Pseudo-Denys l’Aréopagite (VIe s.) : mystérieux auteur [1]« Auteur non identifié, Denys se donne lui-même pour le converti de saint Paul lors de sa prédication devant l’Aréopage (Actes des Apôtres, XVII, 16-34). La Passio sanctissimi Dionysii d’Hilduin (Patrologie latine, CVI, 23-50) accrédita pour de longs siècles la légende de son apostolicité et en fit même le premier évêque d’Athènes et le … Poursuivre de traités chrétiens de théologie mystique en grec. [2]Au sujet du corpus dionysien, voir Jacques-Paul MIGNE, Patrologia Graeca, 3, 119-122 ; et pour les passages importants sur les chœurs angéliques, voir De Cœlesti Hierarchia, VI-IX. En français, voir les Œuvres complètes du Pseudo-Denys l’Aréopagite, Aubier, Paris, 1943. Voir également René ROQUES (éd.), « Denys l’Aréopagite : La … Poursuivre Il est l’une des sources majeures de la spiritualité mystique chrétienne. C’était probablement un moine syrien qui a vécu aux alentours de l’an 500. Il est qualifié de « Pseudo-Denys » car sa véritable identité est dissimulée sous celle de saint Denys l’Aréopagite, l’un des disciples athéniens convertis par saint Paul [3]« Lorsqu’ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns se moquèrent et les autres dirent : Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. Ainsi Paul se retira du milieu d’eux. Quelques-uns cependant se joignirent à lui et crurent. Parmi eux figuraient Denys l’aréopagite, une femme du nom de Damaris et d’autres avec eux. » (Ac 17, 34-36). sur l’Aréopage [4]L’Aréopage (Áreios págos) : « colline d’Arès (*) » qui, face au Parthénon, domine l’Agora d’Athènes. À l’origine, l’Aréopage désignait d’abord le Conseil des Anciens secondant le roi au temps de la monarchie. Sous l’oligarchie, il formait le conseil des Eupatrides, les oligarques dirigeant la cité. … Poursuivre et « fut autrefois vénéré comme premier évêque et patron de la ville de Paris. Cette identification a été mise en doute au XVIe siècle et discréditée au XIXe. Les seuls faits établis à propos du Pseudo-Denys sont qu’il fut moine, peut-être de Syrie, et qu’il écrivit vers l’an 500. » [5]Joël BRINK, « La Sainte Catherine d’Alexandrie de Simone Martini : un retable orviétan et la théologie mystique de saint Bonaventure », dans Musée des beaux-arts du Canada / National Gallery of Canada. Bulletin Annuel 3, 1979-1980. et devint le premier évêque d’Athènes, avec lequel il est souvent confondu.
L’œuvre du Pseudo-Denys a joui d’une immense considération grâce à la pseudonymie qui lui donnait pour auteur le disciple converti par saint Paul à Athènes ; cette œuvre « représente une des tentatives les plus radicales de réconcilier le message évangélique et la tradition néoplatonicienne, tentative séduisante pour une Église jeune encore qui n’a guère cessé de platoniser tout en se méfiant de Platon […]. » [6]René ROQUES, « DENYS ou PSEUDO-DENYS L’ARÉOPAGITE (Ve – VIe s.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/denys-pseudo-denys-l-areopagite/
« C’est dans le traité de la Hiérarchie céleste [7]DENYS L’ARÉOPAGITE, La Hiérarchie céleste, introd. René Roques, texte crit. Gunther Heil, trad. Maurice de Gandillac, Paris, Cerf, 1958 (2e éd. [coll. « Sources chrétiennes »], 1970.). que se trouve énoncée [la] théorie des figures qui sont au-delà de toute figure sensible [8]La même théorie est développée pour les noms donnés à Dieu dans Les noms divins (Œuvres complètes, trad. Maurice de Gandillac, Paris, Aubier-Montaigne, 1980).. Il y a deux sortes d’images, écrit Denys l’Aréopagite : les images qui ressemblent à leur modèle, et les images qui dissemblent. Les premières sont ‘façonnées à la ressemblance de leur objet’. Dans les autres, ‘la fiction [est poussée] jusqu’au comble de l’invraisemblable et de l’absurde’ [9]DENYS L’ARÉOPAGITE, La Hiérarchie céleste, op. cit., II, 3, p. 77.. Pour signifier les réalités transcendantes, les ‘similitudes dissemblantes’ (l’expression revient à plusieurs reprises) sont donc préférables aux images qui semblent convenir à l’original. Ainsi, explique Denys, pour figurer la divinité dans ce qu’elle a de suressentiel, un ver de terre conviendra mieux qu’une figure d’or ou qu’un homme luminescent, magnifiquement drapé [10]DENYS L’ARÉOPAGITE, La Hiérarchie céleste, op. cit., II, 5 et II, 3, p. 84 et 80.. Et ceci pour deux raisons. En empruntant aux parties les plus viles ou vulgaires du monde sensible, choquant l’idée qu’on se fait des êtres supérieurs, les figures spirituelles ne risquent pas d’être prises pour des représentations véridiques. Ensuite, ‘les images empreintes d’altérité’ incitent à s’élever ‘vers les archétypes immatériels’, ‘à travers les apparences’ [11]Ibid., II, 3, p. 79. DENYS L’ARÉOPAGITE, Patrologia Graeca, 3, col. 141 A. : « Les images déraisonnables élèvent mieux notre esprit que celles que l’on forge à la ressemblance de leur objet. ». » [12]Gil BARTHOLEYNS, « Si l’on a raison de figurer l’infigurable », GROUPE IMAGE. En ligne : https://imagemed.hypotheses.org/338#identifier_6_338

Notes
| 1↑ | « Auteur non identifié, Denys se donne lui-même pour le converti de saint Paul lors de sa prédication devant l’Aréopage (Actes des Apôtres, XVII, 16-34). La Passio sanctissimi Dionysii d’Hilduin (Patrologie latine, CVI, 23-50) accrédita pour de longs siècles la légende de son apostolicité et en fit même le premier évêque d’Athènes et le premier évêque martyr de Paris. Mais le contenu du corpus dionysien, les influences patristiques, et surtout néoplatoniciennes, qu’il manifeste, le fait qu’il n’est jamais cité ni mentionné durant les cinq premiers siècles invitent à lui assigner une date assez tardive et, en conséquence, à ne plus voir en lui le converti de saint Paul. » René ROQUES, Encyclopedia Universalis, art. « Denys ou Pseudo-Denys L’Aréopagite (Ve-VIe s.). |
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| 2↑ | Au sujet du corpus dionysien, voir Jacques-Paul MIGNE, Patrologia Graeca, 3, 119-122 ; et pour les passages importants sur les chœurs angéliques, voir De Cœlesti Hierarchia, VI-IX. En français, voir les Œuvres complètes du Pseudo-Denys l’Aréopagite, Aubier, Paris, 1943. Voir également René ROQUES (éd.), « Denys l’Aréopagite : La hiérarchie céleste », dans Sources chrétiennes, Paris, vol. 58 (1958), pp. 1-19, et The Catholic Encyclopedia, New York, 1908, vol. 1, p. 478, vol. 3, pp. 646-648 et vol. 13, p. 725. |
| 3↑ | « Lorsqu’ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns se moquèrent et les autres dirent : Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. Ainsi Paul se retira du milieu d’eux. Quelques-uns cependant se joignirent à lui et crurent. Parmi eux figuraient Denys l’aréopagite, une femme du nom de Damaris et d’autres avec eux. » (Ac 17, 34-36). |
| 4↑ | L’Aréopage (Áreios págos) : « colline d’Arès (*) » qui, face au Parthénon, domine l’Agora d’Athènes. À l’origine, l’Aréopage désignait d’abord le Conseil des Anciens secondant le roi au temps de la monarchie. Sous l’oligarchie, il formait le conseil des Eupatrides, les oligarques dirigeant la cité. L’Aréopage est le lieu l’apôtre Paul prononça le discours « au Dieu inconnu », comme le relatent les Actes des Apôtres (17, 22-31).
(*) Dans la mythologie grecque, Halirrhotios, fils de Poséidon, viole Alcippe, la fille d’Arès. Celui-ci tue alors Halirrhotios. Les dieux, réunis sur la colline où le viol a été commis, jugent le meurtre ; Arès est acquitté et le rocher prend son nom. |
| 5↑ | Joël BRINK, « La Sainte Catherine d’Alexandrie de Simone Martini : un retable orviétan et la théologie mystique de saint Bonaventure », dans Musée des beaux-arts du Canada / National Gallery of Canada. Bulletin Annuel 3, 1979-1980. |
| 6↑ | René ROQUES, « DENYS ou PSEUDO-DENYS L’ARÉOPAGITE (Ve – VIe s.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/denys-pseudo-denys-l-areopagite/ |
| 7↑ | DENYS L’ARÉOPAGITE, La Hiérarchie céleste, introd. René Roques, texte crit. Gunther Heil, trad. Maurice de Gandillac, Paris, Cerf, 1958 (2e éd. [coll. « Sources chrétiennes »], 1970.). |
| 8↑ | La même théorie est développée pour les noms donnés à Dieu dans Les noms divins (Œuvres complètes, trad. Maurice de Gandillac, Paris, Aubier-Montaigne, 1980). |
| 9↑ | DENYS L’ARÉOPAGITE, La Hiérarchie céleste, op. cit., II, 3, p. 77. |
| 10↑ | DENYS L’ARÉOPAGITE, La Hiérarchie céleste, op. cit., II, 5 et II, 3, p. 84 et 80. |
| 11↑ | Ibid., II, 3, p. 79. DENYS L’ARÉOPAGITE, Patrologia Graeca, 3, col. 141 A. : « Les images déraisonnables élèvent mieux notre esprit que celles que l’on forge à la ressemblance de leur objet. » |
| 12↑ | Gil BARTHOLEYNS, « Si l’on a raison de figurer l’infigurable », GROUPE IMAGE. En ligne : https://imagemed.hypotheses.org/338#identifier_6_338 |

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