Bernardo Daddi, « Storie di Santo Stefano »

Bernardo Daddi,
« Lapidazione di Santo Stefano »
Bernardo Daddi, « Luciano racconta la sua visione a Giovanni, Patriarca di Gerusalemme »
Bernardo Daddi, « Traslazione dei corpi dei Santi a Gerusalemme »
Bernardo Daddi, « Seconda traslazione del corpo di santo Stefano a Roma »
Bernardo Daddi, « Apparizione in sogno a Luciano di San Gamaliele »
Bernardo Daddi, « Ritrovamento dei corpi dei santi Stefano, Nicodemo, Gamaliele e Abibon »
Bernardo Daddi, « I Bisognosi che implorano miracoli sulla tomba di Santo Stefano »
Bernardo Daddi, « Riunione del corpo di S. Stefano a quello di S. Lorenzo a Roma »

Bernardo Daddi, (Florence, v. 1290 – v. 1348)

Storie di Santo Stefano (Épisodes de la vie de saint Étienne), v. 1345.

Prédelle du retable (démembré) de l’Assomption de la Vierge, tempera sur panneau, 26,5 x 30 cm. (chaque panneau).

Provenance : Cappella del Sacro Cingolo, Cathédrale de Santo Stefano, Prato.

Città del Vaticano, Musei Vaticani, Pinacoteca Vaticana.

Les huit petits panneaux assemblés constituaient l’une des deux prédelles [1] d’un polyptyque demeuré longtemps inconnu, qui a récemment été identifié, et dont les éléments subsistants ont été présentés ensemble à l’automne 2017, lors de l’exposition Legati da una cintola – L’Assunta di Bernardo Daddi e l’identità di una città, à Prato (Museo Civico. Palazzo Pretorio, 8 septembre 2017-14 janvier 2018). Ils sont attribués au peintre florentin Bernardo Daddi ; leur exécution se situe autour de 1337/1339, en relation avec la dernière période de l’artiste.

Ces huit compartiments peints illustrent le martyre de saint Étienne et l’histoire légendaire de la redécouverte de ses reliques selon la Légende dorée de Jacques de Voragine, qui prend elle-même appui sur une Lettre écrite au Ve siècle par un prêtre prénommé Luciano : l’histoire commence avec la

  • Lapidation du saint (Lapidazione del Santo) et se poursuit avec sept épisodes post mortem, selon la chronologie suivante :
  • Apparition à Lucien en songe de Gamaliel (Apparizione in sogno a Luciano di San Gamaliele) ; au cours de l’apparition, Gamaliel, le pharisien qui fut aussi le maître de saint Paul, révèle à Luciano le lieu de la sépulture du corps de saint Étienne, ainsi que de Nicodème, le sien et celui de son propre fils Abibas. Vient ensuite l’épisode au cours duquel
  • Luciano raconte sa vision à Giovanni, Patriarche de Jérusalem (Luciano racconta la sua visione a Giovanni, Patriarca di Gerusalemme), puis vient la
  • Redécouverte des corps des saints Étienne, Nicodème, Gamaliel et Abibas (Ritrovamento dei corpi dei santi Stefano, Nicodemo, Gamaliele e Abibon) après que Giovanni ait ordonné des fouilles à l’endroit indiqué, suivie de la
  • Translation des corps des saints à Jérusalem (Traslazione dei corpi dei Santi a Gerusalemme), où l’on voit Luciano, dorénavant nimbé d’une auréole mais toujours vêtu de son manteau rose, porter le corps d’Etienne, précédé des trois évêques : Giovanni, accompagné d’Eleuthère de Jéricho et Éleuthère de Sébaste ; à Jérusalem, Eudoxie, épouse de l’Empereur Théodose, possédée par un esprit malin, sera guérie miraculeusement en présence du corps de saint Étienne ;
  • Les Nécessiteux implorent des miracles sur la tombe de saint Étienne (I Bisognosi che implorano miracoli sulla tomba di Santo Stefano), probablement incités par la guérison miraculeuse d’Eudoxie ;
  • Nouvelle translation du corps de saint Étienne à Rome (Seconda traslazione a Roma) ; cette fois-ci, un cardinal figure parmi les prélats qui, précédant un pape, portent la dépouille du saint ; et, enfin, la
  • Réunion à Rome des corps des saints Étienne et Laurent (Riunione del corpo di S. Stefano a quello di S. Lorenzo a Roma), au cours de laquelle a lieu l’exorcisme d’Eudoxie.
Reconstitution du polyptyque démembré
Reconstitution du retable de Bernardo Daddi.

Comme le fait apparaître la reconstitution ci-dessus, une double prédelle permettait de mettre en parallèle les tribulations de deux reliques insignes : celles de l’arrivée à Prato de la Sacra Cintola que la Vierge, selon la légende, a laissé tomber du ciel à l’attention de Thomas, l’incrédule, absent lors de l’Assomption, et celles des reliques de saint Etienne, miraculeusement retrouvées avant d’être transportées à Rome.

Partie supérieure du panneau principal

Bernardo Daddi, (Florence, v. 1290 – v. 1348)

Assumption of the Vergin (Assomption de la Vierge), v. 1337-39.

Tempera et or sur panneau, 108 x 136,8 cm.

Provenance : Cappella del Sacro Cingolo, Cathédrale di Santo Stefano, Prato.

New-York, The Metropolitan Museum, Robert Lehman Collection.

Ce panneau constituait vraisemblablement la partie supérieure d’un important retable peint pour la chapelle du Sacro Cingolo, de la cathédrale de Prato, près de Florence, où est conservée et vénérée la ceinture (cingolo [2]) de la Vierge. Celle-ci, emportée au ciel par six anges, tend sa ceinture à saint Thomas comme preuve de son assomption. Dans le coin en bas à gauche, on aperçoit les mains de l’apôtre. La moitié inférieure du retable, maintenant perdue, représentait probablement Thomas et d’autres apôtres au chevet de la Vierge mourante. D’une certaine manière, ce grand panneau principal, tout en représentant l’Assomption miraculeuse de la Vierge, initie la narration de la légende dont les épisodes successifs sont représentés dans la partie supérieure de la double prédelle du retable.

Second élément de la double prédelle

Bernardo Daddi, (Florence, v. 1290 – v. 1348)

Storie della Sacra Cintola (Épisodes de l’histoire de la sainte Ceinture), v. 1337-39.

Tempera et or sur panneau, 27,5 x 222 cm. (l’ensemble).

Prato, Museo Civico – Palazzo Pretorio.

Bernardo Daddi, « Apostoli attorno al sepolcro vuoto della Vergine e san Tommaso che mostra la cintola ».
Bernardo Daddi, « Fidanzamento di Michele con Maria » e « La madre della sposa che consegna a Michele la cesta con la cintola come dote ».
Bernardo Daddi, « Consegna della cintola al proposto Uberto ».
Bernardo Daddi, 
« Tommaso consegna la reliquia a un sacerdote ».
Bernardo Daddi, « Michele fa ritorno via mare con sua moglie » e « Michele spostato dagli angeli ».

La prédelle résume en sept tableaux la légende miraculeuse de la ceinture de la Vierge et les conditions de son arrivée à Prato, selon la tradition locale. Bernardo représente en premier lieu le groupe des

  • Apôtres autour du sépulcre vide que Marie vient de quitter (l’instant était représenté dans le panneau principal du retable, comme nous l’avons vu). Les apôtres placés à gauche du tombeau se penchent encore pour constater l’absence du corps de la Vierge. Contrairement à ceux que l’on voit sur la droite, ils n’ont pas encore remarqué la présence de Thomas qui exhibe le don que vient de lui faire Marie. La scène suivante montre
  • Thomas donnant la relique à un prêtre. La légende se poursuit dans le troisième compartiment, non sans avoir fait un saut d’un millier d’années. Comme tous les panneaux qui suivent, celui-ci est divisé en deux parties, comportant ainsi deux épisodes :
  • A Jérusalem, Le marchand Michele de Prato épouse Marie, timide jeune fille, en présence de la mère de cette dernière. Dans l’image suivante, qui se situe dans le même pièce,
  • La mère de la mariée donne à Michele Dagomari [3] le panier contenant la ceinture comme dot. Puis,
  • Michele fait retour par mer avec son épouse. La petite embarcation dans laquelle ont pris place les jeunes époux symbolise, par les formes caractéristiques de sa proue et de sa poupe une galère beaucoup plus grande. De retour à Prato, craignant que la ceinture ne lui soit dérobée, Michele a pris l’habitude, par précaution, de dormir sur un coffre dans lequel est renfermée la précieuse relique. Cependant, tous les matins, il se réveille à côté du coffre sur lequel il s’est endormi la veille. Il demande alors à deux serviteurs de veiller sur lui toute une nuit ; ceux-ci voient alors apparaître
  • Deux anges qui déplacent Michele de cette position inconvenante pendant son sommeil ; la scène se reproduit toutes les nuits. Ce n’est que parvenu au seuil de la mort que
  • Michele fait don du panier contenant la ceinture à l’évêque de Prato. Il est possible qu’une huitième scène montrant l’exposition de la relique où quelque miracle associé à elle ait été représenté en conclusion.

Les scènes, au ton intime et quotidien, font preuve d’une remarquable finesse d’exécution et témoignent d’une attention particulière à la description des vêtements riches en détails savoureux. La veine narrative vivante, les rythmes élégants, la couleur brillante sont typiques de la phase de maturité de Bernardo Daddi, ouverte aux sollicitations de la peinture siennoise contemporaine.

[1] Le retable comportait une double prédelle (ou deux prédelles superposées), l’une en lien avec Assomption et le légendaire miracle de la Sainte Ceinture de la Vierge, l’autre avec saint Étienne à qui la Cathédrale de Prato était (et demeure) consacrée.

[2] La ceinture offerte par la Vierge à saint Thomas est indifféremment nommée cingolo, cintolo ou cintola.

[3] Michele Dagomari (Prato, … – 1171) : fils de Stefano Dagomari, croisé envoyé en Terre Sainte par le pape Urbain II. Il y effectue lui-même un pèlerinage au cours duquel il rencontre sa future épouse grâce à laquelle il hérite, en dot, la sainte ceinture. Sur son lit de mort, en 1171, il donne la relique curé de l’église paroissiale de Santo Stefano (Saint Étienne), un certain Umberto.