Simon le Mage

Simon le Mage ou Simon le Magicien, selon les chrétiens, ou encore Simon de Samarie (Gitton en Samarie [Israël actuelle], … – Rome (?), Ier siècle) : mage et chrétien gnostique, considéré comme hérétique par l’Église. Converti par la prédication de l’apôtre Philippe, il reçoit le baptême. Mais, quand il offre de l’argent à Pierre pour obtenir le pouvoir de donner lui aussi le Saint-Esprit en imposant les mains (de là vient le nom de simonie), celui-ci le repousse violemment [1]« Les discussions de Simon avec Pierre et leur fin dramatique sur le Forum sont une légende qui remonte aux livres apocryphes intitulés Actes de Pierre et aux romans pseudo-clémentins, plus connus sous le nom d’Homélies pseudo-clémentines. Ces dernières résument la doctrine (III, 2) que Simon prétendait démontrer par les Écritures : le Dieu suprême est … Poursuivre. Ce qui justifie ce commentaire de Grégoire le Grand : « Mais après avoir accordé le pouvoir (potestas) de la prédication et octroyé le pouvoir des miracles, écoutons ce qu’ajoute notre Rédempteur : “Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement”. Il prévoyait en effet que certains dégraderaient en marchandage (usus negociationis) la réception du don de l’esprit (donum Spiritus) et feraient servir les signes miraculeux à la satisfaction de leur cupidité. C’est là justement ce que voulut faire Simon : envieux des miracles accomplis par imposition des mains (per impositionem manus), il voulut obtenir (percipere) contre de l’argent le don de l’esprit (donum spiritus) ; il avait bien sûr l’intention, après l’avoir acheté (comparare) par ce moyen mauvais, de le vendre (vendere) de façon pire encore. » [2]« Sed concessa potestate praedicationis, concessis uirtutum miraculis, quid Redemptor noster subiungat audiamus : “Gratis accepistis, gratis date.” Praesciebat namque nonnullos hoc ipsum donum accepti Spiritus in usum negotiationis inflectere et miraculorum signa ad auaritiae obsequium declinare. Hinc est enim quod Simon per impositionem manus edita miracula concupiscens, percipere … Poursuivre

« Si, pour les Actes de Pierre [3]Actes de Pierre : apocryphe du siècle. et pour Épiphane [4]Épiphane de Salamine (Besanduc [près d’Éleuthéropolis, en Palestine], v. 315 – mort en mer en 403) : théologien chrétien, d’abord moine en Égypte, puis en Judée, il devient évêque de Constantia-Salamine de Chypre vers 365‑367. Son activité d’écriture est essentiellement axée sur la lutte contre les hérésies, surtout l’arianisme. Dans le Panarion  (*), … Poursuivre, Simon meurt en tombant du haut des airs, à Rome […], pour Hippolyte [5]Hippolyte de Rome (IIIe s.) : prêtre, antipape, martyr, contemporain d’Origène qui l’entendit prêcher à Rome en 212. Il est grec d’expression et de pensée, peut-être est-il d’origine orientale. Il se déclare lui-même disciple d’Irénée. Son œuvre est aussi étendue que celle d’Origène, mais beaucoup moins profonde et d’orientation plus pratique.Hippolyte s’opposa au … Poursuivre, il se fait enterrer, ailleurs qu’à Rome, dans une fosse, en prétendant ressusciter le troisième jour. Il n’en fut rien, évidemment. » [6]Pierre Thomas CAMELOT, op. cit.

Iconographie

Scènes de la légende de Simon le Mage

  • Simon le Mage offre de l’argent à Simon-Pierre pour acquérir le don du Saint-Esprit [7]«  Il y avait auparavant dans la ville un homme nommé Simon, qui, se donnant pour un personnage important, exerçait la magie et provoquait l’étonnement du peuple de la Samarie. Tous, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, l’écoutaient attentivement, et disaient : Celui-ci est la puissance de Dieu, celle qui s’appelle la grande. Ils l’écoutaient … Poursuivre.
  • La chute de Simon le Mage ; voulant renouveler l’expérience d’Icare depuis le haut du Capitole, il s’envole grâce aux ailes que lui a données Satan ; une prière de l’apôtre met fin au sortilège et le mage Simon chute lamentablement avant de se fracasser le crâne sur le sol [8]Actes de Pierre, « L’envol et la chute de Simon » (éd. François BOVON et Pierre GEOLTRAIN [dir.], Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1997, pp. 1104-1105). Voir : Pierre..

Notes

Notes
1 « Les discussions de Simon avec Pierre et leur fin dramatique sur le Forum sont une légende qui remonte aux livres apocryphes intitulés Actes de Pierre et aux romans pseudo-clémentins, plus connus sous le nom d’Homélies pseudo-clémentines. Ces dernières résument la doctrine (III, 2) que Simon prétendait démontrer par les Écritures : le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre ; il est inconnu et ineffable et il pourrait être appelé le Dieu des dieux. Irénée et Hippolyte font de lui le père du gnosticisme et le fondateur d’une secte gnostique ; mais on peut se demander s’il s’agit du même personnage. » Pierre Thomas CAMELOT, « Simon le Mage ou le Magicien (Ier s.) », Encyclopædia Universalis.
2 « Sed concessa potestate praedicationis, concessis uirtutum miraculis, quid Redemptor noster subiungat audiamus : “Gratis accepistis, gratis date.” Praesciebat namque nonnullos hoc ipsum donum accepti Spiritus in usum negotiationis inflectere et miraculorum signa ad auaritiae obsequium declinare. Hinc est enim quod Simon per impositionem manus edita miracula concupiscens, percipere donum Spiritus pecunia uoluit, scilicet ut deterius uenderet quod male comparasset. » Grégoire le Grand, Homélies sur l’Évangileop. cit.Hom. IV, § 4, p. 158-159, cité dans Isabelle ROSÉ, « Simon le Magicien hérésiarque ? L’invention de la simoniaca heresis par Grégoire le Grand », dans Franck Mercier et Isabelle Rosé, Aux marges de l’hérésie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018. Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/books.pur.175573.
3 Actes de Pierre : apocryphe du siècle.
4 Épiphane de Salamine (Besanduc [près d’Éleuthéropolis, en Palestine], v. 315 – mort en mer en 403) : théologien chrétien, d’abord moine en Égypte, puis en Judée, il devient évêque de Constantia-Salamine de Chypre vers 365‑367. Son activité d’écriture est essentiellement axée sur la lutte contre les hérésies, surtout l’arianisme. Dans le Panarion  (*), composé de 374 à 377, Épiphane présente le personnage de Simon le Magicien en ces termes : « Simon le Mage est l’auteur de la première hérésie, qui a commencé au temps du Christ […]. Ce Simon était magicien. Il était originaire de la ville de Gitthôn en Samarie, qui est maintenant un village. Il dupait les gens de Samarie, en les trompant et les séduisant par ses tours de sorcellerie. Il disait qu’il était la Grande Puissance de Dieu et qu’il était descendu du ciel. Il disait aux Samaritains qu’il était le Père, et aux Juifs qu’il était le Fils, et que dans sa passion il n’avait pas souffert, si ce n’est seulement en apparence. Il fut conquis par les apôtres et fut baptisé tout comme les autres par Philippe au milieu d’une grande foule. Tous, sauf lui, reçurent la visite des grands apôtres, qui leur transmirent l’Esprit Saint par l’imposition des mains […]. Simon, qui n’avait pas le cœur ni l’esprit droits, mais s’obstinait dans une recherche honteuse du profit et dans l’amour de l’argent sans jamais sortir de cette habitude perverse, offrit de l’argent à l’apôtre Pierre, pour que celui-ci lui conférât la faculté de donner l’Esprit Saint en imposant les mains […]. » Panarion (*) 21, 1, 1-5.

(*) Panarion (gr. Πανάριον : « huche à pain », et aussi « coffret à médicaments ») : ouvrage en trois livres présentant quatre-vingts « hérésies ».

5 Hippolyte de Rome (IIIe s.) : prêtre, antipape, martyr, contemporain d’Origène qui l’entendit prêcher à Rome en 212. Il est grec d’expression et de pensée, peut-être est-il d’origine orientale. Il se déclare lui-même disciple d’Irénée. Son œuvre est aussi étendue que celle d’Origène, mais beaucoup moins profonde et d’orientation plus pratique.
Hippolyte s’opposa au pape Calliste qui adoucit la discipline pénitentielle et il persévéra dans son opposition sous les deux papes suivants : Urbain et Pontien. Exilés l’un et l’autre en Sardaigne, le pape Pontien et Hippolyte s’y réconcilièrent.
6 Pierre Thomas CAMELOT, op. cit.
7 «  Il y avait auparavant dans la ville un homme nommé Simon, qui, se donnant pour un personnage important, exerçait la magie et provoquait l’étonnement du peuple de la Samarie. Tous, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, l’écoutaient attentivement, et disaient : Celui-ci est la puissance de Dieu, celle qui s’appelle la grande. Ils l’écoutaient attentivement, parce qu’il les avait longtemps étonnés par ses actes de magie. Mais, quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus Christ, hommes et femmes se firent baptiser. Simon lui-même crut, et, après avoir été baptisé, il ne quittait plus Philippe, et il voyait avec étonnement les miracles et les grands prodiges qui s’opéraient. Les apôtres, qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, y envoyèrent Pierre et Jean. Ceux-ci, arrivés chez les Samaritains, prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent le Saint Esprit. Car il n’était encore descendu sur aucun d’eux ; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint Esprit. Lorsque Simon vit que le Saint Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l’argent, en disant : Accordez-moi aussi ce pouvoir, afin que celui à qui j’imposerai les mains reçoive le Saint Esprit. Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent ! Il n’y a pour toi ni part ni lot dans cette affaire, car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. » Ac 8, 9-21.
8 Actes de Pierre, « L’envol et la chute de Simon » (éd. François BOVON et Pierre GEOLTRAIN [dir.], Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1997, pp. 1104-1105). Voir : Pierre.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture