
Matteo di Giovanni (Borgo San Sepolcro, vers 1430 – Sienne, 1497)
Madonna col Bambino e i Santi Giacomo, Agostino, Bernardino e Margherita. Pala Dcotti (Vierge à l’Enfant et les saints Jacques, Augustin, Bernardin et Marguerite. Retable Scotti), vers 1458.
Tempéra sur panneau, 258 x 210 cm ; prédelle : 40 x 211 cm.
Inscriptions :
- (dans l’auréole de la Madone) : « AVE MARI[S] STELLA »
- (sur l’encolure de Marguerite) : « MARGAR[ITA] »
- (sur l’idéogramme de Bernardin) : « MANIFESTAVI NOMEN OMNIBUS OMINIBUS » [1]« [Pater,] manifestavi nomen [tuum] hominibus[, quos dedisti mihi] […] » : « [Père,] j’ai manifesté ton nom aux hommes que que tu as pris dans le monde pour me les donner […]. » Évangile selon Jean (Jn 17, 6-9).
Provenance : Église collégiale de Sant’Agata, Asciano.
Asciano, Palazzo Corboli, Museo civico archeologico e d’arte sacra.
Au XIXe s., le polyptyque était encore visible, bien que déjà démembré, dans l’église de Sant’Agostino d’Asciano, non loin de l’actuel musée. La présence, sur l’autel majeur, du panneau central comportant une Vierge à l’Enfant, est attestée avant 1835, les autres compartiments faisant l’objet d’une installation parmi différents reliefs de stuc modernes comportant, au centre, les reliques d’une sainte.
Panneau central
- Madonna col Bambino (Vierge à l’Enfant)
Le panneau a été gravement mutilé à une époque inconnue, sa partie basse a été découpée, probablement pour permettre l’ouverture d’un tabernacle, faisant ainsi disparaître les jambes de la Vierge et le bas du trône sur lequel elle est assise. « Le buste [du Christ], solide comme celui d’un petit Hercule sous une carnation de couleur rosée, rappelle encore les robustes putti de Pietro di Domenico. » [2]Francesco di Giorgio Martini e il Rinascimento a Siena. 1450-1500 (catalogue d’exposition, sous la direction de Luciano Bellosi), Milan, Electa, 1993, p. 130. Le traitement de sa chevelure, comme de celle de Jacques que l’on voit sur le panneau de gauche, évoque, par son aspect métallique, les formes d’un modèle fondu dans le bronze. Pourtant cette puissance plastique s’accompagne d’un sens très délicat de la couleur et d’un dessin tout aussi raffiné que l’on peut observer dans des détails tels que celui des paupières baissées de la Vierge laissant transparaître le blanc de ses yeux. Ailleurs, ci-dessous, on notera également le savoir-faire technique consommé grâce auquel Matteo parvient à rendre la préciosité des matériaux de l’habit épiscopal qu’a revêtu Augustin.
Volets latéraux
- Jacopo (Jacques) : il est reconnaissable au long bâton de pèlerin sur lequel il s’appuie
- Agostino (Augustin) : placé à droite de la Vierge, il occupe une position privilégiée qui s’explique par le fait qu’il provient d’une église dont il était le titulaire.
- Bernardino (Bernardin) : dans le même contexte iconographique, Bernardin occupe lui aussi une position privilégiée, non seulement parce qu’il est placé à proximité de la Vierge, mais aussi en raison des paroles « AVE MARI[S] STELLA » inscrites dans l’auréole de celle-ci, « certainement inspirées d’une célèbre prédication dédiée par le saint à la Vierge de l’Annonciation, dans laquelle il interprète le nom de Marie (Saint Bernardin, avant 1434, éd. 1936, p. 637) » [3]Ibid, p. 129.
- Margherita (Marguerite d’Antioche) porte dans sa main gauche la tête coupée d’un minuscule dragon, en référence à celui qui l’aurait engloutie dans la prison où elle subit le harcèlement d’Olibrius, son amoureux éconduit auquel elle aurait refusé d’abandonner sa foi contre le mariage qu’il lui proposait

Couronnement

- Angelo Annunciante (Ange annonciateur) ; il semble que l’archange Gabriel vienne d’atterrir tant sa silhouette penchée vers l’avant exprime l’idée d’un puissant freinage ; toutes voiles encore dehors, il s’agenouille devant la Vierge, son interlocutrice dans le dialogue de l’Annonciation qui va suivre
- Dio Padre benedicente (Dieu le Père bénissant) ; entouré de séraphins joufflus, semblant empêtrés dans leurs ailes et étouffer dans le peu d’espace laissé disponible par l’imposante figure de l’Éternel que leur consent ; lui-même est vu dans un saisissant raccourci, penché vers la Vierge peinte dans le compartiment situé au-dessous de lui et à qui il adresse un signe de bénédiction
- Vergine Annunciata (Vierge de l’Annonciation) exprime, comme la tradition picturale siennoise aime à le faire depuis Simone Martini, un geste de surprise face à l’ange qui vient de l’interrompre ; comme pour ce dernier, l’ombre claire de la colonne s’allonge derrière elle sur le pavement coloré de la pièce
LA PRÉDELLE
La prédelle provient également de l’église de Sant’Agostino. Elle faisait peut-être partie d’un retable installé dans la chapelle construite sur la contre-façade de l’église par Giacomo Scotti, important marchand siennois. Cette provenance pourrait expliquer la raison pour laquelle, bien que quatre des cinq compartiments représentent des Storie di Santa Caterina d’Alessandria, la sainte, pourtant, ne figure pas parmi ceux que l’on voit dans les volets latéraux. Au centre, le cinquième compartiment représente une Crucifixion. Elle se détache sur un magnifique ciel couleur de cobalt, qui semble se prolonger dans les deux compartiments dont elle est flanquée de part et d’autre.
5 6 7 8 9
- Predica di Santa Caterina d’Alessandria (Prédication de Catherine d’Alexandrie), fig. 5
- Martirio di Santa Caterina d’Alessandria (Martyre de Catherine d’Alexandrie), fig. 6
- Crocifissione (Crucifixion), fig. 7
- Decapitazione di Santa Caterina d’Alessandria (Décapitation de Catherine d’Alexandrie), fig. 8
- Santa Caterina e l’imperatore idolatra Massimino Daia (Sainte Catherine et l’empereur idolâtre Maximin II), fig. 9
L’empereur Maxence, ne parvenant pas à convaincre Catherine d’Alexandrie de sacrifier aux idoles, fit appeler cinquante philosophes. Ceux-ci tentèrent de la détacher de la foi dans le Christ ; Catherine disputa si bien qu’elle parvint à les convertir tous.
Notes
| 1↑ | « [Pater,] manifestavi nomen [tuum] hominibus[, quos dedisti mihi] […] » : « [Père,] j’ai manifesté ton nom aux hommes que que tu as pris dans le monde pour me les donner […]. » Évangile selon Jean (Jn 17, 6-9). |
|---|---|
| 2↑ | Francesco di Giorgio Martini e il Rinascimento a Siena. 1450-1500 (catalogue d’exposition, sous la direction de Luciano Bellosi), Milan, Electa, 1993, p. 130. |
| 3↑ | Ibid, p. 129. |



