Giovanni di Paolo, “Crocifissione” ; « Polittico di San Galgano »

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Giovanni di Paolo (actif à Sienne vers 1400 – 1482)

A. Crocifissione (Crucifixion), 1440 (daté et signé).

B. Polittico di San Galgano (Polyptyque de Saint Galgan [1]),

L’accrochage réunit, en un seul polyptyque, la Crucifixion (A) du panneau central avec les compartiments d’un polyptyque démembré connu sous le nom de Polyptyque de San Galgano (B), selon un assemblage que Pietro Torriti juge erroné et « arbitraire [2]». L’histoire de l’art actuelle estime que panneau central d’origine est le panneau central de l’Assomption, du même Giovanni di Paolo, aujourd’hui conservé au Museo Civico Archeologico e d’Arte Sacra d’Asciano. Cette hypothèse, cependant, n’est pas admise par toute la critique.

Les différentes représentations au sein de l’ensemble :

(A). Panneau central :

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Crocifissione (Crucifixion), 1440.

Tempéra sur panneau, dimensions (y compris le cadre original) : 249 x 119,5 cm.

Inscriptions : sur le bas du cadre du panneau central : « HOC OPUS JOHANNIS PAULIS DE SENIS PINXIT MCCCCXXXX »

Provenance : Couvent de l’Osservanza, Sienne.

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

« Avec cette œuvre admirable, […] Giovanni di Paolo marque le début de sa phase consacrée à des œuvres monumentales […]. Ici, la composition se détache encore sur le fond d’or avec un usage très affirmé du graphisme, mais l’espace est également induit grâce à un sens accompli de la construction de chaque figure immobile et renfermée dans une douleur désespérée. Une quadrature des membres bloqués dans cet espace griffé par les doigts articulés et rendus préhensiles par la douleur ; un espace dont même la croix de bois nu tend à donner la mesure et scander. Seul le perizonium du Christ flottant doucement dans les airs ajoute une note de délicatesse à cette tragique création. » (TORRITI 1977, p. 310). Outre l’effet de « quadrature » dessinée par ses mains, la silhouette de Jean, à droite, par sa position dans l’espace et les mouvements de son corps, semble tout entière définir un espace cubique qu’elle parait prendre à bras le corps.

(B). Panneaux latéraux :

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Polittico di San Galgano (Polyptyque de Saint Galgano), vers 1470. Ci-dessus (fig. 1), photographie ancienne du polyptyque sans la Crucifixion.

Tempéra sur panneau, dimensions (voir ci-dessous).

Inscriptions : /

Provenance : Abbaye de San Galgano, Chiusdino (proche de Sienne).

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

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  • San Bernardo (Bernard de Clairvaux), 200 x 48,5 cm.
  • Maria Maddalena (Marie Madeleine), 187,5 x 49 cm. Très élégamment vêtue et les cheveux dénoués, comme souvent, afin de signaler la vie de débauche qu’elle a abandonnée, elle exhibe le vase d’onguent qui est son principal symbole.
  • Galgano (Galgan), 189 x 49 cm. Sur les conseils de l’ange qui lui parle à l’oreille, il vient de dégainer son épée et l’enfonce à l’instant même dans le roc. Au second plan, le cheval a tout vu.
  • San Romualdo (Romuald), 200 x 48,5 cm. Romuald porte la crosse d’évêque de l’Ordre Camaldule dont il est le fondateur.

(B). Prédelle (au total) : 47 x 363 cm.

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  1. Stemma dell’Abbazia di San Galgano (Blason de l’Abbaye de San Galgano)
  2. San Benedetto fondatore dei due ordini (Saint Benoît [4] fondateur de deux Ordres)
  3. La Maddalena comunicata da San Massimino (La Madeleine recevant la communion des mains de saint Maximin [5])
  4. La Madonna cogli Apostoli e caduta di Simone Mago (La Madone avec les Apôtres et la chute de Simon le Mage [6])
  5. Transito della Madonna (Mort de la Vierge)
  6. Punizione dei monaci invidiosi di San Galgano assaliti dai lupi mentre tentano di distruggere l’eremo (Punition des moines envieux de Saint Galgan, assaillis par des loups tandis qu’ils tentent de détruire l’ermitage [7])
  7. Visione di San Bernardo (Vision de saint Bernard [8])
  8. Stemma dell’Abbazia di San Galgano (Blason de l’Abbaye de San Galgano)

[1] Galgano, fr. : Galgan (Chiusdino, 1148 – 1181) : figure du Xe siècle et saint chevalier.

[2] TORRITI 1977, p. 333.

[3] Benoît de Nursie (né vers 480 ou 490 à Norcia, en Ombrie, mort en 543 ou 547 au monastère du Mont-Cassin) : ermite fondateur de l’Ordre des Bénédictins et considéré également comme celui des Cisterciens qui en ont restauré la Règle. Benoît a largement inspiré le monachisme occidental.

[4] Saint Maximin (ou Maxime) aurait donné la dernière communion à Marie Madeleine.

[5] Simon le Mage, ou le Magicien, opérait en Samarie au Ier siècle. Il séduisait la foule en s’envolant dans les airs. Après qu’il ait proposé à Pierre de l’argent pour acquérir le pouvoir de faire des miracles, l’Apôtre, lors de l’une de ces ascensions le fit chuter en invoquant le nom de Jésus.

[6] L’hagiographie de Galgano rapporte qu’à l’occasion de l’une de ses absences (il s’était rendu en pèlerinage dans les basiliques de Rome), trois moines jaloux tentèrent d’extraire l’épée fichée dans le rocher afin de la voler. Ils n’y parvinrent pas et tentèrent alors de la briser en signe de sacrilège. La punition de Dieu fut immédiate, et terrible : on apprend que l’un des moines tomba dans une rivière où il se noya, que le second fut réduit en cendres par un éclair ; le troisième, attaqué par un loup (nécessairement féroce) l’épargna lorsque le moine invoqua le nom de Galgano.

[7] Bernard de Clairvaux (1090 – 1153) : personnage le plus célèbre de l’ordre de Cîteaux, l’une des individualités les plus marquantes de l’histoire de l’Église médiévale et l’un des hommes les plus actifs et les plus importants du XIIe siècle. Encore enfant, il aurait eu une apparition de la Vierge pendant une nuit de Noël. C’est la vision dont il s’agit ici.

[8] Cette visite de la Vierge à saint Bernard semble être la récompense du créateur de Citeaux, abbaye qui a notablement contribué au développement du culte marial.