Matteo di Giovanni, « Sant’Agostino » ; « San Michele »

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Matteo di Giovanni (Borgo San Sepolcro, vers 1430 – Sienne, entre 1497 et 1499)

  • Saint Augustin
  • Saint Michel

Tempera et or sur panneaux, 196 x 47 cm. (chaque panneau).

Provenance : Église de San’Agostino, Asciano.

Asciano, Museo Civico Archeologico e d’Arte Sacra – Palazzo Corboli.

Pouvant induire que l’œuvre exposée a été réalisée à quatre mains, le cartel qui l’accompagne est un peu ambigu. En réalité, le triptyque que l’on peut voir actuellement résulte d’un assemblage hétéroclite, effectué vers 1883, à partir de différents panneaux de deux polyptyques d’Asciano : une Assomption peinte par Giovanni di Paolo pour l’église de Sant’Agata, et deux panneaux latéraux (Saint Augustin et Saint Michel) peints, ceux-ci, par Matteo di Giovanni pour l’église de Sant’Agostino.

Le Polyptyque d’Asciano, de Matteo di Giovanni a été démembré au XIXe s. ; son panneau central (également une Assomption) est alors parti pour la Angleterre où il se trouve toujours (Londres, National Gallery) et les autres, excepté les deux panneaux latéraux, sont dorénavant éparpillés dans diverses collections à travers le monde (voir ci-dessous : ”Le retable d’Asciano : hypothèse de reconstitution »).

Le panneau de l’Assunzione della Vergine peint par Giovanni di Paolo provient quant à lui d’un troisième retable, le Polyptyque de San Galgano, lui aussi démembré, dont il constituait la partie centrale (les panneaux latéraux ainsi que la prédelle de ce polyptyque sont aujourd’hui visibles à la Pinacoteca Nazionale de Sienne).

Les deux images de l’Assomption, celle de Matteo di Giovanni, à Londres, ainsi que celle de Giovanni di Paolo, ici même, s’inspirent de celle peinte à l’Antiporto di Camollia, à Sienne, fresque aujourd’hui perdue, que l’on attribue à Simone Martini, bien que celui-ci n’aie pas eu la possibilité de terminer l’œuvre dont il était le concepteur, ainsi que l’auteur du dessin inachevé. [1]

Panneaux latéraux (Matteo di Giovanni)

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  • Augustin (fig. 1)
  • Michel Archange (fig. 2, 3, 4)

« En 1800, […] j’ai trouvé quatre ou cinq morceaux d’un panneau peint par notre peintre […] dans la réserve de bois de Sant’Agostino, à Asciano. Plusieurs autres avaient déjà été brûlés mais j’ai réussi à convaincre le Prieur de conserver ce qui pouvait encore l’être. C’est ce qu’il fit judicieusement. Il les plaça dans le chœur de cette église où ils peuvent encore être vus. Ils représentent différents saints. » [1] Si l’on en croit les notes de voyages inédites d’Ettore Romagnoli en date du 27 Septembre 1800, il s’en est fallu de peu que ces deux merveilleux panneaux de peuplier aient disparu à jamais.

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« Les deux saints ont une présence physique comparable à celle de la Vierge de l’Assomption de la National Gallery. Augustin adopte une monumentalité non exempte de sévérité tandis que la silhouette de Michel possède une remarquable souplesse. Son visage, qui exprime le calme, ainsi que la forme de sa tête font écho à l’image de Marie visible dans le même retable. Les panneaux d’Asciano, comme l’Assomption elle-même, possèdent une grande puissance de suggestion. Pour le Saint Michel, Matteo a exploité de manière éblouissante les diverses possibilités offertes par les différentes techniques de dorure. L’usage de glacis sombres pour rendre les volumes sur la dorure et l’ajout d’incisions rendent sa fantastique armure all’antica réellement éblouissante. » [5]

John Pope-Hennessy considérait que les deux panneaux étaient placés ensemble à gauche de l’Assomption, laissant la place à deux autres panneaux de mêmes dimensions sur la droite du panneau central. Les examens récents effectués sur les divers éléments de l’œuvre, auxquelles s’ajoute le fait que toutes les figures du polyptyque sont éclairées par une source de lumière venant de la gauche, confirment l’hypothèse de reconstitution effectuée par l’équipe en charge de l’exposition de l’ensemble à la National Gallery en 2007.

L’organisation des panneaux à l’intérieur d’un polyptyque est toujours soumise à des contraintes qui peuvent être d’ordre narratif ou symbolique. La place d’honneur de la figure d’Augustin, à l’origine mais aussi telle qu’elle est reprise dans l’étrange installation proposée au musée d’Asciano, sur la gauche du panneau, c’est-à-dire à main droite de la Vierge, est liée au fait que le retable était destiné au maître autel de l’église dédiée à ce saint dans la ville d’Asciano.

Le retable D’Asciano : hypothÈse de reconstitution
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”[…] one of the most extraordinary pictorial ensembles to survive from fifteenth-century Siena.“ [2]

Outre le Saint Augustin et le Saint Michel, tous les deux demeurés à Asciano, les panneaux subsistants sont les suivants :

Figure 12 : Reconstruction du retable de l’Assomption (Asciano), par Rachel Billinge, in SYSON, Luke, Siena nel Rinascimento : Arte per la città (traduit de l’anglais). Cinisello Balsamo (Milano), Silvana Editoriale, 2007, pp. 124-131

[1] Voir annexe : « L’assomption de Simone à l’Antiporto di Camollia« .

[2] “L’un des plus extraordinaires ensembles picturaux du XVe siècle siennois ayant survécu”. Conclusion de l’article “Matteo di Giovanni’s lost altarpiece for Sant’Agostino, Asciano. Structure and reconstruction of the altarpiece“, in SYSON, Luke, Op. cit., pp. 124-131.

[3] C’est d’ailleurs en tant que Vierge de l’Assomption que Marie est considérée Patrone et Protectrice de la ville de Sienne. La raison de ce choix tient au fait que les autorités civiques ayant prononcé ce vœu considéraient que lors de l’Assomption, Marie se rapprochait du Dieu auprès duquel elle serait dorénavant appelée à être leur intercesseur, fonction sans doute facilitée par la proximité.

[4] « Nel’1800 trovai nel legnajo di S. Agostino d’Asciano oltre una bellissima tavola di Domenico Bartoli, quattro, o cinque pezzi di tavole colorite dal nostro artista [Giovanni d’Asciano]. Alcune altre erano già state abbruciate e di ciò che vi rimase potei persuadere il Priore a conservarle, e come giudiziosamente fece le situò nel coro di quella chiesa dove ancora si vedono. Esprimono varj santi. » Ettore Romagnoli, « Biografia cronologica de’ Bellartisti senesi » (ante 1835), mss L. II. 1–13 Biblioteca Communale di Siena (édition Florence, 1976), p. 195. Cité dans l’article “Matteo di Giovanni’s lost altarpiece for Sant’Agostino, Asciano. Structure and reconstruction of the altarpiece », in SYSON, Luke, Op. cit., pp. 124-131.