Anne la prophétesse est un personnage du Nouveau Testament. Mentionnée dans l’Evangile selon Luc [1]« Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de … Poursuivre, elle apparaît, comme Siméon, dans l’épisode de la Présentation de Jésus au temple.

« Sur la grande place de Sienne, en ces premières décennies du XVe siècle, le franciscain Bernardin dénonce les scandales dont font l’objet les veuves :
« ‘Faites bien attention, les veuves, vous courez plus de danger que les épouses ou les jeunes filles, et pourtant les épouses et les jeunes filles sont gardées et les veuves ne le sont pas […] les veuves sont plus tentées que toute autre personne [3]« Sappiatevi guardare, vedove, ché più porta pericolo la vedova che la maritata o che una fanciulla, però che le maritate e le fanciulle so’guardate, e le vedove no […] le vedove so’ più tentate che niun’altra gente che sia. » BERNARDINO DA SIENA, Prediche volpari sul campo di Siena, C. Delcorno (éd.), 1.1, Milan, 1989, pp. 625-626, … Poursuivre.’
« Le prédicateur s’empresse de dresser une longue liste de vertus indispensables et appuie ses conseils et exhortations d’allusions aux Saintes Écritures. ‘Sais-tu qui était une vraie veuve ? Lis dans l’Évangile selon Luc au second chapitre sur cette veuve virile, cette prophétesse Anne […] [4]« Sai chi fu di quelle vere vedove ? Va’ legge in Luca al sicondo capitolo di quella virile vedova ; sai di quell’Anna profetissa […]. »
Ibid., p. 623).. »
« En faisant le panégyrique de cette « vraie veuve », Bernardin de Sienne maintient une tradition pastorale séculaire. Les Pères de l’Église louent en effet le rôle modèle de la prophétesse Anne dont l’histoire est relatée dans l’Évangile selon Luc. Fille de Phanouel de la tribu d’Aser, elle priait nuit et jour dans le Temple de Jérusalem et annonçait à chacun la venue du Rédempteur. Parvenue à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, elle était dans le Temple au moment où Marie et Joseph vinrent présenter l’Enfant Jésus, nouveau-né. Ambroise, Augustin et Jérôme la décrivent dans leurs Épîtres et traités comme une veuve à la conduite édifiante [5]« De S. Anna prophetissa », dans Acta sanctorum. Septembris, t. 1, Anvers, 1746, p. 96-99 ; AMBROISE DE MILAN, De riduis, dans Patroloyia latina, 1.16, Paris, 1846, col. 233-262, spécialement col. 241-242 ; AUGUSTIN, De bono viduitatis, dans Patrologia latina, t. 40, col. 429-450 ; SAINT JÉRÔME, LIV. Ad Furiam de viduitate servanda, … Poursuivre ; mariée durant sept ans seulement, elle était restée veuve depuis le décès de son époux. Ils font l’éloge de sa vie tissée de prières et de jeûnes, et de son engagement dans une pratique de la continence, ce qui assure à la prophétesse un rôle prestigieux dans l’exégèse et la pastorale médiévales [6]F. RÄDLE, « Einige Bemerkungen zur Bewertung der Witwenschaft in der patristischen und friihmittelalterlichen Theologie » dans Veuves et veuvage dans le haut Moyen Âge, M. Parisse éd., Paris, 1993, p. 17-30 ; J. AGRIMI, C. CRISCIANI, « Immagini e ruoli della “vetula” tra sapere medico e antropologia religiosa (secoli XIII-XV) », dans … Poursuivre. [7]Jérôme HAYEZ et Karen MEYER-ROUX, « Quella virile vedova : la prophétesse Anne comme veuve modèle dans la Toscane des XIVe et XVe siècles », dans Isabelle CHABOT, Jérôme HAYEZ et Didier LETT (dir.), La famille, les femmes et le quotidien (XIVe-XVIIIe siècle), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2006, pp. 215-237. »
Iconographie
Anne apparaît sous les traits d’une vieille femme
- au visage couvert de rides
- la silhouette voûtée
- accompagnée d’un rouleau sur lequel sont inscrits les trois versets de l’Évangile selon Luc dans lesquels elle est mentionnée
Notes
| 1↑ | « Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem » (Lc 2, 36-38). |
|---|---|
| 2↑ | Ambrogio Lorenzetti, Presentazione al Tempio. Florence, Gallerie degli Uffizi. |
| 3↑ | « Sappiatevi guardare, vedove, ché più porta pericolo la vedova che la maritata o che una fanciulla, però che le maritate e le fanciulle so’guardate, e le vedove no […] le vedove so’ più tentate che niun’altra gente che sia. »
BERNARDINO DA SIENA, Prediche volpari sul campo di Siena, C. Delcorno (éd.), 1.1, Milan, 1989, pp. 625-626, 633. |
| 4↑ | « Sai chi fu di quelle vere vedove ? Va’ legge in Luca al sicondo capitolo di quella virile vedova ; sai di quell’Anna profetissa […]. »
Ibid., p. 623). |
| 5↑ | « De S. Anna prophetissa », dans Acta sanctorum. Septembris, t. 1, Anvers, 1746, p. 96-99 ; AMBROISE DE MILAN, De riduis, dans Patroloyia latina, 1.16, Paris, 1846, col. 233-262, spécialement col. 241-242 ; AUGUSTIN, De bono viduitatis, dans Patrologia latina, t. 40, col. 429-450 ; SAINT JÉRÔME, LIV. Ad Furiam de viduitate servanda, dans Lettres, J. Labourt trad., t. 3, Paris, 1953,P-39. |
| 6↑ | F. RÄDLE, « Einige Bemerkungen zur Bewertung der Witwenschaft in der patristischen und friihmittelalterlichen Theologie » dans Veuves et veuvage dans le haut Moyen Âge, M. Parisse éd., Paris, 1993, p. 17-30 ; J. AGRIMI, C. CRISCIANI, « Immagini e ruoli della “vetula” tra sapere medico e antropologia religiosa (secoli XIII-XV) », dans Poteri carismatici e infortnali : chiesa e società medioevali, Agostino PARAVICINI BAGLIANI et André VAUCHEZ (dir.), Palerme, Sellerio, 1992, p. 224-261, spécialement p. 238, 243, réimpr. en français : « Savoir médical et anthropologie religieuse. Les représentations et les fonctions de la “vetula” (XIIIe-XVe siècle) », Annales. Economies, sociétés, civilisations, 48/5 (1993), pp. 1281-1308. |
| 7↑ | Jérôme HAYEZ et Karen MEYER-ROUX, « Quella virile vedova : la prophétesse Anne comme veuve modèle dans la Toscane des XIVe et XVe siècles », dans Isabelle CHABOT, Jérôme HAYEZ et Didier LETT (dir.), La famille, les femmes et le quotidien (XIVe-XVIIIe siècle), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2006, pp. 215-237. |
