Guittone d’Arezzo

Guittone del Viva, dit Guittone d’Arezzo (Arezzo, 1235 – Florence, 1294) : poète originaire de la cité-État d’Arezzo, il joua un rôle de premier plan dans l’acculturation culturelle de la poésie courtoise sicilienne et de la poésie occitane des Troubadours dans sa région natale au XIIIe siècle. Guittone fut la figure littéraire la plus importante de la Toscane avant Dante, et y exerça une puissante suprématie. Il puisait son inspiration chez les Provençaux et son style, souvent alambiqué et obscur, témoignait d’une admiration particulière pour Arnaut Daniel, qui excellait quant à lui dans le trobar lèu (style poétique aisé). À la fin du chant, Arnaut s’exprime en langue d’oc, que Dante maîtrisait manifestement à la perfection, disant : « Votre question me réjouit tant que je ne puis, ni ne veux, me cacher de vous. Je suis Arnaut, qui pleure et chante. Je contemple avec tristesse mes erreurs passées, et avec joie le bonheur que j’espère. Maintenant, je vous supplie, au nom de cette vertu qui vous guide jusqu’au sommet de cette ascension, de vous souvenir de ma peine au moment opportun. »

Guittone a laissé un Canzoniere (recueil de chansons) d’environ 300 compositions, comprenant des rimes amoureuses, politiques et religieuses. [1]Le corpus compte 50 chansons et 251 sonnets, conservés dans les manuscrits italiens originaux et dont le codex Laurenziano Rediano 9 (*), qui rassemble des rimes d’amour et des chansons politiques, constitue le témoin le plus important. (*) Le codex Laurenziano Rediano 9, conservé à la Bibliothèque Laurentienne (Florence) a servi de base à la reconstitution du recueil de … Poursuivre Dante l’admira dans sa jeunesse, l’imitant dans certaines de ses Rime, avant de prendre ses distances et de l’attaquer par une vive polémique littéraire : dans le De vulgari eloquentia (I, 13), il déclare que Guittone « numquam se ad curiale vulgare direxit » [2]« […] n’a jamais donné l’exemple d’une langue vernaculaire digne de la cour. », le présentant comme un exemple négatif de l’usage de la langue toscane. Dans le Purgatoire [3]Dante ALIGHIERI, Purgatoire, XXIV, 49 et suiv. : « Ma di si veggio qui colui che fore trasse le nove rime, cominciando ‘Donne ch’avete intelletto d’amore’. » E io a lui : « I’ mi son un che, quando Amor mi spira, noto, e a quel modo ch’e ditta dentro vo significando. » « O frate, issa vegg’io », diss’elli, « il nodo che ‘l Notaro … Poursuivre, Bonagiunta Orbicciani demande à Dante d’expliquer les particularités du Dolce Stil Novo, puis déclare comprendre l’obstacle qui l’a empêché, ainsi que Giacomo da Lentini et Guittone, de rejoindre cette nouvelle école. Au chant XXVI [4]Dante ALIGHIERI, Purgatoire, XXVI, 124-126., Guido Guinizelli, après avoir fait l’éloge d’Arnaut contre ceux qui préfèrent Giraut de Bornelh, affirme que « così fer molti antichi di Guittone, / di grido in grido pur lui dando pregio, / fin che l’ha vinto il ver con più persone » [5]« C’est ainsi que beaucoup d’anciens donnèrent / à Guittone le prix de bouche en bouche, / mais enfin le vrai gagne avec plus de voix. »

Notes

Notes
1 Le corpus compte 50 chansons et 251 sonnets, conservés dans les manuscrits italiens originaux et dont le codex Laurenziano Rediano 9 (*), qui rassemble des rimes d’amour et des chansons politiques, constitue le témoin le plus important.

(*) Le codex Laurenziano Rediano 9, conservé à la Bibliothèque Laurentienne (Florence) a servi de base à la reconstitution du recueil de chansons de Guittone d’Arezzo.

2 « […] n’a jamais donné l’exemple d’une langue vernaculaire digne de la cour. »
3 Dante ALIGHIERI, Purgatoire, XXIV, 49 et suiv. :

« Ma di si veggio qui colui che fore
trasse le nove rime, cominciando

‘Donne ch’avete intelletto d’amore’. »
E io a lui : « I’ mi son un che, quando
Amor mi spira, noto, e a quel modo
ch’e ditta dentro vo significando. »
« O frate, issa vegg’io », diss’elli, « il nodo
che ‘l Notaro e Guittone e me ritenne
di qua dal dolce stil novo ch’i odo !
Io veggio ben come le vostre penne
di retro al dittator sen vanno strette,
che de le nostre certo non avvenne ;
e qual più a gradire oltre si mette,
non vede più da l’uno a l’altro stilo » ;
e, quasi contentato, si tacette.

« Mais dis-moi si je vois celui qui a trouvé
le nouvel art des rimes qui commencent ainsi :
‘Dames qui avez intelligence d’amour’. »
Et moi à lui : « Je suis homme qui note,
quand Amour me souffle, et comme il dicte
au cœur, je vais signifiant. »
« Ô frère, je vois à présent », dit-il, « le nœud
qui retient le Notaire, et Guittone, et moi
en deçà du doux style nouveau que j’entends. Je vois comment vos plumes s’en vont serrées derrière celui qui dicte,
et cela n’advint certes jamais aux nôtres ;
et celui qui veut aller au-delà
ne voit plus rien entre l’un et l’autre style » ;
puis, comme satisfait, il se tut.

4 Dante ALIGHIERI, Purgatoire, XXVI, 124-126.
5 « C’est ainsi que beaucoup d’anciens donnèrent / à Guittone le prix de bouche en bouche, / mais enfin le vrai gagne avec plus de voix. »

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