Paolo di Giovanni Fei, « Madonna col cardellino »

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Paolo di Giovanni Fei (Sienne, 1345-1411) ou atelier de Bartolo di Fredi (?)

Madonna col cardellino [1] ou Madonna col Bambino e Santi (Madone au chardonneret ou Vierge à l’Enfant et saints), vers 1370.

Fresque

L’œuvre, dont l’attribution est discutée, représente un polyptique de structure gothique, peint à fresque à l’intérieur d’une lunette très élevée en hauteur, ce qui en rend la perception et une observation attentive assez difficiles [2] malgré l’éclairage efficace dont elle bénéficie. Sur le pourtour de l’œuvre, dans l’épaisseur du mur, un fond azuré sur lequel se détachent trois figures : au sommet, le visage de Dieu le Père accompagné, à gauche, de Saint Etienne (Stefano[3] et, à droite, de Saint Barthélemy (Bartolomeo[4].

Le retable feint se détache sur le même fond azuré, à l’intérieur d’un cadre aux motifs géométriques colorés qui epouse le contour de la lunette. Il est lui-même constitué de trois volets surmontés de trois pinacles, le tout dans un encadrement caractéristique du style gothique avec ses fines flèches délicatement sculptées qui hérissent la structure et donnent à l’ensemble une allure s’étirant en hauteur.

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Fig. 1

Paolo di Giovanni Fei ou atelier de Bartolo di Fredi (?), Madonna col cardellino ou Madonna col Bambino e Santi, détail d’ensemble du polyptyque

Dans le panneau central de cette structure (fig. 1), on reconnaît la Vierge portant l’Enfant Jésus sur son bras gauche, sa main droite posée sur les genoux de son fils dans un geste de tendresse et de protection. L’enfant tend la main droite vers un point que la distance séparant le spectateur de l’œuvre rend difficilement identifiable. Ce point correspond au chardonneret que l’on parvient à percevoir au-dessus de l’épaule gauche de la Vierge, dans le premier des cinq lobes constitué par l’encadrement figuré du retable. Dans les représentations de la Vierge et de l’Enfant où il figure, le chardonneret se trouve le plus souvent entre les mains de l’enfant Jésus, lequel semble tantôt jouer avec lui ou le caresser (Raphaël), tantôt le maltraiter (Ambrogio Lorenzetti). Ici, de manière plus inhabituelle – et plus discrète – il volète au-dessus de l’épaule de la Vierge. Sa relation particulière avec l’enfant Jésus est néanmoins très directe en raison de l’attitude du Christ tendant la main vers lui, dans un geste qui prend un sens particulier dans ce contexte. On aura peut-être également remarqué la présence de l’étoile [5] qui apparaît sur l’épaule de la Vierge, exactement à la verticale du chardonneret. Dans le contexte présent, l’étoile se réfère à la personne de la Vierge, elle fonctionne également comme un signal qui permet d’attirer l’attention sur le petit animal, dans une triangulation créée par le bras de l’Enfant et la verticale repérée à l’instant : Jésus regarde vers la gauche, son bras se tend vers l’étoile et celle-ci flotte dans l’espace immédiatement sous l’oiseau.

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Fig. 2

Paolo di Giovanni Fei ou atelier de Bartolo di Fredi (?), Madonna col cardellino ou Madonna col Bambino e Santi, détail de la Vierge à l’Enfant

Sur le volet gauche du polyptique feint, est représenté Saint Antoine abbé, identifiable grâce à son aspect de vieillard barbu vêtu de la robe de bure de l’Ordre franciscain et au bâton qu’il tient de la main droite.

A droite, on reconnaît la figure de saint Christophe (fig. 2) portant l’Enfant Jésus sur son épaule (celui porte à son tour l’« Univers » sous la forme d’un globe). Cette scène est empreinte d’une extraordinaire douceur que la distance rend, hélas, difficilement perceptible. Pourtant, quelle intensité dans le regard grave que porte le saint à l’enfant qui l’observe attentivement à son tour, quelle confiance et quelle tendresse dans le regard et le geste de l’Enfant qui caresse affectueusement le menton barbu du saint.

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Fig. 3

Paolo di Giovanni Fei ou atelier de Bartolo di Fredi (?), Madonna col cardellino ou Madonna col Bambino e Santi, détail du saint Christophe

Au-dessus du registre principal qui vient d’être décrit, apparaissent trois pinacles qui complétent la représentation du polyptique figuré. Au centre, selon un agencement relativement habituel dans ce type de polyptique, on reconnaît la figure du Christ bénissant encadré par l’Ange Annonciateur, à gauche, et par la Vierge de l’Annonciation à droite. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer la valeur symbolique forte de cette disposition, que l’on retrouve dans de nombreux retables de cette époque [6], appelé à persister au XVe s. et au delà.

Avec sa structure un peu complexe d’image dans l’image, cette fresque constitue en quelque sorte une mise en abîme, laquelle, par un jeu visuel, réunit en un seul lieu et un seul instant quelques unes des figures majeures de l’hagiographie chrétienne.

[1] Cardellino : chardonneret. Dans l’iconographie chrétienne, il symbolise principalement la Passion du Christ. Son nom latin, carduelis, dérive de cardus « chardon », plante dont il se nourrit et dont les épines évoquent celles de la couronne de Jésus. C’est également avec cette signification symbolique que le chardonneret figure dans certaines natures mortes.

[2] C’est précisément ce qui justifie le recours, dans la suite du présent texte, à plusieurs photographies de détails pour accompagner l’examen de l’œuvre.

[3] Saint Etienne : proto-martyre, c’est-à-dire le premier des martyrs chrétiens (les martyrs se distinguent des saints en ce qu’ils ont donné leur vie pour témoigner de leur foi). Saint Etienne est identifiable grâce à ses attributs iconographiques traditionnels : la palme (au titre du martyr), l’Evangile qu’il porte avec lui ainsi que des pierres au-dessus de sa tête (rappel de sa lapidation). Voir annexes.

[4] Saint Barthélemy : l’un des douze apôtres. L’attribut iconographique qui permet de l’identifier est le couteau, porté dans la main droite, qui rappelle sa mort écorché vif. Voir annexe : Iconographie des principaux saints.

[5] Probable référence à Maris Stella, la Vierge Marie telle qu’elle est invoquée dans un hymne catholique du XIe s., l’Ave Maris Stella, qui appartient au répertoire grégorien et dont le titre latin signifie : « Salut, étoile de la mer ». Voir annexes : Maris Stella.

[6] Voir, par exemple, Le Couronnement de la Vierge de Bartolo di Fredi, au Museo civico e diocesiano de Montalcino.