nuée remplissait le parvis intérieur. 4 La gloire de l’Eternel s’est élevée au-dessus du chérubin et s’est dirigée vers le seuil du temple. Alors le temple a été rempli de nuée et le parvis a été illuminé par la gloire de l’Eternel. 5 On a entendu le bruit des ailes des chérubins jusqu’au parvis extérieur. Il était pareil à la voix du Dieu tout-puissant lorsqu’il parle. 6 Lorsque l’homme habillé de lin a reçu cet ordre : ‘Prends du feu à l’intérieur du tourbillon, entre les chérubins’, il est allé se placer près d’une roue. 7 Alors un chérubin a tendu la main entre les autres chérubins pour atteindre le feu situé entre les chérubins. Il en a retiré des braises et les a mises dans les mains de l’homme habillé de lin. Celui-ci les a prises, puis il est sorti. 8 On voyait aux chérubins, sous leurs ailes, une forme de main humaine. 9 J’ai regardé et j’ai vu quatre roues près des chérubins, une près de chaque chérubin. Les roues avaient, dans leur aspect, un éclat pareil à celui d’une pierre de chrysolithe. 10 Toutes les quatre avaient le même aspect; chacune paraissait être au milieu d’une autre roue. 11 Dans leurs déplacements, elles pouvaient suivre les quatre directions prises par les chérubins, et elles se déplaçaient sans dévier; elles allaient du côté où se tournait la tête, sans dévier dans leur déplacement. 12 Tout le corps des chérubins – y compris leur dos, leurs mains et leurs ailes – était couvert d’yeux tout autour, ainsi que, pour eux quatre, les roues. 13 J’ai entendu qu’on appelait ces roues tourbillon. 14 Chacun avait quatre visages. La première face était une face de chérubin, la deuxième une face d’homme, la troisième une face de lion et la quatrième une face d’aigle. 15 Puis les chérubins se sont élevés. C’étaient les êtres vivants que j’avais vus près du fleuve Kebar. 16 Les roues suivaient les chérubins dans leurs déplacements et, quand les chérubins déployaient leurs ailes pour s’élever au-dessus de la terre, les roues ne se détournaient pas d’eux : même là elles les suivaient. 17 Quand ils s’arrêtaient, elles s’arrêtaient, et quand ils s’élevaient, elles s’élevaient avec eux, car l’esprit des êtres vivants était en elles. 18 La gloire de l’Eternel s’est retirée du seuil du temple et s’est placée au-dessus des chérubins. 19 Les chérubins ont déployé leurs ailes et se sont élevés de terre sous mes yeux quand ils sont sortis, accompagnés des roues. Ils se sont arrêtés devant l’entrée de la maison de l’Eternel, côté est, et la gloire du Dieu d’Israël était au-dessus d’eux, tout en haut. 20 C’étaient les êtres vivants que j’avais vus sous le Dieu d’Israël, près du fleuve Kebar, et j’ai reconnu que c’étaient des chérubins. 21 Chacun avait quatre faces et quatre ailes, et il y avait quelque chose qui ressemblait à des mains humaines sous leurs ailes. 22 Leurs visages ressemblaient à ceux que j’avais vus près du fleuve Kebar : c’était le même aspect, c’étaient eux. Chacun allait droit devant lui. |
| 6↑ | « Et vidi. » |
| 7↑ | Véronique ROUCHON MOUILLERON, « Vision spirituelle et images combinées », dans Images Re-vues, Hors-série 9 (2020). Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/imagesrevues.8647. Dans ce même article, Véronique Rouchon Mouilleron évoque le principe d’une « hiérarchie ternaire » de la vision selon saint Augustin : « On sait que saint Augustin classe les procédés de vision selon une hiérarchie ternaire, où il distingue la vision corporelle ‘par les yeux’, la vision spirituelle ‘par l’esprit humain’, la vision intellectuelle ‘par une intuition de l’âme intellectuelle’ (*). Dans cette troisième étape, la force intuitive de l’âme peut raisonner directement sur des idées, sans passer par les images que l’esprit emprunte encore au corps dans l’étape antérieure de la vision spirituelle. C’est dans ce degré le plus élevé qu’Augustin situe la « visio Dei » — où il s’agit d’ailleurs moins de la vision de Dieu, que de la contemplation de sa lumière et de sa vérité. »
(*) AUGUSTIN, De Genesis ad litteram libri duodecim, livre XII (trad. Olivier BOULNOIS, « Augustin et les théories de l’image au Moyen Âge », Revue des sciences philosophiques et théologiques, vol. 91-1, 2007, p. 75-92, part. p. 81-82. Mise en ligne : https://www.cairn.info/revue-des-sciences-philosophiques-et-theologiques-2007-1-page-75.htm. |
