Fra Angelico

Guido di Pietro ou Fra Angelico [1]C’est Domenico da Corella (*), son confrère en religion, qui baptisa Fra Angelico angelicus pictor dans son poème Theotocon (**)  (v. 1465). Par la suite, Giorgio Vasari reprit et divulga le qualificatif d’« Angelico » pour nommer le peintre. (*) Fra Domenico di Giovanni Portesi da Corella (Rezzato-Botticino, 1404 – Florence, 1483) : théologien et … Poursuivre, davantage connu en Italie sous le nom de Beato Angelico (Bienheureux Angelico), ou encore Fra Giovanni da Fiesole, Fra Giovanni Angelico ou simplement l’Angelico (Vicchio di Mugello [?], entre 1387 et 1395 – Rome, 1455) : peintre, frère [2]Lat. frater : Fra (frère). de l’ordre dominicain des Frères prêcheurs (O.P., Ordo Fratrum Prædicatorum).

L’Angelicus pictor, probablement formé dans l’atelier de Lorenzo Monaco, a été le « premier à comprendre la portée de la nouvelle conception architectonique de Brunelleschi et de la révolution picturale de Masaccio, même s’il les interpréta comme un retour à la simplicité et à la pureté de l’Antiquité et des débuts du christianisme » avant de devenir le modèle d’un groupe important de miniaturistes et de peintres florentins, « parmi lesquels on distingue […] Domenico di Michelino, Andrea di Giusto et surtout Benozzo Gozzoli. Mais on peut aussi juger l’importance de Fra Angelico par l’influence qu’il eut sur des artistes qui ne furent pas directement en relation avec lui, comme Pesellino et Filippo Lippi, et par la portée qu’ont pu avoir des œuvres comme le Couronnement du Louvre pour Domenico Veneziano et Piero della Francesca, et, en conséquence, sur les développements ultérieurs de la peinture italienne. » [3]Michel LACLOTTE, Jean-Pierre CUZIN (dir), Dictionnaire de la peinture (nouv. éd.), Paris, Larousse, 2003.

« Pour Fra Angelico, les notions de ressemblance ou d’image n’étaient pas affaire d’optique, de géométrie ou de savoir-faire artistique. Elles étaient fondamentalement liées à un mystère (où est l’image de Dieu en l’homme ?) et à une visée eschatologique (quand et comment l’image rejoindra-t-elle son prototype ?). Comme le cheminement progressif de Dante vers la scène finale du Paradis, la peinture de Fra Angelico démontre ainsi une économie fondamentalement anagogique – ce que G. C. Argan [4]Giulio Carlo Argan (Turin, 1909 – Rome, 1992) : critique d’art italien et personnalité politique. Il est tout d’abord l’assistant du grand médiéviste Pietro Toesca, puis, de 1933 à 1955, fonctionnaire à la Direction générale des Beaux-Arts, comme inspecteur, superintendant, inspecteur central. À partir de 1955, il est professeur d’histoire … Poursuivre a bien nommé un ‘naturalisme ascendant’.

« Fra Angelico pensait sa pratique ‘figurative’ à travers une notion de la figure qui était bien loin de celle qu’employait, à la même époque, Alberti (à savoir la figure comme aspect d’une chose naturelle, que la peinture se doit de ‘rendre’). Pour le peintre-prêtre, les figures étaient des signes exégétiques, des signes de mémoire ou de préfiguration – bref les signes de détour hors de l’aspect naturel : on dit que le rocher d’où Moïse fait sortir une source est la ‘figure’ de Jésus- Christ, même si la ressemblance entre un rocher et un messie ne concerne en rien l’aspect de l’un ou de l’autre.

« Or ce ‘naturalisme ascendant’ de Fra Angelico consiste à suivre le même chemin, mais en sens inverse, que celui de l’Incarnation : remonter, depuis l’abjection et le sacrifice de Jésus-Christ, vers l’absolue pureté des hypostases divines. Les moyens picturaux de ce mouvement anagogique sont, chez Angelico, admirables de simplicité et de puissance évocatrice. Nommons-en trois parmi les plus remarquables.

« Le premier consiste en des figures matérielles, excessivement corporelles, concrètes, voire traumatisantes, que Fra Angelico répète et martèle d’œuvre en œuvre. C’est, par exemple, le sang du Christ, objet suprême d’obsession organique, que Catherine de Sienne avait proposé à tous ses coreligionnaires, et que Fra Angelico reprend avec une incomparable gravité.

« Le deuxième consiste à ‘dé-naturaliser’ le réel, à utiliser toutes les ressources de ce symbolisme dissemblable [5]Voir : Georges DIDI-HUBERMAN, Fra Angelico. Dissemblance et figuration, Paris, Flammarion, 1990. dont le pseudo-Denys l’Aréopagite avait fondé la grande tradition, et qui aboutit dans les œuvres d’Angelico à des zones de matières volontairement indésignables, confuses, précieuses… comme des ‘matières d’au-delà’.

« Enfin, Fra Angelico pousse à l’extrême l’utilisation du blanc, ce blanc d’une intensité extraordinaire qui domine dans les fresques de San Marco, et qui sait si bien virtualiser le visible, métamorphoser des nuages en matière sépulcrale, une pierre en linceul, ou une simple pâleur en pure luminosité (Le Christ mort avec la Vierge et deux saints de l’Alte Pinakothek, Munich). Blanc du ‘rien à voir’, blanc de l’occhio spirituale que le peintre dominicain portait lui-même comme vêtement – c’est-à-dire comme un symbole devenu une seconde peau. » [6]Georges DIDI HUBERMAN, « Angelico, Fra (1400 env.-1455), « La poétique de l’Incarnation », Encyclopedia Universalis, mise en ligne : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fra-angelico/.

Œuvres mentionnées dans le texte

Notes

Notes
1 C’est Domenico da Corella (*), son confrère en religion, qui baptisa Fra Angelico angelicus pictor dans son poème Theotocon (**)  (v. 1465). Par la suite, Giorgio Vasari reprit et divulga le qualificatif d’« Angelico » pour nommer le peintre.

(*) Fra Domenico di Giovanni Portesi da Corella (Rezzato-Botticino, 1404 – Florence, 1483) : théologien et religieux dominicain, prieur du couvent de Santa Maria Novella à Florence, où il vécut jusqu’à l’âge de presque quatre-vingts ans, il était aussi lecteur et exposant de Dante, et fut chargé de commenter la Divine Comédie pendant l’année académique 1469-1470.
(**) Poème latin à la louange de la Vierge, terminé en 1468 et dédié à Piero de’ Medici. « Voir les passages du Theotocon de Domenico da Corella (vers 1468), et de la Chronica Magistrorum generalium de Giro­lamo Borselli (1497), dans Ordinis praedicatorum, concessionis missae et officii in honorem servi dei Ioannis de Faesulis O.P. : qui vulgo dicitur ‘Beatus Angelicus’ ([dagger] 1455) : positio ex officio compilata, Amato Pietro FRUTAZ (éd.), (Sacra Rituum Congregatio, Sectio Historica, 103), Cité du Vatican, 1960, pp. XIV-XIX, 19-20, 25-27. Gerardo DE SIMONE, « Fra Angelico : perspectives de recherche, passées et futures », Perspective, 1 (2013), 25-42, note 1.

2 Lat. frater : Fra (frère).
3 Michel LACLOTTE, Jean-Pierre CUZIN (dir), Dictionnaire de la peinture (nouv. éd.), Paris, Larousse, 2003.
4 Giulio Carlo Argan (Turin, 1909 – Rome, 1992) : critique d’art italien et personnalité politique. Il est tout d’abord l’assistant du grand médiéviste Pietro Toesca, puis, de 1933 à 1955, fonctionnaire à la Direction générale des Beaux-Arts, comme inspecteur, superintendant, inspecteur central. À partir de 1955, il est professeur d’histoire de l’art moderne ; il enseigne à Palerme et à Rome, où en 1959 il est appelé à succéder à Lionello Venturi. Élu conseiller communal en 1976 comme indépendant de gauche sur la liste du parti communiste, il a été le maire de Rome de 1976 à 1979, puis sénateur.
5 Voir : Georges DIDI-HUBERMAN, Fra Angelico. Dissemblance et figuration, Paris, Flammarion, 1990.
6 Georges DIDI HUBERMAN, « Angelico, Fra (1400 env.-1455), « La poétique de l’Incarnation », Encyclopedia Universalis, mise en ligne : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fra-angelico/.

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