Boniface VIII

Benedetto Caetani (…, 1235 – …, 1303) : pape sous le nom de Boniface VIII à partir de 1294, à la suite de la démission de Célestin V [1]Alors cardinal, le futur pape semble avoir exercé des pressions indues sur Célestin V.. Il proclama le premier Jubilé de l’histoire de l’Église, en l’an 1300, également dans le but de bénéficier du revenu des indulgences. Le pape fut adversaire de Philippe le Bel, roi de France, contre lequel il publia la bulle Unam Sanctam (1302), véritable manifeste de théocratie médiévale contre le souverain français qui cherchait à s’émanciper de la tutelle de l’Église placée sous la gouverne du pape [2]Auparavant, au mois d’août 1297, il aura canonisé un autre roi de France, Louis IX, avec la bulle Gloria, laus, et honor. ; il subit la rébellion des cardinaux Colonna, membres d’une puissante famille rivale, qui l’accusèrent de fraude et de simonie, et pour cette raison, fit assiéger et détruire leur fief de Palestrina, les obligeant à fuir vers la France. Cela exacerba les relations déjà tendues avec le roi de France qui, lors de l’attentat d’Anagni, en 1303 [3]Le 7 septembre 1303, accompagnés de fantassins et de cavaliers recrutés à cet effet, Guillaume de Nogaret (*) et Sciarra Colonna (**) pénètrent de force dans la résidence papale d’Anagni pour imposer à Boniface de se rendre à Lyon, au concile œcuménique organisé par les conseillers de Philippe le Bel, dont le but véritable est de juger le pape, que plusieurs qualifient … Poursuivre, le fit retenir prisonnier quelques jours [4]Tiré des mains des Français le 9 septembre grâce à une révolte de la population d’Anagni, le pape Boniface mourut peu après, le 11 octobre 1303, à Rome., et causa indirectement sa mort.

Dante porte sur Boniface VIII un jugement particulièrement négatif, notamment en raison des manœuvres qui, en 1301, favorisèrent la prise de pouvoir des Guelfes noirs à Florence, provoquant l’exil du poète lui-même.
Dans l’Enfer, il fait dire au pape Nicolas III, dont l’âme se trouve parmi les simoniaques de la troisième Bolge, que Boniface le rejoindra bientôt, prédisant ainsi sa damnation [5]L’âme d’un « perfide assassin » interpelle Dante, qu’il a pris pour un autre : Ed el gridò : « Se’ tu già costì ritto,  se’ tu già costì ritto, Bonifazio ?  Di parecchi anni mi mentì lo scritto.  Se’ tu sì tosto di quell’ aver sazio  per lo qual non temesti tòrre a ’nganno  la bella donna, e poi di farne strazio?». Il … Poursuivre.
Dans le Purgatoire, l’affront d’Anagni est prédit par Hugues Capet qui, en réalité condamne durement la conduite du roi de France et déclare qu’à cette occasion Jésus fut indigné et martyrisé pour la deuxième fois depuis que le Pape est le vicaire du Christ sur terre [6]L’âme du roi Hugues Capet, croisée au Purgatoire, prophétise l’attentat d’Agnani organisé sous l’égide de Philippe le Bel contre Boniface VIII : Perché men paia il mal futuro e ’l fatto veggio in Alagna intrar lo fiordaliso,  e nel vicario suo Cristo esser catto. Veggiolo un’altra volta esser deriso ;  veggio rinovellar l’aceto e ’l fiele,  e tra … Poursuivre.
Au Paradis, saint Pierre prononce une violente invective contre les papes corrompus et accuse Boniface d’usurper son siège, ainsi que d’avoir transformé le Vatican en « un cloaque de sang et de puanteur », si bien que Lucifer, expulsé du Ciel, se contente de voir les méfaits du pontife [7]Dante entend tonner des paroles d’invectives contre le pape Boniface VIII (qui n’est pas nommé ; plus loin, on apprendra que c’est la voix de saint Pierre qui résonne ainsi) : La provedenza, che quivi comparte vice e officio, nel beato coro silenzio posto avea da ogne parte, quand’ ïo udi’ : « Se io mi trascoloro, non ti maravigliar, ché, dicend’ io, vedrai … Poursuivre.

Notes

Notes
1 Alors cardinal, le futur pape semble avoir exercé des pressions indues sur Célestin V.
2 Auparavant, au mois d’août 1297, il aura canonisé un autre roi de France, Louis IX, avec la bulle Gloria, laus, et honor.
3 Le 7 septembre 1303, accompagnés de fantassins et de cavaliers recrutés à cet effet, Guillaume de Nogaret (*) et Sciarra Colonna (**) pénètrent de force dans la résidence papale d’Anagni pour imposer à Boniface de se rendre à Lyon, au concile œcuménique organisé par les conseillers de Philippe le Bel, dont le but véritable est de juger le pape, que plusieurs qualifient d’« indigne », et de le déposer.

(*) Guillaume de Nogaret (Saint-Félix de Caraman, 1260 – Paris, 1313) : juriste français originaire du Languedoc, conseiller du roi de France Philippe IV le Bel, ainsi que son garde du Sceau. Nogaret fut à partir de 1306 le véritable maître d’œuvre de la politique royale avec Enguerrand de Marigny.
(**) Sciarra Colonna (Venise, 1270 – 1329) : sénateur romain appartenant à la puissante famille des Colonna, ennemie héréditaire, notamment, de celle des Caetani (à laquelle appartenait Boniface VIII), frère du cardinal Jacopo Colonna.

4 Tiré des mains des Français le 9 septembre grâce à une révolte de la population d’Anagni, le pape Boniface mourut peu après, le 11 octobre 1303, à Rome.
5 L’âme d’un « perfide assassin » interpelle Dante, qu’il a pris pour un autre :

Ed el gridò : « Se’ tu già costì ritto, 
se’ tu già costì ritto, Bonifazio ? 
Di parecchi anni mi mentì lo scritto. 
Se’ tu sì tosto di quell’ aver sazio 
per lo qual non temesti tòrre a ’nganno 
la bella donna, e poi di farne strazio?».

Il cria : « Est-ce toi déjà, là debout, 
est-ce toi déjà, là debout, Boniface ? 
L’écrit m’a menti de plusieurs années.
T’es-tu si vite rassasié de cet or 
pour qui tu n’as pas craint de prendre par traîtrise
la belle Dame (*), et de lui faire outrage ? »

Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, Enfer, XIX, 52-57.

(*) La belle Dame : l’Église. L’affirmation « tu n’as pas craint de prendre par traîtrise la belle Dame et de lui faire outrage » signifie « tu ne t’es pas privé d’épouser, par traîtrise, l’Eglise, et de la prostituer (Boniface accéda à la papauté en encourageant Célestin V à abdiquer et en complotant avec Charles d’Anjou pour obtenir le vote des cardinaux angevins nommés par son prédécesseur. Le damné, dont on ignore encore l’identité, prend Dante pour son prochain compagnon de peine.

6 L’âme du roi Hugues Capet, croisée au Purgatoire, prophétise l’attentat d’Agnani organisé sous l’égide de Philippe le Bel contre Boniface VIII :

Perché men paia il mal futuro e ’l fatto
veggio in Alagna intrar lo fiordaliso, 
e nel vicario suo Cristo esser catto
.
Veggiolo un’altra volta esser deriso ; 
veggio rinovellar l’aceto e ’l fiele, 
e tra vivi ladroni esser anciso
.
Veggio il novo Pilato sì crudele, 
che ciò nol sazia, ma sanza decreto 
portar nel Tempio le cupide vele
.

« Pour que semble moins grand le mal fait ou à faire, 
je vois à Anagni entrer la fleur de lys, 
et Christ être captif dans son vicaire.
Je le vois à nouveau être bafoué ; 
je le vois abreuvé de vinaigre et de fiel, 
et mis à mort entre larrons vivants.
Je vois le nouveau Pilate si cruel, 
qui n’est pas rassasié, mais porte dans le Temple,
sans décrets, ses vaisseaux avides. »

Dante ALIGHIERI, op. cit., Purgatoire, XX, 85-93.

7 Dante entend tonner des paroles d’invectives contre le pape Boniface VIII (qui n’est pas nommé ; plus loin, on apprendra que c’est la voix de saint Pierre qui résonne ainsi) :

La provedenza, che quivi comparte
vice e officio, nel beato coro
silenzio posto avea da ogne parte,
quand’ ïo udi’ : « Se io mi trascoloro,
non ti maravigliar, ché, dicend’ io,
vedrai trascolorar tutti costoro.
Quelli ch’usurpa in terra il luogo mio,
il luogo mio, il luogo mio che vaca.
ne la presenza del Figliuol di Dio,
fatt’ ha del cimitero mio cloaca
del sangue e de la puzza ; onde ’l perverso
che cadde di qua sù, là giù si placa».

« La providence, qui répartit ici 
toute et offices, dans le chœur bienheureux 
avait fait le silence de tous côtés,
lorsque j’entendis : “Si je me décolore, 
ne t’étonne pas, car, quand je parlerai, 
tu verras tous ceux-ci se décolorer.
Celui qui sur terre usurpe mon lieu, 
mon lieu, mon lieu qui est vacant 
à la présence du Fils de Dieu,
a fait de mon cimetière un cloaque
de sang et de puanteur ; et le pervers (*)
qui tomba d’ici, s’apaise en bas.” »

Ibid., Paradis, XXVII, 16-27.

(*) Le pervers a pour nom Lucifer, l’ange déchu qui stagne dorénavant dans l’Enfer, au plus bas de l’immense trou créé par sa chute.

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