
Matteo di Giovanni (Borgo San Sepolcro, vers 1430 – Sienne, 1495) ou Giovanni di Pietro (actif au milieu du XIVe s.)
Polittico di san Giovanni in Val d’Afra (Polyptyque de San Giovanni dans le Val d’Afra), v. 1455.
Tempéra sur panneau, 358 x 352 cm.
Provenance : Église de San Giovanni Battista, à Sansepolcro.
Sansepolcro, Museo Civico.
Avec son vide immense béant au centre, le dispositif actuel du Polyptyque de San Giovanni in Val d’Afra, attribué à Matteo di Giovanni, doit être interprété comme l’état d’achèvement programmatique du Baptême de Piero della Francesca, lequel était initialement couronné par une image du Père Éternel confirmée par les documents. Le contrat pour la construction du panneau du maître-autel de l’église San Giovanni d’Afra, commandé par Benedetto d’Antonio di Matteo Cere d’après un projet du peintre Antonio di Anghiari, premier maître dans l’atelier duquel s’est formé Piero della Francesca, remonte au 21 décembre 1433. Le recteur de l’église était Nicoluccio di Nicoloso Graziani [1]La prédelle comporte les armoiries de sa famille.. Les historiens de l’art situent le Baptême entre les années 1440-1445 et 1465, et le considèrent comme l’une des premières œuvres de Piero. Les panneaux de Matteo, né à Borgo San Sepolcro mais formé à Sienne, sont quant à eux unanimement placés dans les années suivantes, principalement vers le milieu des années 1460. Le document suivant attestant de la présence de l’œuvre dans l’église ne date que de 1629. Ceci a conduit certains chercheurs à indiquer que la provenance originale du polyptyque se trouvait à l’abbaye de San Giovanni Evangelista, devenue plus tard la cathédrale de Sansepolcro. Le polyptyque fut ensuite transféré à la cathédrale vers 1807, lors de la suppression de l’église, et en 1818, le Chapitre décida de vendre le panneau central, le seul en très mauvais état, qui devint la propriété de la National Gallery de Londres en 1861.
L’œuvre a été exécutée par trois artistes, dans un contexte compliqué qui explique la lenteur du travail réalisé. En 1433, le riche encadrement de style gothique a été commandé au peintre Antonio di Anghiari, premier maître dans l’atelier duquel s’est formé Piero della Francesca. Il était vraisemblablement prévu que Piero, outre le Baptême central, peigne également les panneaux latéraux. Au début des années 1440, le travail lui fut assigné mais seul le lumineux Baptême fut mené à bien. Ce n’est qu’en 1445 que Matteo di Giovanni acheva le triptyque en exécutant les saints des panneaux latéraux et les compartiments de la prédelle. Le nom de Giovanni di Pietro est dorénavant avancé par la critique qui voit sa main dans l’exécution des parties confiées à Matteo. [2]Voir : James R. Banker, « Piero della Francesca as Assistant to Antonio d’Anghiari in the 1430s: Some Unpublished Documents », The Burlington Magazine, vol. 135, N. 1078 (Janvier 1993), pp. 16-21 ; Pia Palladino, « La collaborazione tra Matteo di Giovanni e Giovanni di Pietro: appunti per un’indagine », Matteo di Giovanni e la pala d’altare nel Senese e … Poursuivre
Les deux panneaux latéraux, qui représentent Saint Pierre, portant un livre et les clés, et Paul, avec l’épée de son martyre, ont jadis encadré le Baptême du Christ de Piero della Francesca, aujourd’hui conservé à la National Gallery de Londres, au sein du polyptyque de San Giovanni in Val d’Afra (fig. 10). Piero semble ne pas avoir été en mesure d’achever la totalité de la commande pour des raisons inconnues (peut-être, comme cette hypothèse est parfois avancée, en raison de difficultés financières). Il fut remplacé, probablement vers 1455, par Matteo di Giovanni, qui compléta la structure avec les figures des saints latéraux (Pierre et Paul, identifiés par leurs attributs iconographiques respectifs, les clés et l’épée) et les saints représentés sur les piliers (Étienne, Marie Madeleine, Gilles, Benoît, Catherine d’Alexandrie, Arcano).
Les volets latéraux
Au sommet des deux volet latéraux, et parmi deux médaillons ornés de têtes de chérubins, sont peints l’Ange Annonciateur et la Vierge de l’Annonciation.
Sur les pilastres latéraux, sont figurés les saintes et saints :
- à gauche, les saints :
- Stefano
- Maria Maddalena
- Arcano [3]La tradition considère Gilles (Egidio) et Arcano de Sansepolcro comme les fondateurs de la ville de San Sepolcro. A la fin du Xe siècle, alors pèlerins, ils auraient construit un premier oratoire dédié au Saint-Sépulcre du Christ (Santo Sepolcro di Cristo) autour duquel s’édifièrent plus tard une abbaye bénédictine (devenue camaldule entre 1137 et 1187) ainsi que le village qui … Poursuivre (fig. 3)
- à droite, les saints :
- Antonio Abate
- Caterina d’Alessandria
- Egidio [4]Voir note 2. (fig. 4)
La prédelle
Dans la prédelle, on retrouve des épisodes de la vie de Jean-Baptiste (à gauche, la Naissance et le Sermon de saint Baptiste, et à droite, le Baptiste devant Hérode et le Festin d’Hérode), séparés par des niches dans lesquelles figurent les Docteurs de l’Église : saint Augustin, saint Grégoire le Grand, saint Ambroise et saint Jérôme ; la Crucifixion au centre. Aux deux extrémités, les armoiries de Nicoluccio Graziani, recteur de l’église de San Giovanni in Val d’Afra, confirment son rôle de commanditaire. On lit parfois que Matteo di Giovanni aurait décidé de ne pas poursuivre la voie innovante initiée par Piero della Francescaet, et préféré revenir au fond d’or traditionnel, exécuté avec une grande maîtrise et une grande finesse, notamment dans le poinçonnage, qui rappelle la meilleure école siennoise, même si ses figures ne sont pas insensibles aux innovations de la Renaissance. Les deux saints des compartiments latéraux rappellent la solennité posée des figures sculptées par Donatello, et l’on a remarqué que l’architecture même de la prédelle suggère des références au grand sculpteur florentin (la scène du Banquet d’Hérode, par exemple, est influencée par le relief exécuté sur le même thème par Donatello pour les fonts baptismaux de Sienne).
La prédelle comporte cinq compartiments séparés par les quatre figures des Docteurs de l’Église, où sont représentés :
- La Nascita del Battista
- Sant’Agostino
- La Predica del Battista
- San Gregorio Magno
- La Crocifissione
- San Girolamo
- Il Battista davanti a Erode
- Sant’Ambrogio
- Il Banchetto di Erode
Aux extrémités de la prédelle se trouvent, à gauche, le blason de la famille Graziani, commanditaire de l’œuvre, et à droite, celui de l’Œuvre de l’église de San Giovanni in Val d’Afra à Sansepolcro, à laquelle le triptyque était destiné.
Reconstitution du polyptyque

Notes
| 1↑ | La prédelle comporte les armoiries de sa famille. |
|---|---|
| 2↑ | Voir : James R. Banker, « Piero della Francesca as Assistant to Antonio d’Anghiari in the 1430s: Some Unpublished Documents », The Burlington Magazine, vol. 135, N. 1078 (Janvier 1993), pp. 16-21 ; Pia Palladino, « La collaborazione tra Matteo di Giovanni e Giovanni di Pietro: appunti per un’indagine », Matteo di Giovanni e la pala d’altare nel Senese e nell’Aretino, Montepulciano, Le Balze, 2002, pp. 49-56. |
| 3↑ | La tradition considère Gilles (Egidio) et Arcano de Sansepolcro comme les fondateurs de la ville de San Sepolcro. A la fin du Xe siècle, alors pèlerins, ils auraient construit un premier oratoire dédié au Saint-Sépulcre du Christ (Santo Sepolcro di Cristo) autour duquel s’édifièrent plus tard une abbaye bénédictine (devenue camaldule entre 1137 et 1187) ainsi que le village qui devait donner naissance à l’actuelle ville de Sansepolcro (*), près d’Arezzo (**). Selon d’anciennes chroniques, les deux pèlerins arrivèrent dans la région de Sansepolcro, alors appelée « Noceato » ou « Noceati », entre 936 et 996. L’abbaye est attestée dès 1012. Leur culte n’est pas officiellement reconnu par l’Église, mais ils sont mentionnés en 1520 dans la bulle du pape Léon X érigeant le diocèse de Sansepolcro. Ils sont répertoriés comme saints dans la Bibliotheca Sanctorum (vol. II, coll. 374-375). Les saints Gilles et Arcano sont toujours représentés ensemble, soit au sein du même tableau, soit dans des parties différentes d’un même polyptyque. Le cycle de fresques représentant des épisodes de leur vie, peint en 1380 dans l’abbaye de San Sepolcro (aujourd’hui cathédrale), a été perdu. En revanche, les deux saints sont parfaitement identifiés (et distingués l’un de l’autre), dans le polyptyque de San Giovanni di Val d’Afra : tous deux sont vêtus de la cape des pèlerins et portent le chapeau à large bord ainsi que le tau et une besace, tous accessoires dont ne se séparaient pas les pèlerins. Cependant, Arcano a l’allure d’un vieillard et porte une longue barbe blanche ; Gilles prend l’apparence d’un homme glabre et plus jeune. (*) La ville a longtemps été appelée Borgo San Sepolcro. (**) Autrefois, toute la ville célébrait ses origines le 1er septembre, jour de la dédicace de l’abbaye (aujourd’hui cathédrale), dédiée à saint Gilles (Egidio). Ce jour-là, une grande foire et des concours d’arbalètes étaient organisés, tandis que les représentants des guildes offraient de la cire à l’abbaye et, après 1520, à la cathédrale. |
| 4↑ | Voir note 2. |









