Isaïe (Isaia)

Isaïe figure en première position sur la liste canonique des quatre grands Prophètes. Il n’existe aucun document historique susceptible d’apporter des informations avérées sur sa vie. Seule une tradition judaïque tardive qui figure dans un texte du Ier siècle après J.C. [1]Intitulé Ascensio Jesaïae (Ascension d’Isaïe), l’ouvrage est connu sous sa forme la plus complète dans un texte éthiopien rassemblant trois écrits antérieurs : 1) Le Martyre d’Isaïe (1, 1 ; 3, 12 ; 5, 1-4), œuvre juive malgré quelques ajouts chrétiens, sans doute rédigée en hébreu ou en araméen au Ier siècle av. ou apr. J.-C., proche des écrits de Qumrân (*). Elle … Poursuivre en raison de ses critiques politiques et religieuses contre le pouvoir judéen, et au prétexte d’une accusation de blasphème lancée par un faux prophète de Samarie.)) rapporte l’épisode de sa mort atroce.

« Isaïe figure sur presque tous les cycles consacrés à l’annonce de la venue du Christ. Certaines des citations tirés de son livre sont reprises fréquemment, surtout celles en lien direct avec la Nativité : Isaïe 7, 14, Isaïe 11, 1 et, moins souvent, Isaïe 6, 9. Ces textes figurent aussi bien dans des œuvres évoquant seulement la Nativité que dans des cycles consacrés à la vie publique du Christ. Pour les évocations de la Passion, les artistes ont repris surtout les versets du chapitre 53 : « Oblatus est quia ipse voluit, et non aperiet os suum. Sicut ovis ad occisionem ducetur, et quasi agnus coram tondente se, obmutescet et non aperiet os suum. » [2]« Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit; et nos putavimus eum quasi leprosum, et percussum a Deo, et humiliatum. Ipse autem vulneratus est propter iniquitates nostras; attritus est propter scelera nostra: disciplina pacis nostrae super eum, et livore ejus sanati sumus. Omnes nos quasi oves erravimus, unusquisque in viam suam declinavit: et posuit … Poursuivre.

Les visions de paix cosmique des prophètes de l’Ancien Testament, et particulièrement du prophète Isaïe, décrivent un bouleversement total de l’ordre violent du monde pour instaurer une harmonie universelle, morale et environnementale à la fin des temps. Dans un célèbre passage du Livre d’Ésaïe, le prophète décrit un monde où la loi de la prédation est abolie. Le loup habite avec l’agneau, la panthère se couche avec le chevreau, le lion mange de la paille comme le bœuf, et un petit enfant guide sans danger ces animaux [3]« Le loup habitera avec l’agneau, et la panthère se couchera avec le chevreau ; Le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache et l’ourse auront un même pâturage, leurs petits un même gîte ; et le lion, comme le boeuf, mangera de la paille. Le nourrisson s’ébattra sur l’antre de la vipère, Et … Poursuivre. 
Ailleurs, Isaïe annonce que les peuples afflueront vers la montagne de Sion et « forgeront leurs épées pour en faire des socs de charrue et leurs lances pour les changer en serpes » [4]« Il sera le juge des nations, l’arbitre d’un grand nombre de peuples. De leurs glaives ils forgeront des hoyaux (*), et de leurs lances des serpes : une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre. » (Is 2, 4).. Les instruments de destruction deviennent des outils de vie et d’agriculture. 
Pour les prophètes, la paix ne se résume pas à l’absence de guerre ; elle découle directement de la justice sociale et de l’équité pour les plus faibles (les orphelins, les veuves, les pauvres). Comme le rappelle encore Isaïe, « l’œuvre de la justice sera la paix » [5]« L’œuvre de la justice sera la paix, et le fruit de la justice le repos et la sécurité pour toujours. Mon peuple demeurera dans le séjour de la paix, dans des habitations sûres, dans des asiles tranquilles. » (Is 32, 17).. Le même livre associe cette ère nouvelle à la venue d’un Messie, un « rejeton issu du tronc d’Isaï » sur lequel reposent l’esprit de sagesse et de justice, parfois qualifié de « Prince de la Paix » [6]« Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, et la domination reposera sur son épaule ; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. » (Is 9, 5).. 
Cette vision s’achève par une transformation globale de la création : « car la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent » [7]Is 11, 9..

Iconographie
  • Il est identifié la plupart du temps par la prophétie : « Ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitur nomen ejus Emmanuel » [8]« Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) ». Livre d’Isaïe (Es 7, 14). dont seul le début est généralement inscrit sur un phylactère
  • Il a également pour attributs
    • une tige de l’arbre de Jessé qu’il tient à la main
    • une petite cuiller contenant un charbon ardent (souvenir de la purification de ses lèvres, voir plus bas)
    • une scie (souvenir de son supplice)

Scènes de la vie du Prophète Isaïe :

  • La vision du Seigneur entre des séraphins : « L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds, et deux pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre : ‘Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire’. » (Es 6, 1-3).
  • La purification des lèvres du prophète avec un charbon ardent après la vision du Seigneur qu’il a eue de ses propre yeux : « Je dis alors : ‘Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers !’ L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : ‘Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné’ .» (Es 6, 5-7)
  • Dieu apparaît à Isaïe et lui livre une révélation : « Ainsi parle le  Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée : Moi, je marcherai devant toi ; les terrains bosselés, je les aplanirai ; les portes de bronze, je les briserai ; les verrous de fer, je les ferai sauter. Je te livrerai les trésors des ténèbres, les richesses dissimulées, pour que tu saches que Je suis le Seigneur, celui qui t’appelle par ton nom, moi, le Dieu d’Israël. À cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : hors moi, pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre […]. »  (Es 45, 1-6).
  • Supplice mortel d’Isaïe : le roi Manassé, chef des ennemis, donne l’ordre de scier le cèdre dans le tronc duquel Isaïe s’est caché (celui-ci a été trahi par un pan de son manteau qui dépassait hors du tronc de l’arbre.).

Notes

Notes
1↑ Intitulé Ascensio Jesaïae (Ascension d’Isaïe), l’ouvrage est connu sous sa forme la plus complète dans un texte éthiopien rassemblant trois écrits antérieurs :
1) Le Martyre d’Isaïe (1, 1 ; 3, 12 ; 5, 1-4), œuvre juive malgré quelques ajouts chrétiens, sans doute rédigée en hébreu ou en araméen au Ier siècle av. ou apr. J.-C., proche des écrits de Qumrân (*). Elle raconte la mort d’Esaïe, scié en deux (**) sur l’ordre du roi Manassé (***).
2) Le Testament d’Ezéchias (3, 13 ; 4, 18), texte apocalyptique chrétien décrivant l’incarnation, la mort, la résurrection et l’ascension du Christ, la mission et la persécution de l’Eglise, l’avènement de l’Antéchrist (voir 1 Jn 2, 18n) et le jugement dernier.
3) La Vision d’Isaïe (6, 1 ; 14, 4), texte également chrétien, décrivant essentiellement les mêmes événements dans le cadre d’un voyage visionnaire à travers les « sept cieux » dont aurait bénéficié le prophète.

(*) Qumrân : site archéologique majeur situé en Cisjordanie sur les rives de la mer Morte, mondialement célèbre pour la découverte des manuscrits de la mer Morte.
(**) Le Livre des Hébreux décrit les souffrances et les persécutions endurées par les témoins de la foi à travers l’histoire : « Ils furent lapidés, sciés en deux, massacrés à coups d’épée ; ils allèrent çà et là, vêtus de peaux de moutons ou de chèvres, manquant de tout, harcelés et maltraités. » (He 11, 37)
(***) Manassé : douzième roi de Juda, connu dans la Bible pour avoir eu le règne le plus long (55 ans) et pour sa réputation d’impiété.

2↑ « Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit; et nos putavimus eum quasi leprosum, et percussum a Deo, et humiliatum. Ipse autem vulneratus est propter iniquitates nostras; attritus est propter scelera nostra: disciplina pacis nostrae super eum, et livore ejus sanati sumus. Omnes nos quasi oves erravimus, unusquisque in viam suam declinavit: et posuit Dominus in eo iniquitatem omnium nostrum. Oblatus est quia ipse voluit, et non aperuit os suum; sicut ovis ad occisionem ducetur, et quasi agnus coram tondente se obmutescet, et non aperiet os suum. » : « Cependant, ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; et nous l’avons considéré comme puni, frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie ; et l’Eternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. Il a été maltraité et opprimé, et il n’a point ouvert la bouche, semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent ; Il n’a point ouvert la bouche. » (Is 53, 4-7).
3↑ « Le loup habitera avec l’agneau, et la panthère se couchera avec le chevreau ; Le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache et l’ourse auront un même pâturage, leurs petits un même gîte ; et le lion, comme le boeuf, mangera de la paille. Le nourrisson s’ébattra sur l’antre de la vipère, Et l’enfant sevré mettra sa main dans la caverne du basilic. Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte ; car la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent. » (Is 11, 6-9).
4↑ « Il sera le juge des nations, l’arbitre d’un grand nombre de peuples. De leurs glaives ils forgeront des hoyaux (*), et de leurs lances des serpes : une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre. » (Is 2, 4).
5↑ « L’œuvre de la justice sera la paix, et le fruit de la justice le repos et la sécurité pour toujours. Mon peuple demeurera dans le séjour de la paix, dans des habitations sûres, dans des asiles tranquilles. » (Is 32, 17).
6↑ « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, et la domination reposera sur son épaule ; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. » (Is 9, 5).
7↑ Is 11, 9.
8↑ « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) ». Livre d’Isaïe (Es 7, 14).

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture