Jacopo de’ Benedetti, dit Jacopone [1]Frère « Jacovone » comme il se nomme lui-même dans une de ses laudes les plus célèbres (voir note 4). Jacopone aurait été appelé ainsi en raison de sa remarquable prestance, alors même que son vrai nom, comme on le lit notamment dans les documents et dans les chroniques de l’époque, était Iacobus de Tuderto (*). (*) Voir : Le Vite antiche di Iacopone da Todi, Enrico … Poursuivre da Todi (Todi, v. 1230 – Collazzone, 1306) : « figure énigmatique dans la littérature italienne du XIIe siècle. Même si son laudario [2]Jacopone da Todi est l’auteur d’une centaine de laudes, des chants de louange écrits sous forme de ballade, rédigés en dialecte ombrien, et qui expriment les plus profonds sentiments de son âme. représente l’un des sommets de la poésie religieuse européenne, il est très souvent perçu comme une œuvre périphérique au sein de la littérature vernaculaire naissante et des rapports de concurrence et d’échange qui se nouent entre les deux aires culturelles de la Toscane et de la Vénétie. Les raisons invoquées […] ne suffisent pourtant pas à expliquer une marginalisation qui est contredite par la proximité du frère-poète avec les poètes qui lui étaient contemporains (surtout Guittone) et avec ceux qui étaient à peine plus jeunes (Dante, en premier). » [3]Antonio MONTEFUSCO, Malika COMBES, « La vie effacée du poète dissident : Iacopone et le ‘peuple’ à Todi », dans Arzanà 16-17 (2013). Écritures de l’exil dans l’Italie médiévale, sous la direction de Anna Fontes BARATTO et Marina GAGLIANO, p. 53 On ne sait presque rien de ses premières années, les biographies anciennes se bornant à suivre scrupuleusement la « légende » franciscaine traditionnelle : jeunesse insouciante, conversion à la suite du décès accidentel de son épouse, retrait de la vie sociale (hiver 1268), distribution de ses biens aux pauvres, années de pèlerinage et d’aumône. En 1278, Jacopone entre comme frère laïc dans l’ordre de saint François et adhère au courant rigoriste des « spirituels », partisans d’une application stricte de l’esprit originel franciscain. Après l’abdication de Célestin V, protecteur des spirituels, il participe à la fronde contestant l’élection de Boniface VIII ; le pape se vengera en excommuniant les rebelles et en assiégeant Palestrina, où ces derniers s’étaient réfugiés. En septembre 1298, Jacopone est emprisonné à Todi, où il compose quelques-unes de ses plus célèbres laudes polémiques contre le pape. Il ne sera libéré qu’en 1303, date de l’accession de Benoît XI au trône de Pierre. On lui attribue le texte du Stabat Mater.
Iconographie
Jacopone est représenté « vêtu de l’habit des Frères Mineurs, la tête auréolée de la splendeur du Bienheureux, pieds nus, les jambes longues et fines, le visage émacié, l’air absent, les yeux cernés, le visage marqué de profondes rides, et les longs cheveux gris tonsurés, couvrant ses grandes oreilles. Il semble présenter non pas une image stéréotypée, mais un véritable portrait moral [4] Cette description correspond point par point au portrait de Jacopone peint par Paolo Uccello dans la cathédrale de Prato (*).
(*) Paolo Uccello, Beato Jacopo da Todi. Prato, Museo dell’Opera del Duomo., dont les éléments pourraient correspondre à la description, certes générique, que nous ont transmise l’évocation de l’effigie sur le cercueil contenant la dépouille mortelle du frère, dans l’église de San Fortunato [5]Église du couvent de San Fortunato, à Todi.. Ici aussi, tant les vers cités (avec inexactitude) dans la fresque de Paolo Uccello (« Ke farai frate Jacopone / hor se giunto al paragone » [6]« Que farai, fra Iacovone ? — se’ venuto al paragone. » (« Que feras-tu, frère Iacopone ? Tu es venu à l’épreuve. (*) »)
(*) L’épreuve, le « paragone », consiste dans la condamnation solennelle lancée par Boniface VIII dans la bulle Lapis abscissus (23 mai 1297), par laquelle les cardinaux Colonna, leurs parents et leurs partisans … Poursuivre, qui est le début de la célèbre laude autobiographique [7]JACOPONE DA TODI, « LV. Cantico de frate Iacopone de la sua pregionia », Le Laude [v. 1298-1303], Giovanni FERRI (éd.), Bari, Laterza, 1915, p. 124.) que l’iconographie semblent souligner le spiritualisme radical de l’ancien pauvre, dont la rébellion politico-religieuse a toujours été combattue par la Curie romaine. » [8]Fabiola BERNARDINI, Nicoletta PAOLUCCI, L’iconografia di Iacopone da Todi, dans Iacopone da Todi e l’arte in Umbria nel Duecento (cat. d’exp., Todi, Palazzi Comunali, Museo Pinacoteca, décembre 2006-mai 2007), Milan, Skira, 2006.
Notes
| 1↑ | Frère « Jacovone » comme il se nomme lui-même dans une de ses laudes les plus célèbres (voir note 4). Jacopone aurait été appelé ainsi en raison de sa remarquable prestance, alors même que son vrai nom, comme on le lit notamment dans les documents et dans les chroniques de l’époque, était Iacobus de Tuderto (*).
(*) Voir : Le Vite antiche di Iacopone da Todi, Enrico MENESTÒ (éd.), Spolète, Centro di Studi sull’Alto Medioevo, 1977. |
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| 2↑ | Jacopone da Todi est l’auteur d’une centaine de laudes, des chants de louange écrits sous forme de ballade, rédigés en dialecte ombrien, et qui expriment les plus profonds sentiments de son âme. |
| 3↑ | Antonio MONTEFUSCO, Malika COMBES, « La vie effacée du poète dissident : Iacopone et le ‘peuple’ à Todi », dans Arzanà 16-17 (2013). Écritures de l’exil dans l’Italie médiévale, sous la direction de Anna Fontes BARATTO et Marina GAGLIANO, p. 53 |
| 4↑ | Cette description correspond point par point au portrait de Jacopone peint par Paolo Uccello dans la cathédrale de Prato (*).
(*) Paolo Uccello, Beato Jacopo da Todi. Prato, Museo dell’Opera del Duomo. |
| 5↑ | Église du couvent de San Fortunato, à Todi. |
| 6↑ | « Que farai, fra Iacovone ? — se’ venuto al paragone. » (« Que feras-tu, frère Iacopone ? Tu es venu à l’épreuve. (*) »)
(*) L’épreuve, le « paragone », consiste dans la condamnation solennelle lancée par Boniface VIII dans la bulle Lapis abscissus (23 mai 1297), par laquelle les cardinaux Colonna, leurs parents et leurs partisans sont excommuniés, privés de leurs biens et, pour finir, exilés et bannis : le bannum, qui est ici « limité » à l’expulsion de l’urbs, du districtus et des territoires sujets à la Romana Ecclesia, s’insère en fait dans le crescendo de la sentence d’excommunication, qui aboutit à une sorte de « mort sociale ». Voir : Antonio MONTEFUSCO, « La vie effacée du poète dissident », Arzanà, 16-17 (2013), pp. 53-73. |
| 7↑ | JACOPONE DA TODI, « LV. Cantico de frate Iacopone de la sua pregionia », Le Laude [v. 1298-1303], Giovanni FERRI (éd.), Bari, Laterza, 1915, p. 124. |
| 8↑ | Fabiola BERNARDINI, Nicoletta PAOLUCCI, L’iconografia di Iacopone da Todi, dans Iacopone da Todi e l’arte in Umbria nel Duecento (cat. d’exp., Todi, Palazzi Comunali, Museo Pinacoteca, décembre 2006-mai 2007), Milan, Skira, 2006. |
