Cennino Cennini, “Nascita della Vergine”

Cennino Cennini (Colle di Val d’Elsa, documenté entre la fin du Trecento et le début du Quattrocento à Florence, Poggibonsi, Padoue et Colle di Val d’Elsa)

Nascita della Vergine (Naissance de la Vierge), v. 1390~1400.

Tempera sur panneau, 88 x 67 cm.

Provenance :

Colle di Val d’Elsa, Museo San Pietro (dépôt de la Pinacoteca Nazionale de Sienne).

Aucun texte évangélique n’évoque la vie de la Vierge Marie ni même sa seule personne avant la narration de l’épisode de l’Annonciation. Fort heureusement, comme nous l’avons vu ici-même à plusieurs reprises, les textes apocryphes pourvoient largement à compenser ce manque. S’agissant du récit de la jeunesse de la Vierge, le Protévangile de Jacques (85,2) et le De Nativitate Mariae (5, 2), et quelques autres encore, viennent compenser son absence au sein des Évangiles. Bien entendu, la Légende dorée, tout en s’inspirant largement de ces deux textes, apporte à son tour sa contribution afin de faciliter le travail du peintre en décrivant les détails indispensables à la représentation de la scène. C’est le cas une fois encore pour la naissance de la Vierge.

Dans un intérieur qui évoque bien davantage ce que devait être l’intimité d’une chambre au XIVe s. que celle d’une demeure moyen-orientale du premier siècle de notre ère, Anne, l’accouchée, est encore allongée de tout son long dans un énorme lit tendu d’une couverture rouge. Comme toujours en pareille situation, selon les usages de l’époque et les besoins de la représentation, le rideau du lit destiné, en temps normal, à protéger l’intimité a été grand ouvert pour permettre au spectateur d’observer tous les détails de la scène. Une sage-femme s’est approchée d’Anne et lui a pris les mains. Voici que cette femme lui souffle maintenant à l’oreille la réponse à la question qu’elle vient de poser. Celle-ci portait sur le sexe de l’enfant. Le sourire d’Anne manifeste à l’évidence sa satisfaction devant le parfait accomplissement de la prophétie dont l’ange l’a informée quelques mois plus tôt.

À l’avant de la scène, Ceninno Cennini, l’auteur présumé [1] de ce panneau, a représenté Marie déjà emmaillotée serré dans un lange rouge et blanc. Les bras du nouveau-né sont demeurés libres afin que les jeux des nourrices qui viennent de lui donner le premier bain puissent se poursuivre. On ne manquera pas de noter l’étrange bijou qui orne déjà son cou, un collier de perles sur lequel pend un corail dont le symbole renvoie, avec une génération d’avance, à la Passion du fils qu’elle doit mettre au monde à son tour, conformément aux paroles angéliques rapportées par les légendes apocryphes.

Dans le calme apparent de cette scène de maternité à l’allure somme toute banale, chacune des femmes présentes vaque à ses occupations. La présence bien visible du lavabo et de ses ustensiles de toilette sagement rangés dans le renfoncement d’un mur contribue à créer ce sentiment de quiétude. Une autre présence, plus haut, nous rappelle que nous sommes nous aussi mis en situation de témoins : deux jeunes garçons (l’un d’eux a gentiment passé son bras sur l’épaule de l’autre) se penchent au-dessus de la balustrade qui longe la terrasse de l’étage supérieur. Comme nous, ils observent.

Le panneau provient de l’église des Capucins de Colle di Val d’Elsa. Il faisait peut-être partie d’un ensemble plus important, ce qui pourrait également expliquer l’absence de Joachim dont la présence est traditionnellement attendue. Cependant, compte tenu de ses dimensions relativement importantes, rien n’interdit non plus de voir dans ce panneau une œuvre indépendante.

[1] Cesare Brandi attribuait l’œuvre au ‘Maitre de San Luchese’, artiste anonyme alors considéré comme l’auteur d’un cycle de fresques représentant des Scènes de la vie de saint Étienne (Poggibonsi, basilique de San Lucchese).