Les trois Marie

Qui sont les trois Marie que l’on rencontre dans la tradition chrétienne [1] ?

Les trois femmes sont le plus souvent identifiées comme étant Marie Madeleine, Marie-Cléophas et Marie-Salomé (celles-là même qui auraient débarqué en Camargue, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, ville dont le nom conserve le souvenir). Pourtant, les textes évangéliques ne permettent pas toujours de les nommer avec précision, ni même d’affirmer que les trois Marie étaient bien … trois !

Les trois femmes sont évoquées par la tradition et les commentateurs lors de deux scènes de la vie du Christ : la Crucifixion et la Visite au tombeau. Marie Cléophas et Marie Salomé – les deux demi-sœurs de Marie [2] – font presque toujours partie du groupe des trois Marie. En revanche, l’identité de la troisième Marie fluctue en fonction des sources et des épisodes.

Mentions faites aux trois femmes dans les évangiles

Scène de la Crucifixion

Matthieu (Mt 27, 56) : « Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée ».

Marc (Mc 15, 40),  : « Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé ».

Luc (Lc 23, 49) :  « Tous ses amis, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, se tenaient plus loin pour regarder. »

Jean (Jn 19, 25) : « Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie de Clopas et Marie Madeleine. »

En résumé, pour Matthieu et Marc [3], étaient donc au pied de la croix :

Luc ne précise pas qui étaient les femmes présentes à la Crucifixion.

Jean, incluant la Vierge, cite quant à lui quatre Marie :

  • Marie, mère de Jésus
  • ses deux demi-sœurs :
    • Marie-Cléophas
    • Marie-Salomé
  • Marie Madeleine

Épisode au tombeau

Matthieu (Mt 28, 01) : « Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre ».

Marc (Mc 16, 01) : « Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus . »

Luc (Lc 24, 01) « Le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, les femmes se rendirent au tombeau, portant les aromates qu’elles avaient préparés ». (Lc 24,10) « C’étaient Marie Madeleine, Jeanne, et Marie mère de Jacques. »

Jean (Jn 20, 01) : « Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau à l’aube. »

Ici aussi, on le voit, les évangiles divergent, sur le nombre comme sur l’identité des femmes présentes.

  • Matthieu et Luc s’accordent sur l’identité de l’une d’elles : Marie Madeleine dans les deux cas, mais
    • Matthieu évoque une « autre Marie » (s’agit-il de Marie-Cléophas ou de Marie-Salomé ?)
    • Luc évoque « Marie mère de Jacques » (s’agit-il de Jacques le Majeur ou de Jacques le Mineur ?) et mentionne une troisième femme du nom de « Jeanne » (?)
  • Marc nomme les trois Marie qui étaient déjà présentes selon lui (et Matthieu) à la Crucifixion : Madeleine, Cléophas et Salomé
  • Jean, quant à lui, ne mentionne que Marie Madeleine
Mentions faite aux trois femmes dans La Légende Dorée

Jacques de Voragine simplifie les choses : seule Marie Madeleine, dans le chapitre qui lui est consacré, est mentionnée dans chacune des deux scènes :

« Madeleine eut aussi l’honneur d’assister à la mort de Jésus, au pied de la Croix ; c’est elle qui oignit de parfum le corps de Jésus après sa mort, et qui resta près du tombeau tandis que tous les disciples s’en étaient éloignés, et à qui Jésus ressuscité apparut tout d’abord. »

Note sur une quatrième et sur une cinquième Marie
  • À partir du VIe siècle, Marie Madeleine (Marie de Magdala) a été assimilée par le pape Grégoire Ier à Marie de Béthanie, celle du repas chez Simon et sœur de Marthe et de Lazare. Le pape Paul VI est revenu sur cette assimilation en en faisant deux saintes distinctes.
  • Il ne faut pas non plus confondre Marie Madeleine avec Marie l’Egyptienne, sainte du Ve siècle, comme elle pécheresse et prostituée et, à ce titre, représentée avec une longue et épaisse chevelure.
En conclusion

Compte tenu des contradictions qui règnent dans les textes, il n’est pas surprenant que les représentations picturales fassent varier le nombre des femmes présentes dans les deux scènes où il est possible de les faire figurer, et ne permettent pas toujours de les identifier avec certitude.

[1] La tradition remonte loin dans le temps. Le culte des trois Marie semble être la transposition d’un culte antique dédié aux trois Matres, déesses mères protectrices, symboles de la fécondité.

[2] Toutes deux filles d’Anne.

[3] Ni Matthieu ni Marc ne mentionnent Marie, mère de Jésus.