Distinct des enfers (au pluriel) de la mythologie classique, le séjour souterrain où sont accueillis tous les défunts, l’enfer chrétien (au singulier) est le lieu unique de la damnation et du châtiment éternels des âmes coupables et séparées de Dieu [1]Voir aussi : L’Enfer (selon Dante)..
Dans l’Ancien Testament, le terme hébreux souvent traduit par « enfer » est she’owl [2]Sheol, parfois écrit Shéol : terme hébraïque désignant le « séjour des morts », la « tombe commune de l’humanité », le puits, sans vraiment pouvoir statuer s’il s’agit ou non d’un au-delà. La Bible hébraïque le décrit comme un lieu où tous, justes et criminels, rois et esclaves, pieux et impies se retrouvent après … Poursuivre, même s’il signifie en réalité « le sépulcre ». La Bible enseigne que lorsque nous mourons, nous allons simplement dans une tombe [3]« Ils ne vivront pas toujours, ils n’éviteront pas la vue de la fosse. Car ils la verront : les sages meurent, l’insensé et le stupide périssent également, et ils laissent à d’autres leurs biens. » (Ps 49, 10‑11). ; « Car le sort des fils d’Adam et celui de la bête sont un seul et même sort. Comme est la mort de l’un, ainsi la mort de l’autre : … Poursuivre. L’Interpreter’s Dictionary of the Bible [4]George Arthur BUTTRICK, The Interpreter’s Dictionary Of The Bible, New york Nashville, Abington Press, 1962. précise que nulle part dans l’Ancien Testament, le séjour des morts n’est considéré comme un lieu de sanction ou de tourments ; la notion d’« enfer » abominable ne s’est propagée en Israël qu’à l’époque hellénistique (IVe siècle av. J.‑C.). C’est alors que les idées philosophiques et religieuses grecques, y compris celles d’Aristote et de Platon, ont imprégné toute la région. Un autre ouvrage de référence, la Merriam-Webster’s Encyclopedia of World Religions [5]Wendy DONIGER (éd.), Merriam-Webster’s Encyclopedia of World Religions, Springfield (MA), Merriam-Webster, 1999., signale que de nombreux aspects formels de la religion hellénistique perdurent dans les traditions juives et chrétiennes actuelles.
Dans le Nouveau Testament, on trouve trois mots grecs correspondant à la notion d’« enfer ».
Le plus utilisé dans les Évangiles est geenna (la Géhenne), qui était à l’origine la vallée du Hinnom (en hébreu, Gay’ Hinnom ou gehinnom. C’était là, au pied des murs de Jérusalem, qu’à l’époque de Jésus, la population venait jeter et brûler ses ordures.
De même, Jésus dit à ses disciples que « les portes du séjour des morts [hades] ne prévaudront point contre elle [l’Église qu’il bâtissait] » (Mt 16, 18). L’Église de Dieu ne s’éteindra jamais et ne sera jamais « ensevelie ». Dans le livre de l’Apocalypse, le terme hades est presque toujours traduit par « séjour des morts ». Par exemple, Jésus ressuscité précise : « J’étais mort ; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts » [6]Ap 1, 18.. C’est au moyen de ces clefs symboliques que les sépultures seront ouvertes à un moment ultérieur. C’est alors que, selon la vision de l’apôtre Jean, « la mort et le séjour des morts rend[ront] les morts qui étaient en eux » [7]Ap 20, 13.. Ces deux versets se rapportent simplement au tombeau. Le dernier se réfère aussi à ceux qui sont ressuscités à la vie physique. Après cette résurrection des morts, « la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu » [8]Ac 20, 14.. La mort elle-même sera détruite, rendue inutile.
Un autre mot grec, tartaroo (le Tartare) est attaché à la notion d’Enfer dans le Nouveau Testament. Seul l’apôtre Pierre l’a employé, et dans un seul cas, lorsqu’il écrit sur le lieu de rétention où les esprits mauvais seront finalement gardés [9]« Car, si Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, mais s’il les a précipités dans les abîmes de ténèbres et les réserve pour le jugement […]. » (2 Pe 2, 4). Comme geenna et hades, il n’a rien à voir avec une souffrance éternelle des hommes dans un enfer inextinguible.
Que penser des paroles de Jésus dans l’Evangile selon Matthieu : « Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges » ? Le diable et ses anges [les démons] sont des êtres spirituels immortels, et “le feu éternel” correspond à leur destinée ultime : l’incarcération par Dieu, afin de les empêcher de ravager davantage le reste de sa création. [10]Mt 25, 41. » Comme ils sont en constante rébellion contre Dieu, il faudra les enfermer pour l’éternité. Les êtres spirituels ne brûlent pas et ils ne connaissent pas non plus la douleur, contrairement aux êtres physiques. En revanche, ils sont séparés de Dieu à jamais. L’idée du châtiment éternel s’applique donc à Satan et à ses anges, et non aux êtres humains.
À l’inverse, celui qui refuse sciemment de vivre selon les lois qui procurent le bonheur et la paix ne sera pas ressuscité à la vie éternelle en tant qu’être spirituel, comme l’a été le Christ. Dieu, dans son amour, ne veut pas que quelqu’un vive pour toujours dans la rébellion, ni dans le chagrin qu’elle apporte. Les incurables mauvais seront donc soulagés de leur supplice, dépeint comme les flammes de la géhenne. C’est ce que l’Apocalypse appelle « la seconde mort » [11]« Et la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu. C’est la seconde mort, l’étang de feu. » (Ap 20, 14)., une cessation permanente de la vie. Si le feu de l’Enfer a fini par signifier quoi que ce soit d’autre à travers la tradition religieuse, il faut admettre que la Bible n’a rien enseigné dans ce sens.
Notes
| 1↑ | Voir aussi : L’Enfer (selon Dante). |
|---|---|
| 2↑ | Sheol, parfois écrit Shéol : terme hébraïque désignant le « séjour des morts », la « tombe commune de l’humanité », le puits, sans vraiment pouvoir statuer s’il s’agit ou non d’un au-delà. La Bible hébraïque le décrit comme un lieu où tous, justes et criminels, rois et esclaves, pieux et impies se retrouvent après leur mort pour y demeurer dans le silence et redevenir poussière. Toutefois, il ne s’agit pas là d’un sort définitif, et certains textes mentionnent ceux qui « en sont sauvés » (Ps 85(86), 13). |
| 3↑ | « Ils ne vivront pas toujours, ils n’éviteront pas la vue de la fosse. Car ils la verront : les sages meurent, l’insensé et le stupide périssent également, et ils laissent à d’autres leurs biens. » (Ps 49, 10‑11). ; « Car le sort des fils d’Adam et celui de la bête sont un seul et même sort. Comme est la mort de l’un, ainsi la mort de l’autre : ils ont tous un seul et même souffle. L’homme n’a rien de plus que la bête : tout est vanité. Tout va vers un même lieu : tout est tiré de la poussière, et tout retourne à la poussière. » (Ec 3, 19‑20). |
| 4↑ | George Arthur BUTTRICK, The Interpreter’s Dictionary Of The Bible, New york Nashville, Abington Press, 1962. |
| 5↑ | Wendy DONIGER (éd.), Merriam-Webster’s Encyclopedia of World Religions, Springfield (MA), Merriam-Webster, 1999. |
| 6↑ | Ap 1, 18. |
| 7↑ | Ap 20, 13. |
| 8↑ | Ac 20, 14. |
| 9↑ | « Car, si Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, mais s’il les a précipités dans les abîmes de ténèbres et les réserve pour le jugement […]. » (2 Pe 2, 4). |
| 10↑ | Mt 25, 41. |
| 11↑ | « Et la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu. C’est la seconde mort, l’étang de feu. » (Ap 20, 14). |
