Giovanni di Paolo (actif à Sienne vers 1400 – 1482)
Madonna dell’Umiltà (Madone de l’Humilité), vers 1440/45 (?)
Tempéra sur panneau, 62 x 47,5 cm (avec le cadre, celui-ci en partie original).
Inscriptions : /
Provenance : ?
Sienne, Pinacoteca Nazionale.
Datée du milieu du XVe siècle, la Vierge de l’humilité [1]S’exprimant sur ce thème iconographique, Erwin Panofsky a souligné que l’étymologie du terme « humilité » venait du latin humus, le terreau, la terre, ce qui est en bas (Erwin PANOFSKY, Early Netherlandish Painting, 1953 [édition française, Les Primitifs flamands, Paris, Hazan, 1992, p. 248].). Panofsky note également que ce type de représentation d’invention siennoise s’est … Poursuivre fait état de l’attachement de Giovanni di Paolo à l’esprit de la peinture siennoise du XIVe siècle et au style du Gothique international dont il est un des derniers représentants [2]Giovanni di Paolo est, dans ce registre, très influencé par le séjour de Gentile da Fabriano à Sienne en 1424.. Dans cette œuvre raffinée, l’esprit courtois autorise cependant la présence d’un luxueux coussin de brocard. Le verger et les fleurs qui jonchent le sol autour de la Vierge symbolisent ses vertus tout en prolongeant le thème du jardin clos, l’Hortus conclusus, encore fréquent à la fin du Moyen Âge. Les plantes sont représentées dans un double but, symbolique et naturaliste. Ainsi, les fraisiers et les violettes qui poussent au ras du sol renvoient-ils à l’humilité de Marie tandis que la description minutieuse des plantes associe une recherche de vérité à l’esprit décoratif gothique, ambition se retrouve dans les tapisseries dites aux mille fleurs du nord de l’Europe ainsi que dans l’art de l’enluminure auquel Giovanni di Paolo se livre lui-même au cours de sa longue carrière.

Le peintre mêle à la culture gothique dont il est l’héritier les découvertes liées aux recherches tridimensionnelles menées à la même époque à Florence, sans pourtant renoncer complètement à la planéité. Si le fond d’or semble avoir fait place à un panorama toscan très stylisé, étagé dans les lointains, les deux tiers de la hauteur de l’œuvre sont cependant couverts d’une végétation qui aplatit le premier plan en y demeurant parallèle, comme si l’artiste s’éloignait avec quelque regret d’une longue tradition picturale inspirée de Byzance, dans laquelle le plan était préféré à toute recherche spatiale. Les dégradés du ciel et des lumières, l’amenuisement des détails, parviennent à créer une perspective atmosphérique tout en faisant état d’une connaissance de la peinture flamande contemporaine. Vu à vol d’oiseau, le paysage étagé est construit dans l’esprit de ceux d’Ambrogio Lorenzetti un siècle auparavant, et l’on retrouve le motif, cher à l’artiste, des champs en damier s’opposant aux lignes mouvementées des collines.
La Madonne de l’Humilité est l’une des œuvres les plus admirables de Giovanni di Paolo. Pietro Torriti a décrit le « paysage composé sur un horizon circulaire vu d’en haut (comme toujours dans le paysage siennois de Duccio à Ambrogio Lorenzetti) afin de mieux rythmer les détails qui parviennent ainsi à être tous parfaitement visualisés dans une lumière qui anime, et cristallise subitement les couleurs ténues. C’est un espace qui, bien qu’évoqué à l’aide de la perspective, demeure, au fond, un espace poétique tout-à-fait irréel, comme l’est l’auréole presque matérielle qui ceint le visage de l’humble figure de la Madone [3]Pietro TORRITI, La Pinacoteca di Siena. I dipinti dal XII al XV secolo, Gènes, Monte dei Paschi di Siena, 1977, p. 312. ». Est-il besoin de souligner la grâce avec laquelle le manteau de la Vierge, en s’entrouvrant sur la somptueuse robe de brocard d’or qu’elle porte au-dessous, dessinant en même temps les contours du ventre maternel avant d’aller se perdre en longues sinuosités sur l’herbe, semble encore dessiner avec mélancolie les sentiments, cette fois-ci, de celle qui porte l’Enfant dans ses bras.
Notes
| 1↑ | S’exprimant sur ce thème iconographique, Erwin Panofsky a souligné que l’étymologie du terme « humilité » venait du latin humus, le terreau, la terre, ce qui est en bas (Erwin PANOFSKY, Early Netherlandish Painting, 1953 [édition française, Les Primitifs flamands, Paris, Hazan, 1992, p. 248].). Panofsky note également que ce type de représentation d’invention siennoise s’est notamment développé en Italie et dans les Pays-Bas, et précise qu’il est quasiment absent dans l’art français où il aurait « semblé offenser le sens français des convenances ». |
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| 2↑ | Giovanni di Paolo est, dans ce registre, très influencé par le séjour de Gentile da Fabriano à Sienne en 1424. |
| 3↑ | Pietro TORRITI, La Pinacoteca di Siena. I dipinti dal XII al XV secolo, Gènes, Monte dei Paschi di Siena, 1977, p. 312. |

