Les quatre Évangiles ont tous donné un récit de la crucifixion de Jésus. Cependant, dans sa narration de l’événement, Jean relève un détail qui ne figure pas dans les trois autres textes : « un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau [1]« C’était la préparation de la Pâque et ce sabbat allait être un jour solennel. Craignant que les corps ne restent en croix pendant le sabbat, les Juifs demandèrent à Pilate qu’on brise les jambes aux crucifiés et qu’on enlève les corps. Les soldats vinrent donc briser les jambes du premier, puis du second des condamnés qui avaient été crucifiés avec … Poursuivre ». Ces deux fluides, le sang et l’eau, sortis du flanc du Christ ont été interprétés très tôt par les pères de l’Église comme les symboles des deux sacrements fondamentaux du christianisme : le baptême et l’Eucharistie. Ce sont les sacrements réputés unir au plus près les hommes au Christ, dans une union rendue possible par le rachat de l’humanité effectué par amour. Par le sacrifice de la croix, le Christ permettrait aux hommes de s’unir à lui et de pouvoir ainsi ressusciter avec lui [2]François Grandchamp, « La doctrine du sang du Christ dans les épîtres de saint Paul », Revue de Théologie et de Philosophie, Troisième série, Vol. 11, No. 3 (1961), pp. 262-271, https://www.jstor.org/stable/44352468.
« Dans le même temps où disparaissait la communion au Sang eucharistique apparut la dévotion au Sang du Christ conservé comme une relique. Parlant de ces reliques, Calvin avec son esprit logique, allait distinguer le sang “miraculeux” et le sang “naturel” [3]Marc Venard, « Le Sang du Christ : sang eucharistique ou sang relique ? », dans Tabularia. Études, vol. 9 (2009), pp. 1-12.. » Le sang « naturel [4]« Plusieurs ont voulu dire qu’il ne se trouvait point de sang de Jésus-Christ, sinon miraculeux. Néanmoins il s’en montre de naturel en plus de cent lieux. » Jean Calvin, Traité des reliques (éd. Olivier Millet), Paris, Gallimard, 1995, p. 198. » du Christ, réputé avoir été recueilli dans un calice (le Graal) au pied de la Croix par Joseph d’Arimathie, particulièrement cher à la dévotion des chrétiens, est passé dans l’iconographie sous plusieurs formes.
Iconographie
Symbole omniprésent dans l’iconographie de la Crucifixion, le sang du Christ, tantôt évoqué sous la forme d’un flot recueilli dans un calice par des anges hématophores [5]Littéralement « porteurs de sang »., ce que traduit en particulier le thème de l’Effusio sanguinis [6]Voir : Benvenuto di Giovanni, « Effusio sanguinis » con il Redentore benedicente, quattro angeli e i Santi Michele Arcangelo ed Egidio. Montalcino, Museo civico e diocesano d’Arte sacra., tantôt s’écoulant en longues traînées le long du montant de la croix, est inséparable de celui de la Rédemption. C’est ce qui nous amène à évoquer divers procédés par lesquels l’image s’efforce de dire le dogme par le biais de symboles (telle la figure d’Adam que l’on voit dans une miniature extraite d’un missel parisien (Manuscript Leaf with the Crucifixion, from a Missal. New York, The Metropolitan Museum of Art) assis au pied de la croix, s’extrayant d’un sarcophage pour recueillir ce sang), parfois même en explicitant celui-ci par le biais de l’écriture : l’inscription « O Adam sub pedibus te facit esse cibus [7]« Ô Adam, la nourriture sous tes pieds te fait être (comprendre : vivre) ». », lisible dans un Fragment d’une Crucifixion retrouvé en octobre 2023 dans l’église franciscaine de Santa Croce, à Villa Verucchio, et attribuée à Giovanni ou Pietro da Rimini, vient précisément expliciter le sens du symbole.
Avec le Pressoir mystique, nous sommes en présence de l’image la plus complexe et la plus riche [8]Maurice VLOBERG, L’Eucharistie dans l’art, Grenoble-Paris, Arthaud, 1946, pp. 172-183.. À partir de la vigne plantée par le Père [9]« Je chanterai à mon bien-aimé Le cantique de mon bien-aimé sur sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne, Sur un coteau fertile. Il en remua le sol, ôta les pierres, et y mit un plant délicieux ; Il bâtit une tour au milieu d’elle, Et il y creusa aussi une cuve. Puis il espéra qu’elle produirait de bons raisins, Mais elle en a produit de mauvais. Maintenant donc, … Poursuivre, le Christ est au pressoir, « au pressoir j’étais seul [10]« – Pourquoi tes vêtements sont-ils tachés de rougeet pourquoi tes habits ressemblent-ils à ceux des vendangeurs qui foulent au pressoir ? – C’est que j’ai été seul à fouler la cuvée.Et nul parmi les peuples n’a été avec moi,oui, j’ai foulé les peuples dans ma colère,je les ai piétinés dans mon indignation.Leur sang a … Poursuivre ; mais il est aussi l’homme de douleur, le raisin pressé, dont le sang coule dans un calice, en liqueur de vie : le sang de la Nouvelle Alliance, selon la parole du Christ à la Cène. Recueilli par les apôtres, ce sang eucharistique est par eux distribué aux fidèles.
Notes
| 1↑ | « C’était la préparation de la Pâque et ce sabbat allait être un jour solennel. Craignant que les corps ne restent en croix pendant le sabbat, les Juifs demandèrent à Pilate qu’on brise les jambes aux crucifiés et qu’on enlève les corps. Les soldats vinrent donc briser les jambes du premier, puis du second des condamnés qui avaient été crucifiés avec Jésus. Quand ils s’approchèrent de lui, ils virent qu’il était déjà mort. Ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats lui transperça le côté avec une lance et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. » (Jn 19, 31-34). |
|---|---|
| 2↑ | François Grandchamp, « La doctrine du sang du Christ dans les épîtres de saint Paul », Revue de Théologie et de Philosophie, Troisième série, Vol. 11, No. 3 (1961), pp. 262-271, https://www.jstor.org/stable/44352468 |
| 3↑ | Marc Venard, « Le Sang du Christ : sang eucharistique ou sang relique ? », dans Tabularia. Études, vol. 9 (2009), pp. 1-12. |
| 4↑ | « Plusieurs ont voulu dire qu’il ne se trouvait point de sang de Jésus-Christ, sinon miraculeux. Néanmoins il s’en montre de naturel en plus de cent lieux. » Jean Calvin, Traité des reliques (éd. Olivier Millet), Paris, Gallimard, 1995, p. 198. |
| 5↑ | Littéralement « porteurs de sang ». |
| 6↑ | Voir : Benvenuto di Giovanni, « Effusio sanguinis » con il Redentore benedicente, quattro angeli e i Santi Michele Arcangelo ed Egidio. Montalcino, Museo civico e diocesano d’Arte sacra. |
| 7↑ | « Ô Adam, la nourriture sous tes pieds te fait être (comprendre : vivre) ». |
| 8↑ | Maurice VLOBERG, L’Eucharistie dans l’art, Grenoble-Paris, Arthaud, 1946, pp. 172-183. |
| 9↑ | « Je chanterai à mon bien-aimé Le cantique de mon bien-aimé sur sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne, Sur un coteau fertile. Il en remua le sol, ôta les pierres, et y mit un plant délicieux ; Il bâtit une tour au milieu d’elle, Et il y creusa aussi une cuve. Puis il espéra qu’elle produirait de bons raisins, Mais elle en a produit de mauvais. Maintenant donc, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, Soyez juges entre moi et ma vigne ! Qu’y avait-il encore à faire à ma vigne, Que je n’aie pas fait pour elle ? Pourquoi, quand j’ai espéré qu’elle produirait de bons raisins, En a-t-elle produit de mauvais ? Je vous dirai maintenant Ce que je vais faire à ma vigne. J’en arracherai la haie, pour qu’elle soit broutée; J’en abattrai la clôture, pour qu’elle soit foulée aux pieds. Je la réduirai en ruine ; elle ne sera plus taillée, ni cultivée ; Les ronces et les épines y croîtront ; Et je donnerai mes ordres aux nuées, Afin qu’elles ne laissent plus tomber la pluie sur elle. La vigne de l’Éternel des armées, c’est la maison d’Israël, Et les hommes de Juda, c’est le plant qu’il chérissait. Il avait espéré de la droiture, et voici du sang versé! De la justice, et voici des cris de détresse ! » (Es 5, 1-7). |
| 10↑ | « – Pourquoi tes vêtements sont-ils tachés de rouge et pourquoi tes habits ressemblent-ils à ceux des vendangeurs qui foulent au pressoir ? – C’est que j’ai été seul à fouler la cuvée. Et nul parmi les peuples n’a été avec moi, oui, j’ai foulé les peuples dans ma colère, je les ai piétinés dans mon indignation. Leur sang a rejailli sur mes habits, j’ai taché tous mes vêtements. » (Es 63, 2-3). |
