Stefano

Étienne (1er siècle) est considéré a posteriori comme le protodiacre (le premier diacre) et le protomartyr (le premier martyr) de la chrétienté. Il aurait été lapidé à Jérusalem pour s’en être pris violemment à l’assemblée du Sanhédrin.

C’est en tant que protodiacre qu’il symbolise, comme les sept « hommes de bonne réputation, pleins d’esprit et de sagesse » (Actes, 6, 3) élus par les apôtres pour prendre en charge la table et les biens de la première communauté, le stade embryonnaire de ce qui deviendra, avec les siècles, l’institution de l’Église temporelle et spirituelle.

A Florence, il était le Patron de l’Arte della Lana.

Ugolino di Nerio, « Stefano », détail de la « Madonna col Figlio e i Santi Chiara, Stefano, Giovanni Evangelista, Francesco ». Sienne, Pinacoteca Nazionale.
Iconographie

Etienne est toujours représenté sous les traits d’un jeune homme aux traits juvéniles,

  • vêtu de la dalmatique [1]
  • tonsuré 
  • des pierres, souvenir de sa lapidation, parfois visibles sur, ou autour de sa tête
  • tenant une bannière, le plus souvent frappée de l’Agnus Dei

Épisodes de la vie du saint :

  • Naissance de l’enfant et sa substitution par un diable.
  • Le diable dépose l’enfant dans un bateau.
  • Étienne est allaité par une biche.
  • L’évêque Julien entend ses pleurs, le découvre allaité par la biche et l’emmène dans son monastère. On voit le diable s’envoler alors.
  • Apres avoir grandi, Étienne reçoit d’un ange .ordre de partir prêcher en Asie mineure ; il est béni par Julien.
  • Il convertit de nombreuses foules et les idoles se brisent à ses paroles.
  • Toujours en obéissance aux ordre de l’ange, il se rend en Galilée chez ses parents, et trouve ces derniers penchés sur le berceau où repose le petit diable qui n’a pas grandi pendant toutes ces années.
  • Après avoir expliqué à ses parents qui est l’enfant dans le berceau et révélé sa propre identité, il jette le monstre dans le feu.
  • Etienne est ordonné diacre par saint Pierre.
  • Il distribue des aumônes.
  • Il prêche.
  • Dispute d’Etienne avec les docteurs juifs.
  • Il est conduit sur le lieu de son martyre.
  • Sa mort par lapidation. Tandis que les bourreaux le lapident, ses vêtements sont placés aux pieds de Saül (Paul) qui assiste à l’exécution ; le Christ apparaît dans les cieux et le réconforte.
  • Etienne est porté au tombeau.

Épisodes posthumes

  • Une femme souffrant d’une maladie incurable reçoit d’un juif un anneau supposé la guérir, mais elle n’obtient aucun effet. Elle se rend alors sur la tombe du saint ; celui-ci lui apparaît ; le diable, que son corps renfermait, s’éloigne d’elle.
  • Gamaliel [2] apparaît au prêtre Lucien [3] ; il indique à ce dernier l’endroit où Etienne, Abibas [4], Nicodème et lui-même sont ensevelis, et lui demande de transférer leurs dépouilles dans une tombe plus digne.
  • Après la troisième apparition de Gamaliel, Lucien raconte sa vision à Jean, Patriarche de Jérusalem.
  • Les corps des quatre saints sont découverts dans une grotte ; près de la tête de chacun deux, on voit une corbeille de fleurs symbole de leur vertu respective.
  • Transfert des dépouilles dans l’église de Sion, à Jérusalem.
  • Le fille de l’empereur Théodose, Euxodia, possédée par un esprit diabolique, est exorcisée près des corps des saints Etienne et Laurent ; le diable quitte le corps de la malheureuse en s’écriant que les deux saints doivent être enterrés dans la même tombe. Aucun des efforts entrepris ne parviennent à déplacer les corps et cependant, alors qu’Etienne est déplacé dans la tombe de Laurent, ce dernier se déplace seul dans la tombe d’Etienne, située à gauche, afin de laisser la place d’honneur (à droite), au Protomartyre. Ce qui lui vaut le surnom : il cortese spagnolo (l’Espagnol courtois).
  • Funérailles des deux saints à Rome.
  • Les estropiés et les pauvres au tombeau du saint.

[1] Littéralement : blouse en laine de Dalmatie. Il s’agit d’un vêtement porté par les diacres lors des fonctions de leur ministère.

[2] Gamaliel  apparaît dans les Actes des Apôtres. Il serait intervenu en faveur de ces derniers tandis qu’ils devaient comparaître devant le sanhédrin pour avoir continué à prêcher malgré l’interdiction édictée par l’autorité juive : « un pharisien, nommé Gamaliel, docteur de la loi, estimé de tout le peuple, se leva dans le sanhédrin, et ordonna de faire sortir un instant les apôtres. Puis il leur dit : Hommes Israélites, prenez garde à ce que vous allez faire à l’égard de ces gens. Car, il n’y a pas longtemps que parut Theudas, qui se donnait pour quelque chose, et auquel se rallièrent environ quatre cents hommes : il fut tué, et tous ceux qui l’avaient suivi furent mis en déroute et réduits à rien. Après lui, parut Judas le Galiléen, à l’époque du recensement (6 ap. J.-C.), et il attira du monde à son parti : il périt aussi, et tous ceux qui l’avaient suivi furent dispersés. Et maintenant, je vous le dis ne vous occupez plus de ces hommes, et laissez-les aller. Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d’avoir combattu contre Dieu. » (Ac 5, 34-39).
La tradition chrétienne garde le souvenir de l’apparition de Gamaliel au prêtre Lucien, curé de Cafargamala (Kfar-Gamala), le vendredi 3 août 415. Gamaliel lui aurait alors indiqué où se trouvait sa dépouille mortelle, retrouvée ensuite dans le même tombeau que celle de son fils Abibas, ainsi que celles des saints Étienne et Nicodème.

[3] Lucien est ce prêtre, curé de Cafargamala, à qui apparu en songe Gamaliel qui lui révéla le lieu de la sépulture d’Etienne. Un récit, « L’invention des corps des saints Etienne, premier martyr, Gamaliel, Nicodème et Abibon », nous apporte toutes les réponses aux questions que nous pourrions nous poser au sujet de cet épisode légendaire : « Le corps de saint Étienne, premier Martyr, fut longtemps caché sans que l’on sût où il était, jusqu’à ce qu’il plût à notre Seigneur de le relever du temps des Empereurs Honoré, & de son fils Théodose le jeune, son neveu, l’an de notre Seigneur 415. Cette révélation fut faite à un prêtre prénommé Lucien, lequel rapporte l’histoire […], qui contient en abrégé que la nuit d’un vendredi, troisième jour de décembre, Lucien dormant dans le presbytère où il couchait d’ordinaire pour mieux garder son église, & subvenir aux nécessités de ses paroissiens, un vénérable vieillard s’apparut à lui revêtu d’habits sacerdotaux ; ayant une longue barbe blanche & une étole éclatante en forme de croix, avec une verge d’or en main, & s’approchant de Lucien, il le toucha de sa verge, & l’appela par trois fois en lui disant d’aller trouver Jean, Evêque de Jérusalem, pour l’avertir de chercher les corps saints, qui étaient proche d’un hameau nommé Cafargamala, afin de les mettre en un lieu plus décent. Lucien demanda à ce vénérable vieillard qui il était, & de qui étaient ces corps qu’il fallait chercher. Il lui répondit qu’il s’appelait Gamaliel, celui qui avait enseigné en Jérusalem S. Paul, l’Apôtre de notre Seigneur, & que celui qui était dans le monument avec lui du côté d’orient était saint Etienne qui fut lapidé par les Juifs, duquel il avait fait enlever le corps & enterrer dans cette maison de campagne éloignée de sept lieux de Jérusalem, et qu’en un autre cercueil était le corps de Nicomède (?) […] ; que dans le troisième cercueil était celui de son fils nommé Abibon […]. Lucien lui demanda l’endroit où étaient ces corps, & après le lui avoir montré, cette vision disparut. Lucien s’étant réveillé, & craignant que ce ne fut quelque illusion, il supplia notre Seigneur, que si cette révélation venait de sa part, il la lui fit voir deux ou trois fois ; et afin qu’il plût à Dieu de la lui octroyer, il jeûna toute la semaine, jusqu’à la nuit du vendredi suivant que le même Gamaliel lui apparut derechef, en la même forme qu’auparavant, & le blâma de n’avoir pas accompli ce qu’il lui avait commandé. Lucien ne se tînt pas encore assez assuré de cette seconde vision […] Enfin, le troisième vendredi, Gamaliel lui apparut comme peu content du peu de foi que Lucien avait ajouté à ses paroles […]. » (Les nouvelles fleurs des vies des saints et fêtes de l’année, mises en plus beau langage que les précédentes & augmentées de Réflexions Morales & Chrétiennes par un solitaire, Lyon, 1720, tome 1, p. 67).

[4] Abibas (ou Abibon) est l’un des trois fils de Gamaliel. Une tradition chrétienne (Clément, Recognitiones, 1, 65) prête à Gamaliel et à son fils Abibas une conversion secrète au christianisme.