Torre del Mangia (Palazzo Pubblico, Sienne)

Le 12 octobre 1325, selon la chronique d’Agnolo di Tura del Grasso, dans l’atmosphère solennelle d’une cérémonie officielle marquée d’un rituel religieux qui n’est jamais très éloigné, fut posée la première pierre de la Torre del Mangia : “cominciarono una Torre sul canto della via che si chiama di Malcucinato, che va in Salicotto, la quale si cominciò in sabato dì 12 d’ottobre e fecesi in Siena gran festa e vennero i canonici e il chericato del duomo a dare la beneditione a la prima pietra e dicevano orationi e salmi e l’operaio del duomo mise in fondo di detta tore alquante monete per memoria di detta tore, e fuvi messo in ogni canto di detta tore nel fondo una pietra con lettare greche, ebraiche e latine, perché non fusse percossa da tuono né da tempesta.” [1]

La tour culmine à une hauteur de 102 m. (structure métallique sommitale comprise). Le plus surprenant ne se voit pas : la tour est construite à même le sol, sans aucune fondation.

Pourquoi porte-t-elle le nom curieux de “Mangia” ? La petite histoire raconte que l’un des premiers sonneurs chargé de marquer les heures, était un certain Giovanni di Balduccio, « mésso dei Signori Nove » [1], connu pour ses gabegies et ses vices liés par-dessus tout à la bonne chère. Une telle réputation lui valait le surnom de “Mangiaguadagni”, ou plus simplement : “Mangia”. Son travail de sonneur ne fit pas long feu puisque, dès 1360, la première horloge mécanique fut installée. Quand ensuite, en 1400, Don Gasparo di Simone degli Ubaldini (célèbre à cette époque pour avoir réalisé les horloges du Pont du Rialto, à Venise, ainsi que celles d’Orvieto et de Città di Castello), en refit les mécanismes, il y ajouta un automate qui frappa les heures sur la cloche à la place du malheureux Balduccio. La population conserva le surnom de “Mangia” qui en vint à qualifier le système automatique dorénavant en usage, en considération des sommes importantes qui furent versées pour les nombreuses interventions de manutention et de réfection de l’horloge et de ses mécanisme coûteux et compliqués.

La tour peut être visitée à condition de ne pas éprouver le sentiment de claustrophobie que procurent les espaces confinés. Les premières volées de l’escalier sombre et étroit dont difficilement praticables et demandent une certaine souplesse, surtout lorsque l’on vient à croiser un groupe de visiteurs descendant pour quitter les lieux. La porte d’entrée de la tour se trouve dans l’angle gauche en entrant dans la cour du Podestà.

[1] Agnolo di Tura del Grasso, Cronaca Sanese. Tous les chercheurs ne s’accordent pas sur cette date. À la fin du XIXe siècle, Alessandro Lisini (directeur de l’Archivio di Stato et maire de Sienne) a repoussé d’une décennie la date du début des travaux, en les inscrivant dans le contexte de l’agrandissement du Palazzo Pubblico vers Salicotto. Ce n’est d’ailleurs qu’à partir de 138 que les livres de la Biccherna enregistrent les premiers paiements continus relatifs à la Tour, fournissant par la même occasion des informations sur les “maestri” appelés à collaborer à l’entreprise (Agostino di Giovanni et les frères Minuccio et Francesco di Rinaldo, originaires d’Arezzo).

[2] Un équivalent de cette formule ancienne pourrait être traduit ainsi : « Messager de Nosseigneurs les Neuf ».

[3] Littéralement : « Mange [son] gain »