
Betto di Geri (actif à Florence entre 1366 et 1402), Leonardo di ser Giovanni (Florence. 1358 – 1371), Tommaso di Lorenzo Ghiberti (Florence, v. 1415 – ), Matteo di Giovanni (actif notamment entre 1445 et 1452), Michelozzo di Bartolommeo Michelozzi (Florence, 1396 – 1472), Bernardo Cennini (Florence, 1414 – 1498), Antonio di Salvi (1450 – 1527), Francesco di Giovanni (documenté de 1465 à 1510), Antonio del Pollaiolo (Florence, 1429 – Rome, 1498), Andrea del Verrocchio (Florence, 1435 – Venise, 1488), Cristoforo (Cristofano) di Paolo (documenté de 1367 à 1394 [1]Époque de la présence de l’artiste à Pistoia.)
‘Altare’ d’argento di San Giovanni (‘Autel’ d’argent de saint Jean Baptiste), 1367 [2]Le début des travaux pour la commande effectuée par l’Arte della Calimala, est attesté par l’inscription figurant sur le socle, qui porte la date de 1367. Voir note 2. -1483
Argent repoussé et ciselé, argent doré, émaux translucides, bois et bois doré, 115,7 x 268,4 x 71,3 cm.
Inscriptions :
- (à la base de l’autel) : « ANNO DOMINI MCCCLXVI INCEPTUM FUIT HOC OPUS DOSSALIS TENPORE BENEDICTI NEROZZI DEALBERTIS, PAULI MICHAELIS DERONDINELLIS, BERNARDI DOMINI CHOVONIS DECHOVONIBUS OFFITIALIUM DEPUTATORUM » [3]« Les travaux sur ce dossal furent entrepris en l’an de grâce 1366 (*), sous le mandat de Benedetto Nerozzi de’ Alberti, Paolo Michele de’ Rondinelli et Bernardo di Messer Chovone de’ Chovoni, responsables désignés. »(*) La date 1366, donnée selon le calendrier florentin (stile fiorentino) en vigueur à Florence jusqu’au milieu du XVIIIe siècle équivaut … Poursuivre
- (panneau représentant Jean-Baptiste prêchant aux foules, sur le rouleau) : « VOX CLAMANTIS IN DESERTO PARATE VIAM DOMINI » [4]Les évangélistes Matthieu, Marc et Luc donne la même version, quasiment sans aucune variation : « [Jean est celui qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète, lorsqu’il dit :] c’est ici la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. » (Mt 3, 3) ; « [Selon ce qui est écrit dans Ésaïe, le … Poursuivre
- (panneau représentant Le sermon du Baptiste devant Hérode, dans un cartouche) : « NON LICET TIBI HABERE UXOREM FRATRIS TUI » [5]« [Car Jean disait à Hérode :] il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. » (Mc 6, 18).
- (panneau représentant Saint Jean désigne le Christ à ses disciples, dans un cartouche) : « ECCE AGNUS DEI ECCE QUI TOLLIT PECCATUM MUNDI » [6]« Ecce agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi » : « [Le lendemain, il [Jean] vit Jésus venant à lui, et il dit :] Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » (Jn 1, 29).
- (panneau représentant Le jeune saint Jean quitte ses parents et part pour le désert, dans un cartouche) : « EGO VOX » [7]Ego vox [clamantis in deserto parate viam domini] » : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur ».
- (flanc gauche, pinacle droit, partie supérieure, triphore frontale, figures avec cartouche) : « AGEBATUR […] / IN DESERTO » [8]« [Iesus autem plenus Spiritu Sancto regressus est ab Jordane et] agebatur [in Spiritu] in deserto » : « [Jésus, rempli du Saint-Esprit, s’en retourna du Jourdain, et] il était conduit [par l’Esprit] dans le désert. » (Lc 4, 1).
- (flanc gauche, pinacle droit, partie supérieure, triphore frontale, figure avec un cartouche) :
« HIC EST ENIM / DE COS SCRIPTUS EST » [9]« Hic est enim de quo scriptum est [: Ecce ego mitto angelum meum ante faciem tuam, qui praeparabit viam tuam ante te]. » : « Car c’est celui dont il est écrit : Voici que j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi ». » (Mt 11, 10). - (façade, premier pinacle en partant de la gauche, partie supérieure, triphore centrale, figure avec un cartouche) : « […] EXISTI IN DE/SERTO VIDERE » [10]« Quid existis in deserto videre ? » : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? » (Mt 11, 7).
- (façade, second pinacle en partant de la gauche, partie supérieure, triphore centrale, figure avec un cartouche) : « IHS BAPTI[…] / IN IORDAN[…] » [11]« Tunc venit Jesus a Galilaea in Jordanem ad Joannem, ut baptizaretur ab eo. Joannes autem prohibebat eum, dicens: Ego a te debeo baptizari, et tu venis ad me? Respondens autem Jesus, dixit ei: Sine modo: sic enim decet nos implere omnem justitiam. Tunc dimisit eum. Baptizatus autem Jesus, confestim ascendit de aqua, et ecce aperti sunt ei caeli: et vidit Spiritum Dei … Poursuivre
- (façade, premier pinacle en partant de la gauche, section inférieure, triphore centrale, figure avec un cartouche) : « ANTE FACIEM TUAM / [… ] PREPARABIT […] » [12]« Ecce ego mitto angelum meum ante faciem tuam, qui præparabit viam tuam ante te » : « Car c’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi (*). » (Mt 11, 10).
(*) Citation du prophète Malachie (Ml 3, 1). Voir note 22. - (façade, second pinacle en partant de la gauche, partie inférieure, triphore centrale, figure avec un cartouche) : « VOX CLAMANTIS / IN DESERTO » [13]Voir note 7 ci-dessus.
- (façade, quarto pinacle en partant de la gauche, parte superiore, triphore centrale, figure avec un cartouche) : « VENITE […] / […] » [14]« Venite ad me omnes, qui laboratis, et onerati estis, et ego reficiam vos. » : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » (Mt 11, 28).
- (façade, cinquième pinacle en partant de la gauche, parte superiore, triphore centrale, figure avec un cartouche) : « IN NOMINE / DOMINE » [15]« Benedictus qui venit in nomine Domini » : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». (Ps 118, 26). Le même verset se retrouve dans les quatre évangiles lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem (le dimanche des Rameaux).
- (façade, quatrième pinacle en partant de la gauche, partie inférieure, triphore centrale, figure avec un cartouche) : « CREDO QUOD / REDENTOR » [16]« Credo quod redemptor [meus vivit] : « Je crois que mon rédempteur [vit]. » (Jb 19, 25-27).
- (façade, cinquième pinacle en partant de la gauche, partie inférieure, triphore centrale, figure avec un cartouche) : « […] / QUI VENIT » [17][Benedictus] qui venit [in nomine Domini] » : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Ce verset, qui provient des Évangiles (Mt 21, 9 ; Mc 11, 9, ; Lc 13, 35 et 19, 38 Jn 12, 13), fait écho au Psaume 118, 26).
- (façade, sixième pinacle en partant de la gauche, partie supérieure, triphore centrale, figure avec un cartouche) : « IN NOMINE DOMINE / […] » [18]« Benedictus qui venit in nomine Domini » : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Ps 117, 26). La forme correcte en latin classique est Domini (génitif) et non Domine (vocatif). Voir note .
- (façade, sixième pinacle en partant de la gauche, partie inférieure, triphore centrale, figure accompagnée d’un cartouche) : « CALDEA (?) / SIBILLA » [19]« La sibylle chaldéenne ou babylonienne (?). » Également appelée Sabbé ou Sambéthé, il s’agit d’une prophétesse légendaire de l’Antiquité. Souvent identifiée à la sibylle hébraïque, les traditions grecques et juives en font traditionnellement la fille du prêtre babylonien Bérose ou une descendante de Noé.
- (flanc droit, pinacle gauche, partie inférieure, triphore centrale, figure accompagnée d’un cartouche) : « DENIELI (?) / PROPHETA » [20]« Le prophète Daniel (?). »
- (flanc droit, pinacle gauche, partie inférieure, trifora d’angle, figure accompagnée d’un cartouche) : « PROPHETA / GEREMIA » [21]« Le prophète Jérémie. »
- (flanc gauche, pinacle droit, partie supérieure, triphore d’angle, figure accompagnée d’un cartouche) : « ECCE EGO MICTO / ANGELUM MEUM » [22]« Ecce ego mitto angelum meum[; et praeparabit viam ante faciem meam: et statim veniet ad templum suum Dominator quem vos quaeritis, et angelus testamenti quem vos vultis. Ecce venit, dicit Dominus exercituum]. » : « Voici, j’enverrai mon messager [; il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez ; et le messager de … Poursuivre
- (flanc droit, pinacle gauche, partie supérieure, triphore d’angle, figure accompagnée d’un cartouche) :
- (façade, galerie des prophètes, quatrième série en partant de la gauche, troisième prophète, accompagné d’un cartouche) : « ZAHARIAS » [23]« [Le prophète] Zacharie. »
Provenance : Baptistère de San Giovanni, Florence.
Florence, Museo dell’Opera del Duomo.
« Le projet de réalisation de l’autel d’argent de saint Jean fut lancé par l’Arte di Calimala [24]Guide des marchands. — qui assurait le mécénat du baptistère de Florence — au lendemain de la Peste noire [25]Voir : Peste noire., cette épidémie qui avait ravagé l’Italie, tout comme le reste de l’Europe, au milieu du XIVe siècle. Cette terrible maladie, qui décima la moitié de la population, imposa une reconstruction — une renaissance tant physique que psychologique et économique — de la société tout entière. Les contraintes pesant sur la commande d’œuvres majeures, auxquelles s’ajoutait la disparition de nombreux artistes de cette génération, entravèrent la réalisation de cette pièce d’orfèvrerie, pourtant essentielle pour honorer le saint patron de Florence. Cela était particulièrement vrai pour une entreprise aussi coûteuse que l’autel le laissait présager dès l’origine, exigeant des investissements considérables en argent, en temps et en main-d’œuvre ; c’est d’ailleurs pour cette raison que son achèvement s’étala sur le passage au siècle suivant, s’étendant de 1363 — date de la commande initiale — jusqu’en 1482, année où l’œuvre fut enfin achevée. [26]Dora Liscia BEMPORAD, « Storie d’argento. L’Altare e la Croce d’argento di San Giovanni », dans Thymoty VERDON, La Croce e L’altare d’argento del Tesoro di San Giovanni, Modena, Franco Cosimo Panini, 2012, p. 16. »
L’autel, initialement prévu pour être un antependium [27]L’antependium fut probablement conçu à l’origine pour servir d’autel à part entière ; toutefois, à un stade ultérieur de sa réalisation – peut-être en raison du coût exorbitant de la fabrication des portes en bronze doré du baptistère -, il fut décidé de conserver sa fonction d’antependium amovible. Il était exposé dans le baptistère à l’occasion de la fête de saint … Poursuivre, est devenu au fil des ans une structure rectangulaire composée de trois faces, les côtés droit et gauche étant plus étroits, et constituée d’un parement en argent fixé sur une âme en bois, le tout enchâssé entre un cadre doré en saillie et un socle assorti. La face avant est dominée par une grande niche abritant une statue de saint Jean-Baptiste ; de chaque côté, disposés sur deux registres, quatre panneaux en relief illustrent des scènes de la vie du saint, complétés par deux autres paires de panneaux — superposés verticalement — sur les sections latérales. La séquence narrative, qui se lit de gauche à droite, s’établit comme suit [28]Le programme iconographique a sans doute été conçu dès l’origine, bien que l’exécution des panneaux se soit échelonnée sur plus d’un siècle. Les maîtres chargés des premières sections furent Leonardo di Ser Giovanni, Betto di Geri et Michele di Monte ; Cristofano di Paolo les rejoignit en 1387. Les panneaux représentant Saint Jean prêchant devant Hérode et Saint … Poursuivre :
Façade [30]À droite de la niche centrale.
- Bernardo Cennini, Annuncio dell’angelo a Zaccaria e Visitazione (Annonce de l’ange à Zacharie et Visitation), flanc gauche, en haut, fig. 2.
- Antonio del Pollaiolo, Nascita di san Giovanni Battista (Naissance de saint Jean Baptiste), flanc gauche, en bas, fig. 3.
- Maestro orafo della seconda metà del Trecento (Cristoforo di Paolo ?), San Giovannino lascia i genitori e si incammina nel deserto (Le jeune saint Jean quitte ses parents et part pour le désert), au bas de la façade, premier panneau à gauche, fig. 4.
- Orfèvre du Trecento, San Giovanni predica alle turbe (Saint Jean prêche aux foules), au bas de la façade, second panneau à gauche, fig. 5
- Orfèvre du Trecento (Cristoforo di Paolo ?), Battesimo di Cristo (Baptême du Christ), façade, en haut, second panneau à gauche, fig. 6.
- Orfèvre proche du style de Leonardo di Ser Giovanni, San Giovanni indica Cristo ai suoi discepoli (Saint Jean désigne le Christ à ses disciples), façade, en haut, premier panneau à gauche, fig. 7.
- Orfèvre proche du style de Leonardo di Ser Giovanni, San Giovanni nega di essere lui il Cristo (Saint Jean nie être le Christ), au bas de la façade, troisième panneau à partir de la gauche, fig. 8.
- Leonardo di Ser Giovanni, San Giovanni in carcere invia i suoi discepoli da Gesù (Saint Jean en prison envoie ses disciples vers Jésus), au bas de la façade, quatrième panneau à partir de la gauche, fig. 9.
- Orfèvre du Trecento, I discepoli di san Giovanni chiedono a Gesù se sia Lui il Messia (Les disciples de saint Jean demandent à Jésus s’il est le Messie), façade, en haut, quatrième panneau à partir de la gauche, fig. 10.
- Leonardo di Ser Giovanni, San Giovanni predica davanti ad Erode (Saint Jean prêche devant Hérode), façade, en haut, troisième panneau à partir de la gauche, fig. 8. [31]Note sur l’inversion des scènes et 8.
- Andrea del Verrocchio, Decollazione di san Giovanni Battista (Décapitation de saint Jean Baptiste), flanc droit, en bas, fig. 11.
- Antonio di Salvi, Convito di Erode (Banquet d’Hérode), flanc droit, en haut, fig. 12.
Dans la partie supérieure court une galerie ornée de statuettes de saints, de prophètes et de sibylles. La structure est rythmée par six piliers, divisés verticalement et agrémentés de contreforts, de pinacles, de crochets, de fleurons et de niches abritant des figures de prophètes et de sibylles, réalisées soit en ronde-bosse, soit en émail. Au sommet, des médaillons laissent apparaître des têtes aux traits expressifs. Des dorures et des émaux, principalement bleus, rehaussent différentes parties de la façade.
La grande niche centrale abrite une précieuse statue de Michelozzo représentant saint Jean Baptiste selon l’iconographie traditionnelle d’un ascète pénitent dans le désert : émacié, la barbe et les cheveux hirsutes, vêtu d’une robe de poil de chameau maintenue par une ceinture de cuir. Saint Jean tient la croix à la main, rappelant son rôle de précurseur du Sauveur, tandis que de la main droite il désigne le Christ, dont la figure dominait autrefois les mosaïques de la voûte du baptistère.
Le programme iconographique a sans doute été conçu dès l’origine, bien que l’exécution des panneaux se soit échelonnée sur plus d’un siècle. Les maîtres chargés des premières sections furent Leonardo di Ser Giovanni, Betto di Geri et Michele di Monte ; Cristofano di Paolo les rejoignit en 1387. Les panneaux représentant Saint Jean prêchant devant Hérode et Saint Jean en prison peuvent être attribués à Leonardo, sur la base de comparaisons stylistiques avec des œuvres qu’il a réalisées pour l’autel de saint Jacques à Pistoia. Des études récentes ont identifié la main d’un autre artiste — bien que stylistiquement proche de Leonardo di Ser Giovanni — dans les panneaux montrant Saint Jean désignant le Christ aux disciples et Les disciples de Jean demandent à Jésus s’il est le Messie. Les panneaux restants se distinguent par un caractère plus statique ; au sein de cet ensemble, il est difficile de déterminer les rôles précis joués par les différents maîtres documentés. L’antependium a probablement servi d’élément de mobilier liturgique dès la fin du XIVe siècle, bien que sous une forme incomplète : il lui manquait les deux sections latérales ainsi que la partie centrale abritant la niche destinée à la statue du saint. Ces éléments manquants furent temporairement remplacés par des plaques d’argent ornées d’un motif de briques réalisé selon la technique du sgraffite (graffito).
L’idée de créer un véritable autel ayant été abandonnée, les travaux se poursuivirent en parallèle avec la réalisation de la charpente en bois. Après une interruption de près d’un demi-siècle, la construction de l’autel ne reprit qu’en 1445, coïncidant avec l’achèvement des panneaux des Portes du Paradis et la disponibilité subséquente de nombreux maîtres orfèvres, dont Tommaso, l’un des fils de Lorenzo Ghiberti, chargé de réaliser la niche centrale de l’« autel ». Les nouveaux maîtres durent adapter leur langage artistique, désormais imprégné des expériences de la première Renaissance (malgré une tendance conservatrice marquée dans l’orfèvrerie), aux formes gothiques de leurs prédécesseurs, dans un cadre d’ensemble – panneaux rectangulaires dans un champ rectangulaire – bien éloigné du verticalisme de la période transalpine. La grande statue de Jean-Baptiste fut commandée à Michelozzo en 1452.
L’iconographie choisie s’inspire de la statue réalisée deux ans auparavant par le même artiste pour la chapelle de la Rabatta de la Santissima Annunziata. La réalisation de cette statue fut interrompue pour la création de la grande croix d’argent et des vêtements liturgiques de saint Jean. Face à l’urgence de terminer l’« Autel » sur ses petits côtés, compte tenu de son nouvel emplacement au centre du baptistère, les consuls de la Guilde décidèrent, le 24 juillet 1477, de commander les « têtes » avec les quatre étages manquants. L’année suivante, les panneaux furent confiés sans concours à Antonio Pollaiolo et Andrea del Verrocchio. Une controverse surgit quant à la méthode d’attribution de la commande, entraînant une modification de la répartition des tâches. Bernardo Cennini et les jeunes élèves d’Antonio del Pollaiolo, Antonio di Salvi et Francesco di Giovanni, rejoignirent alors l’équipe d’artistes. Les panneaux furent livrés en 1483 : l’Annonciation à Zacharie et la Visitation sont l’œuvre de Cennini. La Naissance de saint Jean-Baptiste est d’Antonio del Pollaiolo ; le Festin d’Hérode est l’œuvre d’Antonio di Salvi et Francesco di Giovanni ; la Décollation de saint Jean-Baptiste est celle d’Andrea del Verrocchio.
Enfin, la charpente en bois, avec sa base et sa corniche sculptées et dorées, conçue à partir de 1483, servait à faire de l’antependium « un édifice destiné à abriter les reliquaires et le mobilier les plus importants du baptistère » (Liscia Bemporad 2018) et correspondait également à son nouvel emplacement sur les fonts baptismaux, au centre du temple. Pour ces éléments, qui reprennent le style caractéristique des corniches des palais florentins de l’époque, les noms de Benedetto da Maiano, de son frère Giuliano, ainsi que de Michelozzo et Verrocchio ont été proposés. Les critiques modernes ont pu reconstituer les noms des maîtres ayant travaillé sur l’autel, le coût et les différentes phases de sa construction grâce à des documents d’archives, notamment les spoli Strozziens – conservés aujourd’hui aux Archives d’État de Florence – (les originaux ayant disparu des archives du baptistère). Jusqu’au siècle dernier, les critiques furent induits en erreur par l’attribution faite par Vasari, dans ses Vies, de la partie la plus ancienne du « retable » à un certain « maître Cione », par ailleurs inconnu. Bien que Richa, en 1757, et Gori, en 1759, aient retrouvé les noms des véritables auteurs des parties du XIVe siècle dans les documents Strozzi, leurs informations furent ignorées par de nombreux auteurs ultérieurs, qui continuèrent de propager l’erreur de Vasari tout au long du XIXe siècle. Ce n’est qu’au XXe siècle que les panneaux de Leonardo di Ser Giovanni furent attribués avec une certaine certitude, grâce à une comparaison stylistique avec ceux du retable de San Jacopo à Pistoia. Parmi les études récentes, celles de Giulia Brunetti dans le Catalogue du Museo dell’Opera del Duomo (1969) sont fondamentales, et surtout les nombreuses études de Liscia Bemporad, jusqu’au volume de 2018 publié à l’occasion de la dernière grande restauration menée de 2006 à 2012. L’autel fut déplacé de son emplacement d’origine pour être installé dans le nouveau musée de l’Opéra du Dôme de Florence en 1892, puis restauré (à cette occasion, les deux panneaux représentant saint Jean devant Hérode et saint Jean reniant le Christ furent probablement inversés). Une nouvelle restauration fut effectuée en 1948 par Roberto Salvestrini et une troisième par Bruno Bearzi après les inondations de 1966.
L’élément iconographique central des figures ornant l’antependium est saint Jean-Baptiste, sculpté en argent par Michelozzo et trônant au centre, conformément à la tradition : jeune, émacié et sauvage, ressuscité de son ermitage pénitentiel dans le désert, vêtu seulement d’un manteau et d’une peau de chameau, une ceinture autour des hanches, tenant une croix processionnelle de la main gauche, il désigne de l’autre (manifestement le Christ aux passants). Jean est le dernier des prophètes et le premier des saints, héraut et précurseur du Christ, patron du baptistère de Florence et de la ville elle-même, pour sa fête, le 24 juin, ce chef-d’œuvre d’orfèvrerie fut installé et exposé au centre du temple. Le programme du cycle décoratif fut probablement conçu dans son intégralité dès le départ, bien que les scènes des petits côtés, relatant le début et la fin de la vie du saint telles que racontées dans les Évangiles, aient été réalisées plus d’un siècle après le début des travaux. Il est en effet difficile d’imaginer que certains des épisodes les plus connus de la vie de Jean-Baptiste, comme la Visitation ou la Décapitation, aient été exclus du projet initial et ajoutés seulement plus tard. C’est pourquoi, dès le XIVe siècle, il fut décidé de placer en premier lieu, sur la face la plus grande et la plus visible, les récits de l’adolescence, du ministère et de l’arrestation de saint Jean. Ces récits sont disposés selon l’ordre chronologique des sources et se lisent : sur les petits côtés, de gauche à droite et de haut en bas ; sur la face avant, les groupes du bas se lisent d’abord de gauche à droite, puis les groupes du haut de droite à gauche. L’ensemble de la face avant narre la relation asymétrique entre Jean-Baptiste, le précurseur, et le Christ, le Messie, telle que clairement définie dans le Nouveau Testament et essentielle à l’identité même du saint. Le récit se divise en deux parties, séparées par la statue de Michelozzo : les quatre scènes à gauche du spectateur relatent le ministère du Baptiste, annoncé par sa conception et son enfance d’ermite, tandis que la partie droite narre son conflit avec les autorités, qui aboutit à son martyre. Les prophètes et les sibylles de la galerie supérieure représentent ceux qui, avant l’épiphanie du Christ, ont anticipé sa venue ; le Baptiste est le dernier d’entre eux, car il fut le premier à voir le Messie. Les prophètes et les sibylles des cuspides, quant à eux, portent des rouleaux portant des passages des Écritures, qui, dans ce contexte, se révèlent être des préfigurations de la venue du Baptiste lui-même. Enfin, il faut imaginer l’antependium placé à l’intérieur du baptistère, donc en relation avec les mosaïques de l’abside et de la voûte et, surtout, avec le Christ titanesque du segment occidental.
Notes
| 1↑ | Époque de la présence de l’artiste à Pistoia. |
|---|---|
| 2↑ | Le début des travaux pour la commande effectuée par l’Arte della Calimala, est attesté par l’inscription figurant sur le socle, qui porte la date de 1367. Voir note 2. |
| 3↑ | « Les travaux sur ce dossal furent entrepris en l’an de grâce 1366 (*), sous le mandat de Benedetto Nerozzi de’ Alberti, Paolo Michele de’ Rondinelli et Bernardo di Messer Chovone de’ Chovoni, responsables désignés. » (*) La date 1366, donnée selon le calendrier florentin (stile fiorentino) en vigueur à Florence jusqu’au milieu du XVIIIe siècle équivaut à l’année 1367 du calendrier grégorien, officiellement en vigueur en Toscane depuis 1750. |
| 4↑ | Les évangélistes Matthieu, Marc et Luc donne la même version, quasiment sans aucune variation : « [Jean est celui qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète, lorsqu’il dit :] c’est ici la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. » (Mt 3, 3) ; « [Selon ce qui est écrit dans Ésaïe, le prophète : voici, j’envoie devant toi mon messager, qui préparera ton chemin ;] c’est la voix de celui qui crie dans le désert: préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. » Mc 1, 3) ; [Et il alla dans tout le pays des environs de Jourdain, prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés, selon ce qui est écrit dans le livre des paroles d’Ésaïe, le prophète :] C’est la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers.. » (Lc 3, 3-4). |
| 5↑ | « [Car Jean disait à Hérode :] il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. » (Mc 6, 18). |
| 6↑ | « Ecce agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi » : « [Le lendemain, il [Jean] vit Jésus venant à lui, et il dit :] Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » (Jn 1, 29). |
| 7↑ | Ego vox [clamantis in deserto parate viam domini] » : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur ». |
| 8↑ | « [Iesus autem plenus Spiritu Sancto regressus est ab Jordane et] agebatur [in Spiritu] in deserto » : « [Jésus, rempli du Saint-Esprit, s’en retourna du Jourdain, et] il était conduit [par l’Esprit] dans le désert. » (Lc 4, 1). |
| 9↑ | « Hic est enim de quo scriptum est [: Ecce ego mitto angelum meum ante faciem tuam, qui praeparabit viam tuam ante te]. » : « Car c’est celui dont il est écrit : Voici que j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi ». » (Mt 11, 10). |
| 10↑ | « Quid existis in deserto videre ? » : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? » (Mt 11, 7). |
| 11↑ | « Tunc venit Jesus a Galilaea in Jordanem ad Joannem, ut baptizaretur ab eo. Joannes autem prohibebat eum, dicens: Ego a te debeo baptizari, et tu venis ad me? Respondens autem Jesus, dixit ei: Sine modo: sic enim decet nos implere omnem justitiam. Tunc dimisit eum. Baptizatus autem Jesus, confestim ascendit de aqua, et ecce aperti sunt ei caeli: et vidit Spiritum Dei descendentem sicut columbam, et venientem super se. Et ecce vox de caelis dicens: Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi complacui. » : « C’est à cette époque que parut Jésus. Il se rendit de la Galilée au Jourdain, auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Mais Jean essaya de l’en dissuader. Il lui disait : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! Jésus lui répondit : Accepte, pour le moment, qu’il en soit ainsi ! Car c’est de cette manière qu’il nous convient d’accomplir tout ce que Dieu considère comme juste. Là-dessus, Jean accepta de le baptiser. Aussitôt après avoir été baptisé, Jésus sortit de l’eau. Alors le ciel s’ouvrit pour lui et il vit l’Esprit de Dieu descendre sous la forme d’une colombe et venir sur lui. Une voix venant du ciel déclara : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qui fait toute ma joie. » (Mt 3, 13-17). |
| 12↑ | « Ecce ego mitto angelum meum ante faciem tuam, qui præparabit viam tuam ante te » : « Car c’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi (*). » (Mt 11, 10). (*) Citation du prophète Malachie (Ml 3, 1). Voir note 22. |
| 13↑ | Voir note 7 ci-dessus. |
| 14↑ | « Venite ad me omnes, qui laboratis, et onerati estis, et ego reficiam vos. » : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » (Mt 11, 28). |
| 15↑ | « Benedictus qui venit in nomine Domini » : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». (Ps 118, 26). Le même verset se retrouve dans les quatre évangiles lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem (le dimanche des Rameaux). |
| 16↑ | « Credo quod redemptor [meus vivit] : « Je crois que mon rédempteur [vit]. » (Jb 19, 25-27). |
| 17↑ | [Benedictus] qui venit [in nomine Domini] » : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Ce verset, qui provient des Évangiles (Mt 21, 9 ; Mc 11, 9, ; Lc 13, 35 et 19, 38 Jn 12, 13), fait écho au Psaume 118, 26). |
| 18↑ | « Benedictus qui venit in nomine Domini » : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Ps 117, 26). La forme correcte en latin classique est Domini (génitif) et non Domine (vocatif). Voir note . |
| 19↑ | « La sibylle chaldéenne ou babylonienne (?). » Également appelée Sabbé ou Sambéthé, il s’agit d’une prophétesse légendaire de l’Antiquité. Souvent identifiée à la sibylle hébraïque, les traditions grecques et juives en font traditionnellement la fille du prêtre babylonien Bérose ou une descendante de Noé. |
| 20↑ | « Le prophète Daniel (?). » |
| 21↑ | « Le prophète Jérémie. » |
| 22↑ | « Ecce ego mitto angelum meum[; et praeparabit viam ante faciem meam: et statim veniet ad templum suum Dominator quem vos quaeritis, et angelus testamenti quem vos vultis. Ecce venit, dicit Dominus exercituum]. » : « Voici, j’enverrai mon messager [; il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez ; et le messager de l’alliance que vous désirez, voici, il vient, dit l’Éternel des armées]. » (Ml, 3, 1). |
| 23↑ | « [Le prophète] Zacharie. » |
| 24↑ | Guide des marchands. |
| 25↑ | Voir : Peste noire. |
| 26↑ | Dora Liscia BEMPORAD, « Storie d’argento. L’Altare e la Croce d’argento di San Giovanni », dans Thymoty VERDON, La Croce e L’altare d’argento del Tesoro di San Giovanni, Modena, Franco Cosimo Panini, 2012, p. 16. |
| 27↑ | L’antependium fut probablement conçu à l’origine pour servir d’autel à part entière ; toutefois, à un stade ultérieur de sa réalisation – peut-être en raison du coût exorbitant de la fabrication des portes en bronze doré du baptistère -, il fut décidé de conserver sa fonction d’antependium amovible. Il était exposé dans le baptistère à l’occasion de la fête de saint Jean Baptiste (24 juin) et de la fête du Pardon (13 janvier) ; pour ces cérémonies, on le sortait d’un meuble en bois spécialement conçu, conservé dans les bureaux de l’Opera del Battistero (Œuvre du Baptistère), pour le fixer sur la façade du maître-autel de l’édifice. Plus tard, au XVe siècle, on prit l’habitude de le placer au-dessus des anciens fonts baptismaux (démolis en 1571), sur une estrade de bois. |
| 28↑ | Le programme iconographique a sans doute été conçu dès l’origine, bien que l’exécution des panneaux se soit échelonnée sur plus d’un siècle. Les maîtres chargés des premières sections furent Leonardo di Ser Giovanni, Betto di Geri et Michele di Monte ; Cristofano di Paolo les rejoignit en 1387. Les panneaux représentant Saint Jean prêchant devant Hérode et Saint Jean en prison peuvent être attribués à Leonardo di Ser Giovanni, sur la base de comparaisons stylistiques avec des œuvres qu’il a réalisées pour l’autel de saint Jacques à Pistoia. Des études récentes ont identifié la main d’un autre artiste — bien que stylistiquement proche de Leonardo di Ser Giovanni — dans les panneaux montrant Saint Jean désignant le Christ aux disciples et Les disciples de Jean demandent à Jésus s’il est le Messie. Les panneaux restants se distinguent par un caractère plus statique ; au sein de cet ensemble, il est difficile de déterminer les rôles précis joués par les différents maîtres documentés. Citation de la notice du musée.
Les pilastres qui encadrent les scènes sur les petits côtés ont probablement été exécutés par les maîtres auteurs des panneaux correspondants. |
| 29↑ | À gauche de la niche centrale. |
| 30↑ | À droite de la niche centrale. |
| 31↑ | Note sur l’inversion des scènes et 8. |













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