Jacopo della Quercia, « Annunciazione (L’Arcangelo Gabriele e Maria Vergine) »

« Archange Gabriel ». Sur la gauche, « Vierge de l’Assomption », fresque peinte par Benozzo Gozzoli (1465).
« Vierge de l’Annonciation ». Sur la droite, « Saint Antoine Abbé« , fresque peinte par Benozzo Gozzoli (1465).

Jacopo della Quercia (Sienne, 1371 – 1438)

Annunciazione (L’Arcangelo Gabriele e Maria Vergine), 1421-1426.

Bois sculpté et peint, h. 165 et 174 cm.

Inscription :

  • (sur le socle de la figure de l’Ange Gabriel) « HOC OPUS FECIT MAGISTER GIACOPUS PIERI DE SENIS » [1]
  • (sur le socle de la figure de la Vierge) : « MCCCCXXVI MARTINUS BARTOLOMEUS DE SENIS PINXIT » [2]

Provenance : In situ.

San Gimignano, Collégiale de Santa Maria Assunta.

Nous sommes en 1421, ou un peu avant. Jacopo a commencé à tailler dans le bois afin de réaliser le groupe sculpté qui orne encore la contre-façade de la Collégiale. C’est ce qu’atteste le livre des entrées et des sorties (ou livre de comptes) de l’Opera della Collegiata à l’année 1421 : « de plus, nous payâmes pour la Vierge de l’Annonciation que nous faisons sculpter avec l’ange, sur laquelle travaille maître Jacopo de la Fontaine de Sienne, qui coûte cent dix lires et 10 sous » (è più pagammo per l’Annunziata che facemmo intagliare con l’Angelo la quale intaglia maestro Jacopo della Fonte da Siena e costa lire centodieci e soldi 10 [1]). Les deux sculptures sont destinées à venir remplacer un groupe plus ancien installé au même endroit au milieu du XIVe s.

Le travail de Jacopo, réputé pour sa lenteur [4], semble avoir été achevé vers 1425-1426, date à laquelle les deux sculptures furent confiées à Martino di Bartolomeo afin que le peintre les parachève en leurs ajoutant la couleur qui leur manquait pour atteindre un stade de réalisme particulièrement apprécié à une époque qui fut celle des plus belles œuvres sculptées et polychromes jamais produites.

Ce groupe est une « œuvre admirable dans laquelle Jacopo cherche à dépasser tout sentiment d’apparence gothique, précisément grâce à l’extrême rigueur avec laquelle il campe les deux figures, en particulier celle de la Vierge qui s’érige, gracile mais cependant solide, dans le mouvement de rotation extrêmement délicat effectué par son corps [5] ». La figure est gainée dans une splendide robe rouge. Tous les plis sont issus du sommet du corps, au niveau de la ceinture que la Vierge porte très haut du fait de la « formation particulière de sa poitrine, rehaussée presque jusqu’à la clavicule [6] ». Ces plis longs et souples s’étirent lentement jusqu’au bas du corps aux pieds duquel ils tombent, magnifiant au passage la sublime exagération avec laquelle ce corps a été allongé dans la verticale. Au sommet de ce corps qui n’en finit pas [7], la figure de la jeune fille présente un visage d’une délicatesse tout aussi merveilleuse que la silhouette que l’on vient de voir. L’expression pénétrée de ce visage se vérifie dans le regard aux yeux grands ouverts qu’elle porte sur le jeune inconnu qui vient de lui rendre visite. Aucune surprise ne vient altérer ses traits juvéniles, comme si cette présence était attendue depuis toujours. Seul le léger signe de retrait de la main qui se retire en se repliant vers la poitrine exprime une émotion silencieuse.

L’ange, s’il arbore un visage d’une éclatante jeunesse lui aussi, s’il porte encore la marque de la vitalité adolescente que trahissent deux joues marquées d’un rose insistant, à l’instar de celles que l’on voit également à la jeune Vierge à qui il rend visite, a conservé l’allure encore gothique que lui donne le traitement complexe des drapés de son vêtement. « Il est bien connu […] que Jacopo, dans sa progression vers la renaissance, trait d’union entre Giovanni Pisano et Michel-Ange, n’a jamais dédaigné de se retrouver vers un passé récent […] [8] ».

Lorsque Benozzo Gozzoli fut appelé à peindre le Martyre de saint Sébastien (1465) sur la contre-façade de la Collégiale de San Gimignano, entre les deux sculptures de Jacopo della Quercia, il conserva les deux tapis au motif damassé simulés à l’arrière de chacune des deux statues, et ajouta en haut à gauche une figure de Dieu le Père qui semble adresser sa bénédiction à la Vierge elle-même.

[1] « Maître Jacopo di Pietro de Sienne a fait cette œuvre ». Le nom complet de Jacopo, lorsqu’il n’est pas rattaché à un chêne (Querce) est, comme presque toujours à l’époque, constitué de son prénom suivi de celui de son père, lui-même suivi de son ascendance ([fils de] Pietro d’Agnolo de Guarneri).

[2] « Martino di Bartolomeo [la] peignit en 1426 ».

[3] « è più pagammo per l’Annunziata che facemmo intagliare con l’Angelo la quale intaglia maestro Jacopo della Fonte da Siena e costa lire centodieci e soldi 10 ». Piero Torriti (BAGNOLI 1987, p. 156) précise que ce livre de comptes original est perdu, mais que le document a été retranscrit anonymement en 1754. « L’heureuse découverte de ce document est due à Pelèo Bacci (1927) et depuis […], personne n’a plus mis en doute la paternité de l’œuvre, jusqu’à ce que, lors de la restauration de 1977, réapparaisse la signature de Jacopo au bas de la statue de l’Ange. »

[4] Ben sappiamo quanto Jacopo fosse lento nell’operare e come abbandonasse un lavoro per poi riprenderlo addirittura dopo anni (« On sait bien à quel point Jacopo était lent à l’ouvrage et comment il pouvait abandonner un travail pour le reprendre pour de bon quelques années plus tard »). Alessandro Bagnoli, Scultura dipinta. Maestri del legname e pittori a Siena 1250-1450 (cat. d’exp., Sienne, Pinacoteca Nazionale, 16 juillet-31 décembre 1987). Firenze, Centro Di, 1987, p. 156.

[5] Alessandro Bagnoli, Op. cit., p. 156.

[6] Ibid.

[7] Il n’est pas à exclure que cette allongement du corps ait aussi des raisons liées à l’emplacement en hauteur des deux sculptures, et qu’il permette ainsi de ne pas subir l’effet d’écrasement que subissent les figures vues selon un raccourci (bien nommé).

[8] Alessandro Bagnoli, Op. cit., p. 156.