Bartolo di Fredi, « Creazione del mondo »

Bartolo di Fredi (Sienne, 1330 – 1410)

Creazione del mondo (Création du monde), 1367.

Détail des Storie del Vecchio Testamento (Épisodes de l’Ancien Testament), 120 x 160 cm.

Fresque,

Inscriptions : 

  • (en bas, dans l’encadrement de la fresque) : « COME DIO CREO EL / MONDO » [1]« Comment Dieu créa le monde ».
  • (autour du plus grand cercle de l’univers) : « AQUARIUS » ; « PISCIS » ; « ARIES » ; « TAURUS » ; « GEMINI » ; « CANCER » ; « LEO » ; « VIRGO »  ; « LIBRA » ; « SCORPIUS » ; « SAGITTARIUS » ; CAPRICORNUS » [2]« Verseau », « Poisson », « Bélier », « Taureau », « Gémeaux », « Cancer », « Lion », « Vierge », « Balance », « Scorpion », « Sagittaire », « Capricorne », autant dire les douze signes du Zodiaque.

Provenance : In situ.

San Gimignano, Collegiata di Santa Maria Assunta.

La première fresque du cycle, peinte par Bartolo di Fredi dans la première lunette de la paroi, représente la création du monde par l’Éternel. Nous en sommes aux premiers jours. Le Créateur est assis sur un trône de séraphins dont la couleur rouge s’est dégradée avec le temps, et pointe un doigt vers l’univers qu’il vient de créer, peut-être au moyen de ce seul geste. L’univers que l’on voit apparaître est symbolisé par l’énorme disque tangent aux contour gothique de la lunette. En bonne logique, Dieu est situé dans un espace indistinct, en dehors de la sphère céleste.

Le plus intéressant est précisément cette représentation de la sphère céleste. Selon une conception médiévale héritée de l’antiquité, celle-ci apparaît sous la forme d’un disque constitué de dix cercles concentriques dont le rayon s’élargit depuis le centre où s’inscrit la Terre vers l’extérieur, jusqu’à aboutir au dixième cercle, situé aux confins du Primum mobile et de l’empyrée. La Terre, au centre, est représentée comme une mappemonde topographique entourée d’une large bande vide et de sept cercles contenant les sept planètes visibles à l’œil nu [3]Ces planètes sont la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne.. L’ensemble est bordé par les douze signes du zodiaque, tournant dans le sens inverse de celui des aiguilles d’une montre.

Faite pour être vue de loin, cette image représente une structure circulaire immédiatement reconnaissable, à laquelle davantage de détails, sans doute peu visibles de loin, n’auraient rien ajouté. Le schéma de Peter Apian reproduit ci-dessous [4]Shema huius præmissae diuionis Sphærarum (« Le schéma de la division des sphères [susmentionnées] », Peter Apian, Cosmographia. Paris, Vivantium Gualtherot, 1551, folio V. donne une idée plus précise des caractéristiques de l’Imago Mundi’, représentation symbolique de cet univers médiéval si particulier, si complexe, et qui nous semble si étrange.

1

Entre 1376 et 1378, une même scène de la Création a été peinte par l’artiste florentin Giusto de’ Menabuoi dans le baptistère du Duomo de Padoue. Dans cette représentation presque exactement contemporaine de celle de Bartolo di Fredi, Dieu-le-Père est également assis sur un trône de séraphins et de chérubins placé au-dessus du schéma géocentrique de l’univers, sa main droite levée en signe de bénédiction et sa gauche tenue plus bas avec sa paume ouverte comme s’il présentait sa création au spectateur.

2. Giusto de’ Menabuoi, « La creazione del mondo », 1376-1378, Padoue, Baptistère de San Giovanni.

L’univers est composé d’une Terre sphérique [5]L’aspect sphérique de la Terre est souligné par un subtil jeu d’ombres et de lumière venu souligner son volume., au centre, entourée de deux ciels – le plus interne des deux est identifié comme l’air élémentaire par l’inclusion de huit petits nuages ​​blancs et de sept cercles planétaires dont chacun contient une planète. Le tout est bordé par les douze signes du zodiaque, qui courent dans le sens anti horaire, en commençant par le Bélier à l’Ascendant. Le principe de la croyance astrologique était fondé sur une conviction que certains faits étaient avérés parce qu’ils reflétaient la disposition des étoiles au moment de la Création. Ce topos était connu sous le nom de Thema Mundi.

Le contenu astrologique des scènes de création de Giusto et de Bartolo di Fredi suggère que toutes les deux représentent le Thema Mundi. Leur similitudes sont évidentes, mais on observe également entre les deux « quelques différences fondamentales qui nous aident à comprendre […] le prémisse iconographique de plusieurs des représentations astrologiques de la Création. » [6]Kristen Lippincott. « Giovanni di Paolo’s ‘Creation of the World’ and the tradition of the ‘Thema Mundi’ in late Medieval and Renaissance art. » The Burlington Magazine 132, 1990, pp. 460-468.

Notes

Notes
1 « Comment Dieu créa le monde ».
2 « Verseau », « Poisson », « Bélier », « Taureau », « Gémeaux », « Cancer », « Lion », « Vierge », « Balance », « Scorpion », « Sagittaire », « Capricorne », autant dire les douze signes du Zodiaque.
3 Ces planètes sont la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne.
4 Shema huius præmissae diuionis Sphærarum (« Le schéma de la division des sphères [susmentionnées] », Peter Apian, Cosmographia. Paris, Vivantium Gualtherot, 1551, folio V.
5 L’aspect sphérique de la Terre est souligné par un subtil jeu d’ombres et de lumière venu souligner son volume.
6 Kristen Lippincott. « Giovanni di Paolo’s ‘Creation of the World’ and the tradition of the ‘Thema Mundi’ in late Medieval and Renaissance art. » The Burlington Magazine 132, 1990, pp. 460-468.
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