‘Maestro di Badia a Isola’, “Maestà”

Maestro di Badia a Isola’ (peintre siennois actif entre la fin du Duecento et le début du Trecento)

Maestà (Vierge en majesté), v. 1295.

Tempéra et or sur panneau, 204,5 x 125 cm.

Provenance : Église abbatiale des Santi Salvatore e Cirino, à Abbazia Isola. 

Colle di Val d’Elsa, Museo di San Pietro.

Le grand panneau représentant la Maestà provient de Badia a Isola (Monteriggioni) : c’est l’œuvre la plus extraordinaire et la plus fascinante d’un maître siennois inconnu, dénommé ‘Maître de Badia à Isola‘ en référence au présent retable. Proche de Duccio di Buoninsegna, auquel il empreinte certaines innovations importantes élaborées par celui qui était déjà, dans les années 1280, et en dépit de son jeune âge, la figure de référence de la peinture siennoise, au contact avec les œuvres de Cimabue et du jeune Giotto. C’est ce que montrent le traitement du trône de la Vierge, véritable architecture de marbre. L’attention que porte visiblement le peintre au rendu du volume et de la tridimensionnalité est remarquable, ainsi que l’image des personnages dont la représentation austère rend plus émouvante encore, par contraste, l’expressivité et la douceur ineffable de leurs visages. Tout particulièrement celui de Marie dont on retrouvera un écho dans la Madonna col Bambino de la Pinacoteca Nazionale.

Occupant symboliquement l’emplacement de l’axe vertical de symétrie du panneau, la Vierge est cependant loin d’être elle-même figée ; sa silhouette sinueuse s’inscrit au contraire avec souplesse dans l’image et semble pivoter par rapport au large trône sur lequel elle est assise, lequel est cependant représenté dans une stricte frontalité, parallèlement au plan de l’image mais non sans jouer d’une illusion de volume rendue possible par une perspective proche de celle que l’on appelle « cavalière » [1]. Les figures sont solidement implantées, la précieuse étoffe du drap d’honneur tendu sur le trône forme des plis verticaux. Le manteau de la Vierge aux plis dessinés abstraitement par des reflets d’or issus de la tradition byzantine tombe lourdement. Pourtant, une vie frémissante sourd de la surface de l’œuvre, accentuée par le traitement chromatique qui se réduit presque exclusivement à l’usage des trois couleurs primaires (bleu, rouge et jaune de l’or).

De chaque côté du trône, deux figures d’anges, traités, comme souvent, selon une symétrie telle que l’on dirait chacune des deux figures l’inverse de l’autre, sans pourtant devenir impersonnelles, semblent abîmés dans la contemplation de la scène.

[1] Perspective cavalière : système permettant de représenter l’illusion du volume au moyen d’un réseau de lignes obliques parallèles formant un angle de 45° par rapport à l’horizontale (et non centrées vers un point de fuite unique).