
Giovanni Antonio Bazzi dit ‘Il Sodoma’ (Vercelli, 1477 – Sienne, 1549)
Le nozze di Alessandro e Rossanna (Les noces d’Alexandre et Roxane), v. 1517.
Fresque, 370 x 660 cm.
Provenance : In situ.
Rome, Villa Farnesina.
Raphaël, qui travaillait sur les fresques des autres pièces de la villa Farnesina, en particulier dans la Loggia de Psyché, a peut-être participé à la réalisation des cartons préparatoires de cette fresque. On y trouve de nombreux aspects symboliques, pas toujours déchiffrables, liés au mariage d’Alexandre avec Roxane, et par analogie sur le lien entre Agostino Chigi sa future épouse Francesca Ordeaschi [1]Francesca Ordeaschi : amante d’Agostino Chigi, rencontrée à Venise, elle a été élevée du rang de courtisane à celui d’épouse légitime du richissime banquier. Fille d’un épicier vénitien, Francesca ne représentait évidemment pas un bon parti pour Agostino. Aussi, lorsque Sigismondo prend conscience que son frère se détourne des priorités familiales, prend-il … Poursuivre : angelots ailés, torche allumée soutenue par le dieu Hyménée (emblème du mariage), portrait d’Héphaestion (compagnon d’Alexandre) à moitié nu. Les autres épisodes liés au cycle sont la Famille de Darius devant Alexandre, sur le mur est, Alexandre le Grand apprivoise Bucéphale, dans laquelle la main d’un collaborateur est visible, surtout du côté droit, et Alexandre à la bataille sur le mur sud. Le Vulcain à la forge avec quelques amours qui lui offrent des fléchettes est aussi du Sodoma.
L’œuvre se présente comme l’illustration pratiquement exacte de l’ekphrasis (description littéraire) d’un tableau du peintre antique Aétion [2]Aétion : le nom qu’utilise Lucien de Samosate pour louer le peintre à l’origine du mariage d’Alexandre, est une déformation d’Échion, nom d’un peintre de la Grèce antique. : Les Noces d’Alexandre et de Roxanne, écrite par Lucien de Samosate [3]« Mais pourquoi te citer les sophistes, les historiens, les prosateurs de l’antiquité, lorsque, tout récemment le peintre Aétion, ayant peint, dit-on, un tableau représentant le mariage d’Alexandre et de Roxane, se rendit aux jeux olympiques, et l’exposa aux yeux de tous les spectateurs avec un tel succès, que Proxénide, l’un des hellanodices (*), enchanté de son talent, prit … Poursuivre. Aussi, par un étonnant renversement de situation, est-il possible d’utiliser le texte de Lucien de Samosate pour décrire presque exactement l’œuvre du Sodoma :
« Un Amour placé derrière Roxanne lui enlevait en riant son voile, et le montrait à son époux ; un autre ôtait une des sandales du prince, comme pour l’inviter à prendre place sur le lit ; un autre le prenait par son manteau et le tirait vers Roxanne. Alexandre présentait une couronne à la princesse. Héphestion tenait le flambeau nuptial, et s’appuyait sur un adolescent d’une grande beauté qui représentait l’Hymen. »
« Dans une chambre magnifique est un lit nuptial : Roxane y est assise ; c’est une jeune vierge d’une beauté parfaite : elle regarde à terre, toute confuse de la présence d’Alexandre ; une troupe d’Amours voltige en souriant. L’un, placé derrière la jeune épouse, soulève le voile qui lui couvre la tête, et montre Roxane à son époux. Un autre, esclave empressé, délie la sandale comme pour hâter le moment du bonheur ; un troisième saisit Alexandre par son manteau, et l’entraine de toutes ses forces vers Roxane. Le roi présente une couronne à la jeune mariée ; près de lui, comme paranymphe, se tient Héphestion, une torche allumée dans la main, et appuyé sur un beau jeune homme, que je crois être l’Hyménée, son nom n’étant point écrit. Dans une autre partie du tableau, sont des Amours qui jouent avec les armes d’Alexandre : deux d’entre eux portent sa lance, comme un lourd fardeau, et paraissent accablés spus le poids d’un ais ; deux autres traînent par les courroies le bouclier, sur lequel est assis un troisième, qui a l’air d’un souverain sur son char ; un dernier s’est glissé sous la cuirasse qui gît à terre, et il semble épier les autres, pour leur faire peur, quand ils passeront près de lui. » [4]Lucien de Samosate (trad. Eugène Talbot), « Hérodote et Aétion », dans Œuvres complètes, t. 1, Paris, Hachette, 1866.
Notes
| 1↑ | Francesca Ordeaschi : amante d’Agostino Chigi, rencontrée à Venise, elle a été élevée du rang de courtisane à celui d’épouse légitime du richissime banquier. Fille d’un épicier vénitien, Francesca ne représentait évidemment pas un bon parti pour Agostino. Aussi, lorsque Sigismondo prend conscience que son frère se détourne des priorités familiales, prend-il certaines mesures afin de mettre l’héritage de sa propre descendance à l’abri. On procède à la division des biens de la famille, afin que les enfants de Francesca n’héritent pas des biens communs des Chigi. C’est là une rupture au sein du clan. Désormais, du fait de cette division des biens, et surtout des banques, les héritiers de Sigismondo ne seront pas confrontés aux mêmes affaires que ceux d’Agostino. |
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| 2↑ | Aétion : le nom qu’utilise Lucien de Samosate pour louer le peintre à l’origine du mariage d’Alexandre, est une déformation d’Échion, nom d’un peintre de la Grèce antique. |
| 3↑ | « Mais pourquoi te citer les sophistes, les historiens, les prosateurs de l’antiquité, lorsque, tout récemment le peintre Aétion, ayant peint, dit-on, un tableau représentant le mariage d’Alexandre et de Roxane, se rendit aux jeux olympiques, et l’exposa aux yeux de tous les spectateurs avec un tel succès, que Proxénide, l’un des hellanodices (*), enchanté de son talent, prit Aétion pour gendre.
Mais, demandera-t-on, qu’y avait-il donc de si merveilleux dans cette peinture, pour qu’un hellanodice ait donné sa fille en mariage à cet Aétion, qui était étranger ? Ce tableau est en Italie ; je l’ai vu, et je puis vous en donner une idée. Dans une chambre magnifique est un lit nuptial : Roxane y est assise ; c’est une jeune vierge d’une beauté parfaite : elle regarde à terre, toute confuse de la présence d’Alexandre ; une troupe d’Amours voltige en souriant. L’un, placé derrière la jeune épouse, soulève le voile qui lui couvre la tête, et montre Roxane à son époux. Un autre, esclave empressé, délie la sandale comme pour hâter le moment du bonheur ; un troisième saisit Alexandre par son manteau, et l’entraine de toutes ses forces vers Roxane. Le roi présente une couronne à la jeune mariée ; près de lui, comme paranymphe (**), se tient Héphestion (***), une torche allumée dans la main, et appuyé sur un beau jeune homme, que je crois être l’Hyménée, son nom n’étant point écrit. Dans une autre partie du tableau, sont des Amours qui jouent avec les armes d’Alexandre : deux d’entre eux portent sa lance, comme un lourd fardeau, et paraissent accablés spus le poids d’un ais (****) ; deux autres traînent par les courroies le bouclier, sur lequel est assis un troisième, qui a l’air d’un souverain sur son char ; un dernier s’est glissé sous la cuirasse qui gît à terre, et il semble épier les autres, pour leur faire peur, quand ils passeront près de lui. Ces épisodes ne sont point des hors-d’œuvre, et Aétion ne les a pas placés sans dessein dans son tableau ; mais ils rappellent les goûts guerriers d’Alexandre, qui, malgré sa passion pour Roxane, n’a point oublié celle des armes. D’ailleurs, on peut dire que cette toile respire comme un air nuptial, puisqu’elle fit donner pour épouse à l’artiste la fille de Proxénide ; de telle sorte qu’Aétion ne s’en retourna qu’après avoir célébré un mariage qui fut, pour ainsi dire, la suite de celui d’Alexandre. Le roi servit de paranymphe au peintre, et le prix d’un mariage en peinture fut un véritable hymen. » Lucien de Samosate, « Hérodote et Aétion » (trad. par Eugène Talbot), Œuvres complètes de Lucien de Samosate, XXI, 4-6, Paris, Hachette, 1866, t. 1, p. 335-338. (*) Hellanodyces : juges des Jeux olympiques antiques |
| 4↑ | Lucien de Samosate (trad. Eugène Talbot), « Hérodote et Aétion », dans Œuvres complètes, t. 1, Paris, Hachette, 1866. |

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