Amos Cassioli, « Provenzano Salvani nel Campo di Siena in atto di raccogliere elemosine per trar l’amico suo di pena »

Amos Cassioli (Asciano, 1832 – Florence, 1891)

Provenzano Salvani nel Campo di Siena in atto di raccogliere elemosine per trar l’amico suo di pena (Provenzano Salvani sur le Campo de Sienne, en train de recueillir des aumônes pour soustraire son ami à la peine de mort), 1873.

Huile sur toile, 509 x 334 cm.

Inscriptions :

  • (sur une pierre, en bas à gauche) : « Amos Cassioli d’Asciano, di Siena dip. 1873 in Firenze ».

Provenance : In situ.

Sienne, Palazzo Pubblico, Sala del Capitano del Popolo.

C’est Dante qui donne le sujet de l’œuvre peinte par Amos Cassioli. Dans le Purgatoire, le poète accuse Provenzano Salvani d’ambition et d’orgueil, et l’accuse d’avoir voulu se rendre maître de Sienne [1]« […] fu presuntuoso a recar Siena tutta a le sue mani » (« […] il a présumé de prendre Sienne entière entre ses mains ». Purgatoire, XI, 122-123 (trad. Jacqueline Risset, Dante. La divine comédie, Paris, Flammarion, 2021.).. Il lui reconnaît cependant de la générosité et rapporte un fait singulier, signe de son dévouement et de sa capacité à donner une preuve véritable de son amitié chevaleresque : un ami de Provenzano Salvani ayant été fait prisonnier par Charles d’Anjou, roi de Sicile, ce dernier lui fit savoir qu’il le ferait décapiter si, dans un court délai, une énorme rançon ne lui était pas payée. Pour sauver son ami de la peine capitale, Provenzano aurait eut l’humilité de mendier à ses concitoyens le montant de cette rançon au milieu du Campo de Sienne [2]« Quando vivea più glorioso / liberamente nel Campo di Siena, / ogni vergogna diposta, s’affisse; / e lì, per trar l’amico suo di pena / che sostenea nella prigion di Carlo, / si condusse a tremar per ogni vena »..

Amos Cassioli, en bon peintre d’histoire, revisite dans cet immense tableau le cadre médiéval du Campo siennois dans lequel se déroule, non sans une théâtralité quelque peu insistante, la scène. Selon une interprétation très personnelle, il décrit les architectures qui forment le fond de la place comme le ferait un fond de scène, tout en manifestant une attention de type historiciste aux costumes d’époque. Il dépeint également une véritable panoplie des différents états psychologiques qui agitent les nombreux protagonistes du célèbre épisode de la légende siennoise. De ce point de vue, la figure de Provenzano, au centre, est exemplaire : la main sur la poitrine en signe de remerciement, mieux, de reconnaissance, le fier condottiero apparaît ici plein de pathos. Sa figure pleine d’empathie, son regard enflammé, tout comme l’élan vers l’autre qui caractérise toute son attitude, évoque irrésistiblement celle que pourrait avoir le Christ si le contexte était autre.

« Liberamente nel Campo di Siena,/ogni vergogna deposta, s’affisse »

Notes

Notes
1 « […] fu presuntuoso a recar Siena tutta a le sue mani » (« […] il a présumé de prendre Sienne entière entre ses mains ». Purgatoire, XI, 122-123 (trad. Jacqueline Risset, Dante. La divine comédie, Paris, Flammarion, 2021.).
2 « Quando vivea più glorioso / liberamente nel Campo di Siena, / ogni vergogna diposta, s’affisse; / e lì, per trar l’amico suo di pena / che sostenea nella prigion di Carlo, / si condusse a tremar per ogni vena ».
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