Ibn Rushd, plus connu sous le nom d’Averroès (Cordoue, 1126 – Marrakech, 1198) : « Célébré comme commentateur d’Aristote, [Averroès] est communément présenté comme l’une des figures idéales d’al-Andalus [1]Al-Andalus : ensemble des territoires de la péninsule Ibérique et certains du Sud de la France qui furent, à un moment ou un autre, sous domination musulmane entre 711 (premier débarquement) et 1492 (prise de Grenade). L’Andalousie actuelle, qui en tire son nom, n’en constitua longtemps qu’une petite partie.. Cadi [2]Magistrat musulman remplissant des fonctions civiles, judiciaires et religieuses, dont celle de juger les différends entre particuliers. » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, cnrtl.fr de Séville (1169), puis Grand cadi de Cordoue (1182), juriste, médecin de cour des souverains [3]Dynastie musulmane d’origine berbère qui domina l’Afrique du Nord et l’Espagne aux XIIe et XIIIe siècles., Ibn Rushd est mort […] après avoir connu les honneurs, puis, pour finir, la disgrâce et l’exil. Monumentale, l’œuvre de philosophe et de commentateur d’Aristote de celui que les Latins ont appelé “Averroes”, puis, par antonomase “le Commentateur”, lui a valu de régner sur les universités européennes du début du XIIIe à la fin du XVIe siècle. Deux vagues de traductions ont rendu possible son extraordinaire diffusion : au XIIIe siècle, les traductions latines de ses commentaires d’Aristote, faites sur l’arabe, principalement par Michel Scot, à Tolède (1217-1220) puis à Naples (1220-1230) ; au XVe et XVIe celles, faites sur l’hébreu, des mêmes commentaires, mais aussi d’œuvres de l’“intellectuel musulman” en polémique ouverte avec certains de ses coreligionnaires. » [4]Alain de LIBERA, « Averroès, le philosophe à barbe », dans Administration & Éducation, 2016/3 (n. 151), pp. 115-122.
« Que signifie au point de vue philosophique l’introduction de cette nouvelle doctrine dans la pensée d’Occident ? Qu’apporte-t-elle de neuf, de vraiment original ? Comment expliquer qu’elle ait fasciné tant de maîtres de nos jeunes universités et que son infuence se soit fait sentir bien au delà du XIIe siècle ?
« Comme il fallait s’y attendre, la découverte de la véritable doctrine d’Averroès s’est opérée lentement ; les premiers penseurs chrétiens, mis en contact avec les ouvrages du philosophe arabe. ne se sont pas rendu compte de leur véritable contenu doctrinal et des écarts qu’ils présentaient vis-à-vis de la foi chrétienne ; sous ce rapport, il y a une différence fondamentale entre l’attitude de Guillaume d’Auvergne et celle de Thomas d’Aquin. Le premier se réfère très peu au philosophe arabe (deux fois dans l’œuvre imprimée), mais il en parle avec beaucoup de respect, il le considère comme un philosophe de grand nom, un maître de la recherche philosophique, un chef qu’il faut suivre et imiter. » [5]Gérard VERBEKE, « L’unité de l’homme : saint Thomas contre Averroès », dans Revue Philosophique de Louvain, troisième série, tome 58, n. 58, (1960), pp. 220-221, https://doi.org/10.3406/phlou.1960.5038. En revanche, Thomas d’Aquin « n’a cessé de réagir, pour se faire le défenseur acharné d’un personnalisme équilibré et d’un humanisme intégral. Saint Thomas, dans son opposition au philosophe arabe, n’a cessé d’attirer l’attention sur les véritables dimensions de ce grand débat philosophique : ce qui est en cause, ce n’est pas uniquement le principe de la pensée humaine, mais en même temps le principe de la vie volitive ; le vouloir est inséparable de la pensée ; il y a un parallélisme constant entre l’activité intellectuelle et la vie volitive. » [6]Gérard VERBEKE, op. cit., p. 225.
Iconographie
Dans un article où examine les représentations d’Ibn Rusd dans la peinture italienne de la fin du Moyen Âge et la manière dont elles nous offrent un éclairage précieux sur les mentalités des Européens chrétiens et leur perception de l’altérité, Luis Rueda Galán observe que « le philosophe andalou […] est de loin le musulman le plus fréquemment représenté dans la peinture italienne de la fin du Moyen Âge. Son image a été instrumentalisée dès le début du XIVe siècle par certains ordres mendiants, notamment les Dominicains et les Augustins, dans la création de certaines de leurs iconographies les plus représentatives » [7]Luis Rueda Galán, « Imágenes polémicas de Averroes: filosofía, órdenes mendicantes y las percepciones del Islam en la pintura italiana (c. 1300-1500) », dans Summa. Revista de Cultures Medievals, 23 (printemps 2024), pp. 23-61.
Averroès est essentiellement représenté renversé au sol, endormi aux pieds d’un Docteur de l’Église, Thomas d’Aquin ou Augustin, vaincu par la supériorité de ce dernier représenté en gloire.
Notes
| 1↑ | Al-Andalus : ensemble des territoires de la péninsule Ibérique et certains du Sud de la France qui furent, à un moment ou un autre, sous domination musulmane entre 711 (premier débarquement) et 1492 (prise de Grenade). L’Andalousie actuelle, qui en tire son nom, n’en constitua longtemps qu’une petite partie. |
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| 2↑ | Magistrat musulman remplissant des fonctions civiles, judiciaires et religieuses, dont celle de juger les différends entre particuliers. » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, cnrtl.fr |
| 3↑ | Dynastie musulmane d’origine berbère qui domina l’Afrique du Nord et l’Espagne aux XIIe et XIIIe siècles. |
| 4↑ | Alain de LIBERA, « Averroès, le philosophe à barbe », dans Administration & Éducation, 2016/3 (n. 151), pp. 115-122. |
| 5↑ | Gérard VERBEKE, « L’unité de l’homme : saint Thomas contre Averroès », dans Revue Philosophique de Louvain, troisième série, tome 58, n. 58, (1960), pp. 220-221, https://doi.org/10.3406/phlou.1960.5038. |
| 6↑ | Gérard VERBEKE, op. cit., p. 225. |
| 7↑ | Luis Rueda Galán, « Imágenes polémicas de Averroes: filosofía, órdenes mendicantes y las percepciones del Islam en la pintura italiana (c. 1300-1500) », dans Summa. Revista de Cultures Medievals, 23 (printemps 2024), pp. 23-61. |
