Flavio Chigi (Sienne, 1631 – Rome, 1693) : prélat catholique, neveu du pape Alexandre VII (né Fabio Chigi [Sienne, 1599 – Rome, 1667]), qui le crée cardinal en 1653. [1]Flavio Chigi seniore est également l’oncle du cardinal Antonfelice Zondadari (1712), ce qui fait de lui, avec Sigismondo Chigi (1667), Flavio Chigi iuniore (1753) et Flavio III Chigi (1873), l’un des nombreux cardinaux que compte la famille Chigi. Outre d’importantes fonction au sein de la Curie romaine, il est légat à Avignon, alors territoire de la Papauté. À ce titre, il joue un rôle de premier plan auprès de Louis XIV à l’occasion d’un célèbre incident diplomatique que le roi s’est empressé d’exploiter : le 20 août 1662, le duc Charles de Créquy, ambassadeur de France à Rome, a été insulté par la garde corse du Pape qui a tiré sur son carrosse et tué l’un de ses pages. Louis XIV utilise ce prétexte pour saisir la ville et le comtat d’Avignon en vue de les réunir à la couronne. Il exige du Pape des excuses solennelles pour restituer la ville. Celui-ci envoie donc son neveu rencontrer Louis XIV avec le titre de légat a latere [2]Le titre a latere (littéralement : « de l’entourage » [du pape]) qualifie un représentant extraordinaire du pape chargé d’une mission spécifique, généralement diplomatique.. Le cardinal est reçu par le Roi à Paris le 29 juillet 1664. Le Mémoire du traitement fait par la maison du Roy à Monsieur le cardinal Chigi légat à Latere en France donne un portait du personnage durant son voyage en France : « C’est un homme fort bien fait, de physionomie noble, et qui fait juger qu’il a de la bonté et de la douceur. L’on voit dans ses yeux beaucoup de vivacité ; son poil est fort noir et son teint blanc ; il a le visage assez plein et le corps aussi ; la main belle et la jambe fort bien faite, pour sa taille elle est médiocre et son âge de trente trois ou trente quatre ans ; au reste il est grave et ne parle guère. »
Une célèbre tapisserie de Lebrun [3]L’Audience donnée par Louis XIV à Fontainebleau, à Monseigneur le cardinal Chigi. Paris, Mobilier National. rend compte de l’événement qui eut un retentissement important. Cette tapisserie fut également partie prenante lors de « l’affaire du bonnet » qui a donné lieu à des flots de pages tout aussi célèbres du duc de Saint-Simon. [4]Évoquant ces pages, Frantz Funk-Brentano écrivait en 1913 : « En séance du Parlement, quand les ducs et pairs ont été invités à y venir siéger, le Premier Président doit-il ôter son bonnet, en prenant l’avis de chacun de ces nobles seigneurs, ou bien, au contraire, gardera-t-il son bonnet sur la tête ? Voilà le grave problème qui agita le Parlement de Paris, et tous les … Poursuivre
Et quel écrivain pour raconter les épisodes de la bataille héroïque! un chroniqueur épique lui-même et qui a laissé l’histoire du règne de Louis XIV en une véritable épopée: Saint-Simon. Déjà l’on voit l’ampleur et l’éclat du cadre; le tableau qui y est enfermé ne le lui cède en rien.
Le cardinal Flavio Chigi est aussi le commanditaire de plusieurs peintures exécutées pour la cathédrale de Sienne, parmi lesquelles Le Christ entre saint Philippe et saint Jacques, en 1687 et Le Martyre des quatre saints couronnés en 1688, deux œuvres réalisées par Francesco Trevisani, ainsi que l’Extase de saint François de Sales peint par Rafaello Vanni.
Notes
| 1↑ | Flavio Chigi seniore est également l’oncle du cardinal Antonfelice Zondadari (1712), ce qui fait de lui, avec Sigismondo Chigi (1667), Flavio Chigi iuniore (1753) et Flavio III Chigi (1873), l’un des nombreux cardinaux que compte la famille Chigi. |
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| 2↑ | Le titre a latere (littéralement : « de l’entourage » [du pape]) qualifie un représentant extraordinaire du pape chargé d’une mission spécifique, généralement diplomatique. |
| 3↑ | L’Audience donnée par Louis XIV à Fontainebleau, à Monseigneur le cardinal Chigi. Paris, Mobilier National. |
| 4↑ | Évoquant ces pages, Frantz Funk-Brentano écrivait en 1913 : « En séance du Parlement, quand les ducs et pairs ont été invités à y venir siéger, le Premier Président doit-il ôter son bonnet, en prenant l’avis de chacun de ces nobles seigneurs, ou bien, au contraire, gardera-t-il son bonnet sur la tête ? Voilà le grave problème qui agita le Parlement de Paris, et tous les Parlements de France, et la haute noblesse, depuis le milieu du dix-septième siècle, depuis les débuts de la Fronde, jusqu’à l’avènement de Louis XV : et ce fut dans les derniers temps, sous l’administration du duc d’Orléans, régent du royaume, que la discussion de cette importante question atteignit à son paroxysme d’agitation et de fureur.
Et déjà, lecteur, je crois vous entendre. Comment l’examen d’une pareille vétille : «Le Premier Président ôtera-t-il son bonnet ou ne l’ôtera-t-il pas ? … » peut-elle faire l’objet d’un volume tout entier ? Elle fait l’objet d’un livre passionnant : ouvrez-le, lecteur ; vous ne le fermerez pas avant d’en avoir parcouru toutes les pages d’un œil attentif et charmé. En ce détail, de si mince apparence, étaient venues se concentrer toutes les vanités d’une grande classe sociale, active et puissante autrefois, rendue oisive et inutile par les transformations qui, d’âge en âge, s’étaient opérées dans la nation. Et quels acteurs y ont tenu des rôles ! D’une part les premiers magistrats, honneur de leur corps, dont Grellet-Dumazeau trace des portraits inoubliables ; d’autre part, les plus grands noms de France : archevêques et maréchaux couronnés de lauriers, ducs et pairs dont les maisons étaient ornées des plus illustres armoiries de l’histoire. » André GRELLET-DUMAZEAU, L’Affaire du bonnet et les Mémoires de Saint-Simon, Paris, Plon-Nourrit, 1913, extrait de la préface de Frantz Funck-Brentano. |
