Lucifer

Lucifer, l’ange le plus lumineux, est aussi l’ange rebelle qui, devenu fou d’orgueil, ose se mesurer à Dieu [1]Selon Isaïe, Lucifer va jusqu’à proclamer : « Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, à l’extrémité du septentrion. Je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très-Haut. » (Es 14, 13-14).. « Grisé de son propre pouvoir, supportant mal sa sujétion au Créateur, Lucifer se détourne du bien suprême pour ne penser qu’à son propre bien et aspire une impossible autosuffisance qui est le commencement de sa ruine. Se détachant de Dieu, la nature angélique se dégrade et le désir d’excellence se traduit en chute et en malheur. » Au XIe siècle, Pierre Lombard fixe dans une image singulièrement dramatique les traits de la scène originelle : « Par la faute d’un orgueil aussi démesuré, Lucifer fut précipité du ciel, c’est-à-dire de l’Empyrée, où il se trouvait avec les autres anges, dans cette région ténébreuse, avec tous les complices de sa méchanceté. » Ange déchu, Lucifer fut plus tard assimilé à Satan et au serpent de la Genèse qui, « à cause de la jalousie et de l’envie qu’il éprouvait à l’égard de l’homme pour les nombreux dons que Dieu lui avait accordés, tout ensemble provoqua sa propre ruine et fit de l’homme un pécheur en le persuadant de désobéir au commandement de Dieu. L’ange étant devenu par un mensonge chef et guide du péché, et lui-même fut chassé pour s’être heurté à Dieu et il fit que l’homme fut précipité en dehors du Jardin d’Eden. » [2]Irénée de Lyon, Démonstration de la prédication apostolique, paragraphe 61, nouvelle trad. de l’arménien par L. M. Froidevaux. Paris Cerf Ed, 1971, Collection Sources Chrétiennes n° 62, pages 55 et 56. Pour un accès internet on se reportera au site http://www.theologica.fr/

Dans la Divine Comédie de Dante, Lucifer, « l’origine de toute douleur » [3]« S’il fut aussi beau qu’il est laid maintenant, 
et que contre son créateur il osa se révolter, 
c’est bien lui l’origine de toute douleur. »
réside dans le neuvième cercle de l’Enfer, au centre de la Terre. Immergé jusqu’au buste dans le Cocyte, il est responsable du froid glacial qui règne au sein des Neuf Cercles, par les mouvements de ses six ailes à l’aide desquelles il tente de se dégager. C’est sa chute depuis les Cieux qui a créé la forme en entonnoir de l’Enfer [4]Selon l’une des plus belles inventions poétiques de Dante, la Terre se serait rétractée de peur lorsque Lucifer fut précipité vers elle depuis l’éther, créant ainsi à fois le creux de l’Enfer et la montagne du Purgatoire : Da questa parte cadde giù dal cielo ;  e la terra, che pria di qua si sporse,  per paura di lui fé del mar velo, e venne a l’emisperio … Poursuivre. Avec ses trois faces (l’une rouge de feu, la seconde livide, la troisième noire, représentant la haine, l’impuissance et l’ignorance), il broie éternellement Brutus, Cassius et Judas Iscariote.

Notes

Notes
1 Selon Isaïe, Lucifer va jusqu’à proclamer : « Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, à l’extrémité du septentrion. Je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très-Haut. » (Es 14, 13-14).
2 Irénée de Lyon, Démonstration de la prédication apostolique, paragraphe 61, nouvelle trad. de l’arménien par L. M. Froidevaux. Paris Cerf Ed, 1971, Collection Sources Chrétiennes n° 62, pages 55 et 56. Pour un accès internet on se reportera au site http://www.theologica.fr/
3 « S’il fut aussi beau qu’il est laid maintenant, 
et que contre son créateur il osa se révolter, 
c’est bien lui l’origine de toute douleur. »
4 Selon l’une des plus belles inventions poétiques de Dante, la Terre se serait rétractée de peur lorsque Lucifer fut précipité vers elle depuis l’éther, créant ainsi à fois le creux de l’Enfer et la montagne du Purgatoire :

Da questa parte cadde giù dal cielo ; 
e la terra, che pria di qua si sporse, 
per paura di lui fé del mar velo,
e venne a l’emisperio nostro ; e forse 
per fuggir lui lasciò qui loco vòto 
quella ch’appar di qua, e sù ricorse »

« De ce côté il tomba du ciel ; 
et cette terre, qui auparavant s’élevait de ce côté, 
par peur de lui se cacha sous la mer,
et s’en vint dans notre hémisphère ; et peut-être 
lui laissa-elle ce lieu vide celle qui 
apparaît de ce côté en se retirant en hauteur. »

DANTE, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, vv. 121-126.

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