Le voile du Temple

On lit dans l’Épitre aux Hébreux [1]« Dans la partie antérieure, appelée le lieu saint, étaient le chandelier, la table, et les pains de proposition. Derrière [un voile] se trouvait la partie du tabernacle appelée le saint des saints, renfermant l’autel d’or pour les parfums, et l’arche de l’alliance, entièrement recouverte d’or. Il y avait dans l’arche un vase d’or contenant la … Poursuivre qu’à l’intérieur, du Temple de Jérusalem, un voile [2]Selon la légende chrétienne, Dieu aurait demandé à Moïse de fabriquer un voile pour le mettre dans la tente d’assignation. Plus tard, Salomon en fit placer un dans le temple de Jérusalem. Après l’exil, quand le temple a été reconstruit, il fallut en fabriquer un autre dont Moïse a donné la description : « Tu feras un voile bleu, pourpre, et cramoisi, et de fin lin retors ; il … Poursuivre séparait le Saint des Saints, demeure terrestre de la présence de Dieu, du reste du Temple. Les hommes étant séparés de Dieu à cause du péché [3]« Non, la main de l’Eternel n’est pas trop courte pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre. Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu ; ce sont vos péchés qui vous cachent sa face et l’empêchent de vous écouter. » (Es 59, 1-2)., seul le souverain sacrificateur avait le droit de passer au-delà du voile une fois par an [4]« Une fois chaque année, Aaron fera des expiations sur les cornes de l’autel ; avec le sang de la victime expiatoire, il y sera fait des expiations une fois chaque année parmi vos descendants. Ce sera une chose très sainte devant l’Eternel. » (Ex 30, 10) ; « et dans la seconde [partie du tabernacle], le souverain sacrificateur seul entre une fois par an, non sans y porter … Poursuivre pour entrer dans la présence de Dieu au nom de toute la nation d’Israël et procéder à l’expiation de leurs péchés [5]Lv 16..

En bon historien, Flavius Josèphe rapporte qu’« il y avait aussi une porte à battants d’or massif, hauts de cinquante-cinq coudées et large de seize. Par devant pendait un voile égal en largeur et en longueur, qui était un tissu babylonien, travaillé d’hyacinthe, de byssus [6]Byssus : Matière textile, sorte de lin que les anciens teignaient en pourpre et dont ils fabriquaient de riches étoffes., d’écarlate et de pourpre, admirable à voir, et dont le dessin n’était pas sans philosophie, mais donnait une image de toutes choses. Car l’écarlate figurait le feu, le byssus la terre, l’hyacinthe l’air et la pourpre la mer : l’écarlate et l’hyacinthe sont comparées à ce qui a été dit en raison de leur aspect, le byssus et la pourpre sont rapprochées par leur origine, l’un de la terre, l’autre de la mer. Et sur le voile était figuré tout le spectacle des cieux et leur science, hormis les douze signes du zodiaque [7]Flavius Josèphe, La prise de Jérusalem (V, 5, 4). ». Bien que la valeur exacte d’une coudée soit incertaine, on pense aujourd’hui que ce voile mesurait environ 18 mètres de hauteur. Josèphe précise aussi qu’il avait 12 cm d’épaisseur et que la force de traction combinée de chevaux attachés des deux côtés n’aurait pas suffi à le déchirer.

Symbolique du voile du Temple dechiré

La taille et l’épaisseur inhabituelles du voile donnent évidemment une dimension miraculeuse particulière à l’événement survenu au moment de la mort de Jésus sur la croix rapporté dans les Évangiles synoptiques [8]« Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent. » (Mt 27, 51) ; « Le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. » (Mc 15, 38) ; « Le soleil s’obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu. » (Lc 23, 45). : le rideau du Temple se déchire « depuis le haut jusqu’en bas ». La signification profonde de cet événement est formulée dans l’Épître aux Hébreux [9]« Or, là où il y a pardon des péchés, il n’y a plus d’offrande pour le péché. Ainsi donc, frères, puisque nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair, et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, … Poursuivre : les choses du Temple n’étaient que l’ombre des choses à venir et montent toutes vers Jésus-Christ ; par sa mort, les fidèles ont maintenant un libre accès à Dieu ; le voile s’est déchiré et Dieu a quitté cet endroit pour ne plus jamais demeurer dans un Temple fait de main d’homme [10]« Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans des temples faits de main d’homme. » (Ac 17, 24).. Dieu n’ayant plus besoin du Temple et de son système religieux, le Temple et Jérusalem sont livrés à la « désolation » (détruits par les Romains) en 70 ap. J.-C., comme Jésus l’avait annoncé [11]« Voici, votre maison vous sera laissée ; mais, je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Lc 13, 35).. Tant que le Temple existait, il représentait l’Ancienne Alliance. L’Épitre aux Hébreux fait référence à une époque qui touche à sa fin, faisant place à la Nouvelle Alliance [12]« En effet, si la première alliance avait été irréprochable, il n’aurait pas été question de la remplacer par une seconde. De fait, c’est bien comme un reproche que le Seigneur dit à son peuple : Voici que les jours viennent, dit le Seigneur, où je conclurai avec la communauté d’Israël et la communauté de Juda une alliance nouvelle. Elle ne sera pas comme … Poursuivre Selon la même Épître aux Hébreux, le voile qui séparait le lieu Très-saint d’avec le lieu saint était la chair du Christ vivant sur terre [13]« Par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair, et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un coeur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’une eau pure. » (He 10, 20-22),. Il n’a été déchiré que lorsque le Christ est mort, rendant ainsi libre l’accès à Dieu [14]Dans la première version de la Guerre des Juifs (*), Flavius Josèphe se fait l’écho de la déchirure du voile : « Ce voile avant cette génération était entier, parce que les hommes étaient pieux ; mais maintenant c’était pitié de le regarder, car il s’était déchiré soudain du haut jusqu’en bas, lorsqu’un homme de bien, et qui par ses œuvres n’était … Poursuivre.

Notes

Notes
1 « Dans la partie antérieure, appelée le lieu saint, étaient le chandelier, la table, et les pains de proposition. Derrière [un voile] se trouvait la partie du tabernacle appelée le saint des saints, renfermant l’autel d’or pour les parfums, et l’arche de l’alliance, entièrement recouverte d’or. Il y avait dans l’arche un vase d’or contenant la manne, la verge d’Aaron, qui avait fleuri, et les tables de l’alliance. Au-dessus de l’arche étaient les chérubins de la gloire, couvrant de leur ombre le propitiatoire. […] Or, ces choses étant ainsi disposées, les sacrificateurs qui font le service entrent en tout temps dans la première partie du tabernacle ; et dans la seconde le souverain sacrificateur seul entre une fois par an, non sans y porter du sang qu’il offre pour lui-même et pour les péchés du peuple. Le Saint-Esprit montrait par là que le chemin du lieu très saint n’était pas encore ouvert, tant que le premier tabernacle subsistait. C’est une figure pour le temps actuel, où l’on présente des offrandes et des sacrifices qui ne peuvent rendre parfait sous le rapport de la conscience celui qui rend ce culte […]. » (He 9, 2-10).
2 Selon la légende chrétienne, Dieu aurait demandé à Moïse de fabriquer un voile pour le mettre dans la tente d’assignation. Plus tard, Salomon en fit placer un dans le temple de Jérusalem. Après l’exil, quand le temple a été reconstruit, il fallut en fabriquer un autre dont Moïse a donné la description : « Tu feras un voile bleu, pourpre, et cramoisi, et de fin lin retors ; il sera artistement travaillé, et l’on y représentera des chérubins. Tu le mettras sur quatre colonnes d’acacia, couvertes d’or ; ces colonnes auront des crochets d’or, et poseront sur quatre bases d’argent. Tu mettras le voile au-dessous des agrafes, et c’est là, en dedans du voile, que tu feras entrer l’arche du témoignage ; le voile vous servira de séparation entre le lieu saint et le lieu très saint. » (Ex 26, 31-33).
3 « Non, la main de l’Eternel n’est pas trop courte pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre. Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu ; ce sont vos péchés qui vous cachent sa face et l’empêchent de vous écouter. » (Es 59, 1-2).
4 « Une fois chaque année, Aaron fera des expiations sur les cornes de l’autel ; avec le sang de la victime expiatoire, il y sera fait des expiations une fois chaque année parmi vos descendants. Ce sera une chose très sainte devant l’Eternel. » (Ex 30, 10) ; « et dans la seconde [partie du tabernacle], le souverain sacrificateur seul entre une fois par an, non sans y porter du sang qu’il offre pour lui-même et pour les péchés du peuple. » (He 9, 7).
5 Lv 16.
6 Byssus : Matière textile, sorte de lin que les anciens teignaient en pourpre et dont ils fabriquaient de riches étoffes.
7 Flavius Josèphe, La prise de Jérusalem (V, 5, 4).
8 « Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent. » (Mt 27, 51) ; « Le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. » (Mc 15, 38) ; « Le soleil s’obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu. » (Lc 23, 45).
9 « Or, là où il y a pardon des péchés, il n’y a plus d’offrande pour le péché. Ainsi donc, frères, puisque nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair, et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’une eau pure. Retenons fermement la profession de notre espérance, car celui qui a fait la promesse est fidèle. » (He 10, 18-23).
10 « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans des temples faits de main d’homme. » (Ac 17, 24).
11 « Voici, votre maison vous sera laissée ; mais, je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Lc 13, 35).
12 « En effet, si la première alliance avait été irréprochable, il n’aurait pas été question de la remplacer par une seconde. De fait, c’est bien comme un reproche que le Seigneur dit à son peuple : Voici que les jours viennent, dit le Seigneur, où je conclurai avec la communauté d’Israël et la communauté de Juda une alliance nouvelle. Elle ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs ancêtres le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir d’Egypte. Comme ils n’ont pas persévéré dans mon alliance, moi non plus je ne me suis pas soucié d’eux, dit le Seigneur. Mais voici l’alliance que je ferai avec la communauté d’Israël après ces jours-là, dit le Seigneur : je mettrai mes lois dans leur esprit, je les écrirai dans leur cœur, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Personne n’enseignera plus son concitoyen ni son frère en disant : ‘Tu dois connaître le Seigneur !’ car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand d’entre eux. En effet, je pardonnerai leurs injustices et je ne me souviendrai plus de leurs péchés [ni de leurs fautes]. En parlant d’une alliance nouvelle, le Seigneur a déclaré ancienne la première. Or ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître.. » (He 8, 7-13).
13 « Par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair, et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un coeur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’une eau pure. » (He 10, 20-22),
14 Dans la première version de la Guerre des Juifs (*), Flavius Josèphe se fait l’écho de la déchirure du voile : « Ce voile avant cette génération était entier, parce que les hommes étaient pieux ; mais maintenant c’était pitié de le regarder, car il s’était déchiré soudain du haut jusqu’en bas, lorsqu’un homme de bien, et qui par ses œuvres n’était pas un homme, fut livré à la mort contre salaire. Et beaucoup d’autres signes effrayants, raconte-t-on, eurent lieu alors. Et une fois tué, après l’ensevelissement, on disait qu’il avait été introuvable dans le tombeau : les uns en effet le prétendaient ressuscité, et les autres volés par ses amis.  Je ne sais lesquels disent le plus vrai. Car un mort ne peut se relever de lui-même, mais par l’aide de la prière d’un autre juste, à moins que ce ne soit un ange ou quelqu’autre des puissances célestes, ou que Dieu lui-même ne paraisse comme un homme et accomplisse tout ce qu’il veut, et marche avec les hommes et tombe et se couche et se relève, selon sa volonté. Les autres disaient qu’on n’avait pas pu le voler, puisqu’autour de son tombeau on avait posté des gardiens, mille Romains et mille Juifs. Voilà ce qu’on dit à propos de ce voile et pour la cause de son déchirement. »

(*) Cette première version – La prise de Jérusalem – est plus courte mais comporte aussi des passages que l’historien issu de l’aristocratie juive a supprimés dans la Guerre des Juifs, sa deuxième version, ou plus vraisemblablement, qui ont été supprimés par les copistes au service de l’Empire dont la propagande (anti-juive et surtout anti-chrétienne) s’était emparée de ce texte et l’avait largement diffusé. La copie grecque la plus ancienne que nous ayons de cette Guerre des Juifs est bien postérieure encore : elle date du IXe siècle.

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