
La Chapelle de la Place
Piazza del Campo, Sienne.
Se rendre sur place :
Commencée à partir de 1325 au pied de la Torre del Mangia, la construction de la Cappella di Piazza a été achevée en 1352. Entre-temps, la violente peste de 1348 avait opéré son œuvre de mort. À son achèvement, la chapelle fut dédiée à la Vierge en action de grâce par ceux qui avaient heureusement réchappé à la terrible maladie. La construction, initiée sous la direction de Domenico di Agostino, se prolongea pendant de nombreuses années : les pilastres d’angle durent être reconstruits à plusieurs reprises par Giovanni di Cecco, et n’atteignirent leur forme définitive qu’en 1376. À cette époque, comme le montre Sano di Pietro dans la Predica di San Bernardino in Piazza del Campo (Sienne, Museo dell’Opera del Duomo, détail fig. 1), le monument était couvert d’une simple toiture de tuiles. C’était, avec l’enclos de la louve [1]L’enclos est parfaitement visible dans l’œuvre de Sano di Pietro. (fig. 2) situé à proximité (aujourd’hui disparu), le seul monument empiétant sur le tracé du Campo.
La voûte sur arcs en plein cintres qui couvre l’ensemble tel qu’on le voit actuellement a été réalisée une centaine d’année plus tard, à l’époque de la Renaissance, par Antonio Federighi, entre 1461 et 1468.
LE Décor sculpté
En 1376, puis de nouveau en 1377, les documents font référence à la commande obtenue par Mario d’Agnolo Romanelli, en collaboration avec l’orfèvre Bartolomeo di Tommè, dit Pizzino [2]Trois orfèvres-sculpteurs œuvrent activement au décor sculpté de la cappella di Piazza : Romanelli, Pizzino et Matteo d’Ambrogio., pour un marbre représentant Saint Pierre [3]Gaetano MILANESI, Documenti per la storia dell’arte senese: Secoli XIII e XIV, Sienne, O. Porri, 1854, pp. 277 s. doc. 77, 281. ; en 1378, cependant, le 12 mars, on leur demande huit sculptures supplémentaires [4]Gaetano MILANESI, Documenti per la storia dell’arte senese: Secoli XIII e XIV, op. cit. pp. 279 s. doc. 79.. L’avancement des travaux eut cependant pour seul protagoniste Mariano d’Agnolo : en 1379, on lui fournit le marbre pour exécuter les figures, tandis que l’année suivante, on lui paya un Saint-Jean [5]Ibid., p. 281..
Le projet du décor sculpté destiné à la chapelle a dû subir des modifications au cours de la construction de l’édifice, et il est probable que les huit images en marbre demandées n’aient pas été réellement réalisées. Entre 1380 et 1384, l’exécution de trois saints fut confiée à Giovanni di Cecco, Lando di Stefano et Matteo di Ambrogio, dit Sappa, à savoir respectivement San Matteo, San Bartolomeo et Sant’Andrea. Quelques années plus tard, en 1427, l’orfèvre Giovanni di Turino fut payé pour un apôtre indéterminé [6]Ibid., pp. 281 s.. Aujourd’hui, depuis les niches de la chapelle, seules six statues surplombent la Piazza del Campo : Saint Barthélemy de Lando di Stefano (qui, suite à une restauration, a été remplacée sur place par un moulage, tandis que l’original est conservé au sein du complexe muséal de Santa Maria della Scala de Sienne), les saints Pierre et Jean l’Évangéliste, documentés comme ayant été sculptés par Romanelli, et – également de la main de celui-ci – un saint Thomas (également remplacé par un moulage et conservé à Santa Maria della Scala), et les saints Giacomo Maggiore et Giacomo Minore.
Les douze niches creusées dans les piliers carrés étaient prévues pour accueillir douze sculptures, vraisemblablement celles des douze apôtres. Seules six ont été réalisées.
Les originaux de ces sculptures, dont la valeur tient également au contexte du monument de marbre auquel elles étaient destinées, sont aujourd’hui conservés à l’intérieur du Palazzo Pubblico, excepté le beau San Tommaso, œuvre de Mario d’Agnolo Romanelli, qui est dorénavant visible au Musée de Santa Maria della Scala. Les copies installées sur le monument ont été réalisées en 1846 par le sculpteur siennois Enea Becheroni.
- Côté via Salicotto :
- Mariano d’Agnolo Romanelli, San Tommaso apostolo, v. 1378 – 1382.
- Façade, en haut à gauche :
- Façade, en bas à gauche :
- Lando di Stefano, San Bartolomeo, v. 1378 – 1382.
- Façade, en haut à droite :
- Mariano d’Agnolo Romanelli, San Giovanni evangelista, v. 1378 – 1382.
- Façade, en bas à droite :
- Mariano d’Agnolo Romanelli, San Giacomo minore, v. 1378 – 1382.
- Côté de l’entrone :
- Mariano d’Agnolo Romanelli, San Giacomo maggiore, v. 1378 – 1382.
Les bas-reliefs du couronnement
La construction de la chapelle commencée en 1352, vit ses travaux suspendus en 1379 à la hauteur des chapiteaux sur lesquels se trouve le grand arc. Ces travaux ne reprirent qu’au XVe siècle. En 1460, leur achèvement fut confié au sculpteur et architecte siennois Antonio Federighi, qui les mena à leur terme dix ans plus tard.
Antonio Federighi, Frise du couronnement
L’ancien décor peint [7]Les fresques détachées qui ornaient la chapelle sont aujourd’hui conservées au Museo civico et à Santa Maria della Scala.
Dès l’origine, une image sacrée a été peinte au-dessus de l’autel. Celle-ci était pourtant déjà en mauvais état au début du XVIe siècle, au point que les magistratures de la ville exprimèrent l’intention de la remplacer par une nouvelle. C’est à cette fin que, en mars 1537, le Consistoire commanda à Giovanni Antonio Bazzi dit ‘Il Sodoma’, peintre originaire de Vercelli mais enraciné à Sienne, une fresque à réaliser au-dessus de l’autel représentant la Vierge à l’Enfant et les saints patrons de la ville. Cette commande était accompagnée de l’obligation de la conduire jusqu’à son achèvement avant la fête de l’Assomption de cette année-là. Cependant, les travaux n’étaient pas encore terminés au début de 1538, lorsque l’artiste abandonna Sienne. pour passer à la cour de Jacopo V d’Appiano [8]Jacopo V d’Appiano (Piombino, 1529 – 1585) : Fils de Jacopo IV et de Vittoria Piccolomini-Todeschini, fille d’Antonio, duc d’Amalfi, il succéda à son père à la seigneurie de Piombino en 1510, obtenant la protection impériale de l’empereur Maximilien Ier.Fidèle à la tradition familiale de consolider une seigneurie fragile par le mariage, il épousa Marie … Poursuivre, seigneur de Piombino. En janvier de la même année, le Consistoire décida de lourdes sanctions contre le peintre qui, de retour dans la ville, achèva l’œuvre en janvier 1539.
Au cours des siècles suivants, du fait de sa longue exposition à l’extérieur, la fresque du Sodoma se détériora à son tour et occasionna de multiples restaurations. En 1950, elle fut finalement détachée du mur.
La décoration de la chapelle fut ensuite complétée par deux images de saints peintes à fresque sur les côtés de la niche principale. La figure de Saint Sébastien a été ajoutée à droite de l’œuvre de Sodoma, dont ont été récupérés l’original ainsi que le dessin préparatoire exposé ici. L’œuvre, référée par Pecci à Michel-Ange Anselmi, et plus récemment au peintre Giovan Paolo Pisani ou à Sodoma lui-même, en raison des conditions de conservation précaires, ne permet cependant pas une attribution certaine. Sur la gauche, comme le montrent des photographies d’époque, était représentée la figure de San Bernardino, aujourd’hui perdue.
Ce qu’il reste de l’original très dégradé de l’ensemble du décor peint de la Cappella di Piazza est actuellement présenté en partie [9]La fresque représentant la Madonna col Bambino e i santi patroni di Siena est actuellement (décembre 2025) exposée à Santa Maria della Scala. dans une salle de la galerie de peinture du Museo Civico. L’opération de détachement a également permis de récupérer la sinopia au fusain, réalisé en partie sur l’arriccio et en partie sur la maçonnerie en brique, et du couronnement avec la bénédiction de Dieu le Père.
- Giovanni Antonio Bazzi, detto ‘Il Sodoma’, Dio Padre. Sienne, Museo Civico. (1)
- Giovanni Antonio Bazzi, detto ‘Il Sodoma’, Madonna col Bambino e i santi patroni di Siena. Sienne, Santa Maria della Scala. (2)
- Pittore senese, San Sebastiano. Sienne, Museo Civico. (3)
- Pittore senese, San Bernardino (fresque perdue). (4)
Notes
| 1↑ | L’enclos est parfaitement visible dans l’œuvre de Sano di Pietro. |
|---|---|
| 2↑ | Trois orfèvres-sculpteurs œuvrent activement au décor sculpté de la cappella di Piazza : Romanelli, Pizzino et Matteo d’Ambrogio. |
| 3↑ | Gaetano MILANESI, Documenti per la storia dell’arte senese: Secoli XIII e XIV, Sienne, O. Porri, 1854, pp. 277 s. doc. 77, 281. |
| 4↑ | Gaetano MILANESI, Documenti per la storia dell’arte senese: Secoli XIII e XIV, op. cit. pp. 279 s. doc. 79. |
| 5↑ | Ibid., p. 281. |
| 6↑ | Ibid., pp. 281 s. |
| 7↑ | Les fresques détachées qui ornaient la chapelle sont aujourd’hui conservées au Museo civico et à Santa Maria della Scala. |
| 8↑ | Jacopo V d’Appiano (Piombino, 1529 – 1585) : Fils de Jacopo IV et de Vittoria Piccolomini-Todeschini, fille d’Antonio, duc d’Amalfi, il succéda à son père à la seigneurie de Piombino en 1510, obtenant la protection impériale de l’empereur Maximilien Ier. Fidèle à la tradition familiale de consolider une seigneurie fragile par le mariage, il épousa Marie d’Aragon, fille du duc de Villahermosa, frère naturel de Ferdinand le Catholique et veuve de Roberto Sanseverino, prince de Salerne. Après la mort de Marie en 1514, il épousa Emilia di Pietro Ridoffi, nièce du pape Léon X (Giovanni de’ Medici (Florence, 1475 – Rome, 1521) : second fils de Laurent le Magnifique et de Clarisse Orsini, pape de 1513 à 1521.). C’est alors que la seigneurie d’Appiano devint la cible de Laurent de Médicis, et plus encore de sa mère, Alfonsina Orsini. Leurs tentatives furent cependant fermement contrées par le pape. Amoureux des arts, il appela le Sodoma a Piombino (dans l’actuelle province de Livourne, en Toscane) en 1515, lequel peignit pour lui quelques toiles. D’après Luisa BERTONI ARGENTINI, « APPIANI, Iacopo », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 3 (1961). |
| 9↑ | La fresque représentant la Madonna col Bambino e i santi patroni di Siena est actuellement (décembre 2025) exposée à Santa Maria della Scala. |











