Fra Angelico, « Armadio degli Argenti »

Guido di Pietro, puis Fra Giovanni da Fiesole, dit Fra Angelico (Vicchio di Mugello [?], entre 1387 et 1395 – Rome, 1455)

Armadio degli Argenti (Armoire des ex-voto d’argent), v. 1450-1452.

Tempéra sur panneau, 123 x 123 cm ; 123 x 35 cm ; 123 x 160 cm ; 123 x 160 cm.

Provenance : Église de la Santissima Annunziata, Florence.

Florence, Museo Nazionale di San Marco.

L’Armadio degli Argenti (Armoire des vases sacrés, Armoire des ex-voto d’argent ou Armoire aux argents [1]« L’expression qui donne son titre usuel à l’œuvre de Fra Angelico désigne l’objet qui la contenait, une « armoire aux objets en argent ». Il s’agit en fait d’une niche creusée dans le mur du fond de la première chapelle gauche de l’église des servites florentins, et qui abritait les ex-voto, pour la plupart en argent, offerts à la Vierge de … Poursuivre) est ainsi dénommée en référence aux ex-voto précieux – les « argenti » ou « argents » – que les fidèles déposaient en l’honneur de la fresque de l’Annonciation vénérée dans l’église de la Santissima Annunziata (Florence). [2]À l’intérieur de l’église de la Santissima Annunziata, sur la contre-façade, figure une fresque datant du milieu du XIVe siècle représentant l’Annonciation, image considérée comme « acheiropoïète » : selon la tradition, le visage de la Vierge Marie y aurait été peint par un ange. La Santissima Annunziata devint ainsi une église centrale au sein du paysage … Poursuivre L’armoire où étaient conservée ces « argents » était située dans la première chapelle à gauche de l’entrée principale, derrière le tabernacle monumental commandé à Michelozzo et Pagno di Lapo Portigiani par Piero de’ Medici, également à l’origine de la commande de ce meuble.

Le système classique d’ouverture des vantaux prévu à l’origine a été remplacé au début des années soixante du XVe siècle par un mécanisme plus ingénieux, formé d’un volet unique actionné par une poulie, selon toute probabilité afin de permettre un meilleur accès à la chapelle [3]Voir : Eugenio CASALINI, dans Commentari, 14, 1963 ; La SS. Annunziata di Firenze. Studi e documenti, Florence, 1971.. Sur les trente-cinq compartiments qui composent ce volet [4]On lit parfois que la porte de l’Armoire aux argents était composée de quarante-et-une scènes. Le nombre des compartiments, trente-cinq au total depuis l’origine, est confirmé par Gerardo de Simone (*) qui note qu’« étant donné les dimensions de l’ouverture de positionnement, elle se composait, selon toute vraisemblance, non pas de quarante-et-un compartiments mais … Poursuivre, trente-quatre sont de format carré identique (38,5 x 37 cm). Le trente-cinquième compartiment (le Jugement dernier) est de format rectangulaire égal à deux carrés. L’ensemble servait à l’origine de fermeture au cabinet en bois qui abritait les objets d’argent offerts par les fidèles. Sur les trente-cinq épisodes bibliques représentés, trente-deux sont autographes et trois de la main d’Alessio Baldovinetti. [5]Les trois panneaux attribués à Alessio Baldovinetti (Florence, 1425 – 1499) sont : les Noces de Cana, le Baptême du Christ et la Transfiguration.

1. Récits de l’enfance du Christ (Annonciation, Nativité, Circoncision, Adoration des Mages, Présentation au Temple, Fuite en Égypte, Massacre des Innocents, Dispute parmi les Docteurs) avec leurs « précédents » respectifs dans l’Ancien Testament. Venise, Biblioteca Marciana, Ms. Lat. I, 72 [=2501], fol. 2r, début du XVe siècle, 30,5 x 20 cm.

« Les cycles typologiques comme la Bible des pauvres, le Speculum humanae salvationis ou le cycle de la vision d’Ézéchiel ont parfois été compris comme des ouvrages pédagogiques à l’usage des simples [6]L’appellation traditionnelle de « bible des pauvres » est à cet égard révélatrice. Sur ces cycles, voir notamment A. Henry, Biblia Pauperum. A Facsimile and Edition, Aldershot, Scolar press, 1987 ; A. Wilson, J. L. Wilson, A medieval mirror : « Speculum humanae salvationis », 1324-1500, Berkeley/Los Angeles, University of California Press, 1984.. Il s’agit en fait d’outils pour la mémorisation et la méditation destinés aux élites. L’armadio a été conçu par un dominicain, et il s’adressait à des moines, les servites de la Santissima Annunziata [7]La chapelle qui abritait l’armadio était en effet uniquement accessible aux servites, ainsi qu’au commanditaire de l’œuvre, Pierre de Médicis. Cf. E. CASALINI, Michelozzo di Bartolommeo e l’Annunziata di Firenze, Florence, Convento della SS. Annunziata, 1995, pp. 86-90.. La mémorisation des textes bibliques est un impératif particulièrement important pour les moines. Ils constituent une grande partie des lectures et des chants de la liturgie, sont la première source de la théologie, guident la vie morale et spirituelle et fournissent les sujets de méditations quotidiennes. Mais les Écritures forment un ensemble immense, divers, parfois confus, et dont seul le sens historique est perceptible si on ne le rapporte pas à d’autres textes. La simple lecture linéaire peut donc s’avérer d’un profit limité. Or les cycles typologiques annulent la linéarité du matériau textuel par une opération de spatialisation. La mémoire peut retenir d’énormes quantités de matériaux dès lors que ceux-ci font l’objet d’un haut degré de structuration [8]Voir notamment : [AUTEUR ANONYME (Ier siècle avant l’ère chrétienne)], Rhétorique à Herennius, Guy Achard (trad.), Paris, Les Belles Lettres, 1989, III, 30. 19. L’armadio dans son ensemble peut être considéré comme un diagramme monumental, organisé selon un réseau tabulaire rigoureux. Les grilles sont des structures à la fois simples et efficaces, couramment utilisées pour fournir des parcours mnémoniques et méditatifs. [9]Mary CARRUTHERS, Le livre de la mémoire. La mémoire dans la culture médiévale, Paris, Macula, coll. « ARGO », 2002, pp. 196-197, 210-211, et 358-360.. Les cycles typologiques ne retiennent des textes bibliques que les fragments les plus importants, et les hiérarchisent. Des analogies, qui concernent les mots et les choses auxquelles ils renvoient, s’établissent entre deux ou plusieurs textes bibliques, si bien que le matériau gagne en cohésion et en potentiel signifiant.
Dans l’armadio, l’élément fondamental de chacun des items est le verset évangélique, fragment suffisamment court pour être retenu littéralement, et qui sert d’accroche pour d’autres éléments. [10]Une règle élémentaire de la mnémotechnie est que l’on se rappelle mieux un grand nombre d’éléments courts qu’un seul élément long ; voir Mary CARRUTHERS, Le livre de la mémoire. La mémoire dans la culture médiévale, Paris, Macula, coll. « ARGO », 2002, pp. 145-152. Le déploiement de ses significations peut partir d’une confrontation avec le verset prophétique, qui est en elle-même une procédure heuristique : l’étude des points communs et des écarts crée une étendue pour le déploiement de la pensée. Le verset néo-testamentaire éclaire et réalise le sens du verset vétéro-testamentaire, qui appuie et confère de l’épaisseur au premier. Les deux textes peuvent aussi être confrontés à une image, selon le principe fondamental des mnémoniques antiques et médiévales : pour retenir un matériau textuel, il faut le transformer en une image, médium qui a la capacité de s’imprimer plus facilement dans l’esprit. » [11]Cyril GERBRON,  « Le Christ est une page. Exégèse et mémoire dans l’armadio degli argenti de Fra Angelico », op. cit., p. 56.

Il s’agit de l’une des œuvres les plus complexes et les plus fascinantes de Fra Angelico, mais aussi, malgré la notoriété de ses différentes scènes prises individuellement, de l’une de celles qui n’ont été étudiées comme un tout cohérent qu’assez récemment. [12]Voir : Creighton GILBERT, Lex Amoris. La legge dell’amore nell’interpretazione di Fra Angelico, Florence, Le Lettere, 2005. Ici, la succession des scènes ainsi que le choix des textes qui les accompagnent apparaissent identiques, à quelques exceptions près, selon Cyril Gerbron [13]Cyril Gerbron (1983-2019) : historien de l’art, ancien pensionnaire de la Villa Médicis et de la Villa I Tatti. Il « fut non seulement l’un des jeunes historiens de l’art français les plus brillants et les plus prometteurs de sa génération, et un chercheur aussi rigoureux qu’innovateur, mais aussi un enseignant passionné, généreux et bienveillant ». (Fiammetta CAMPAGNOLI (13 … Poursuivre, à la structure d’un manuscrit vénitien du XVe siècle (fig. 1) orné de dessins à l’aquarelle (Venise, Biblioteca Marciana). [14]Selon Cyril Gerbron, « Fra Angelico s’est directement inspiré pour ce programme d’une série d’illustrations que l’on peut appeler ‘cycle de la vision d’Ézéchiel’, dont le manuscrit Lat. I, 72 (2501) de la Biblioteca Marciana de Venise (fig. 1) est, semble-t-il, l’unique exemplaire conservé. Ce cycle appartient lui-même à une famille de traités … Poursuivre Ce dernier semble provenir d’Italie du Nord, peut-être de Venise même. Selon Creighton Gilbert, l’Angelico pourrait avoir été mis en contact avec ce document par l’intermédiaire de moines de l’Observance venus de Vénétie [15]Leur présence à la Santissima Annunziata est attestée à partir de 1441. à l’initiative du pape Eugène IV.

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Les panneaux de bois qui constituent les supports des images peintes sont au nombre de quatre, dont deux de dimensions identiques (fig. 4 et 5), et deux autres de formats plus petits (fig. 2 et 3) [16]Ces quatre panneaux, encadrés séparément, sont habituellement exposés au Museo di San Marco, à Florence, de sorte à simuler trois formats identiques.. Ensemble, ils illustrent huit épisodes de l’enfance du Christ [17]Annonciation, Nativité, Circoncision, Adoration des mages, Présentation de Jésus au temple, Fuite en Égypte, Massacre des innocents, Dispute avec les docteurs., quatre épisodes relatifs à la vie adulte du Christ [18]Noces de Cana, Baptême, Transfiguration, Résurrection de Lazare., quinze récits de la Passion [19]Entrée à Jérusalem, Dernière Cène, Pacte de Judas, Lavement des pieds, Communion des apôtres, Prière au jardin, Baiser de Judas, Arrestation du Christ, Le Christ devant Pilate, Dérision du Christ, Flagellation, Montée au Calvaire, Le Christ mis à nu, Crucifixion, Déposition. et quatre scènes de la Résurrection [20]Descente du Christ au Limbe, Les trois Marie au tombeau, Ascension, Pentecôte. suivies du Jugement Dernier et du Couronnement de la Vierge. Deux autres représentations complémentaires, plus complexes, introduisent et concluent le cycle qui réunit sur une surface réduite un nombre considérable d’épisodes de l’histoire du Christ : La Vision d’Ezéchiel (fig. 6) et la Lex Amoris, parfois curieusement confondue avec L’Arbre de Jessé (fig. 7).

De manière systématique, les bords horizontaux de chacun des épisodes du cycle sont délimités par un rouleaux, l’un en bas de l’image, dont le texte est relatif au récit évangélique qui s’y trouve représenté, le second, en haut, est extrait de l’Ancien Testament [21]Ces rouleaux d’inscriptions ont été ajoutés à une époque postérieure à la réalisation de l’œuvre., excepté le premier (fig. 6), qui en compte plus de deux, et le dernier panneau (fig. 7), dont les deux rouleaux sont muets. Le choix des textes renvoie, selon Creighton Gilbert [22]Creighton GILBERT, Lex Amoris : La legge dell’amore nell’interpretazione di Fra Angelico, Florence, Le Lettere, 2005., à un manuscrit vénète du début du Quattrocento qui expose le parallélisme entre la Lex Amoris néo-testamentaire et la Lex Timoris vétéro-testamentaire, notion formulée par Thomas d’Aquin. [23]« La pensée du doctor angelicus dominicain fut d’emblée décisive dans la formation de l’angelicus pictor », souligne Gerardo de Simone. (*) (*) Gerardo DE SIMONE, « Un’iconostasi di ‘figure piccole’ del Beato Angelico. L’Armadio degli Argenti per la Santissima Annunziata »
, dans Nadia RIGHI, Angelo TARTUFERI, Gerardo de SIMONE … Poursuivre

L’ensemble constitue un hymne visant à célébrer l’étroitesse de la relation entre Ancien et Nouveau Testament, et le rapport profond qui, selon Matthieu l’Evangéliste [24]« Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. » (Mt 5, 17). et, depuis, aux yeux de l’Église, les unit nécessairement, l’Ancien annonçant le Nouveau et le Nouveau étant l’aboutissement de l’Ancien. Le Nouveau Testament serait ainsi l’achèvement de cette attente. Selon le théologien Ron Bergey [25]Ron Bergey : professeur d’hébreu biblique et d’Ancien Testament à la Faculté Jean Calvin, Institut de Théologie Protestante et Evangélique (anciennement Faculté de Théologie Réformée) d’Aix-en-Provence, France., « Augustin et d’autres Pères de l’Église disaient : ‘Le Nouveau est caché dans l’Ancien et l’Ancien est révélé dans le Nouveau.’ Le [Nouveau Testament] se fonde sur [l’Ancien Testament] et est l’édifice construit à partir de cette base. La révélation de l’histoire de la rédemption commencée dans [l’Ancien Testament] s’achève dans le [Nouveau Testament]. Le monde créé en Genèse est la scène de l’exécution du plan de la rédemption. Ce plan se déroulera jusqu’à la nouvelle création de l’Apocalypse. » [26]Ronald BERGEY, « Les grandes lignes qui unissent l’Ancien et le Nouveau Testament », La Revue réformée, n. 273 (janvier 2015), https://larevuereformee.net/articlerr/n273/les-grandes-lignes-qui-unissent-lancien-et-le-nouveau-testament#ftnt1, consulté le 05.06.2022.

Les deux panneaux qui introduisEnt et concluEnt le cycle
6. Fra Angelico, « Rota in medio rotae ». Détail de l’Armadio degli Argenti, Florence, Museo di San Marco.
7. Fra Angelico, « Lex Amoris ». Détail de l’Armadio degli Argenti, Florence, Museo di San Marco.
Introduction du cycle (Visione di Ezechiele)

Le cycle réunit sur une surface réduite un nombre considérable d’épisodes de l’histoire du Christ. Le premier panneau représente la vision du prophète Ézéchiel connue sous le nom de Vision du char de Yahvé, qui introduit le Livre d’Ézéchiel (Ez 1).

L’enfance du Christ
Épisodes de la vie adulte du Christ

Contrairement à l’ensemble des autres scènes, dont la chronologie est lisible de gauche à droite, les trois épisodes évangéliques peints sur un panneau vertical par Alesso Baldovinetti le sont du haut vers le bas. Cette différence rend manifeste l’ajout postérieur de ce panneau vertical.

Récits de la Passion
Scènes de la Résurrection
Le Jugement Dernier et le Couronnement de la Vierge.
Conclusion du cycle (LEX AMORIS)

De même que la Vision d’Ezéchiel introduisait le cycle, ce second panneau (fig. 2), qui est aussi le dernier du cycle qu’il vient conclure, évoque l’ère nouvelle de la Lex Amoris – parfois curieusement confondue avec L’Arbre de Jessé – annoncée par les prophètes et les patriarches relayés par les évangélistes et les apôtres [27]Les apôtres sont considérés comme les douze co-auteurs des versets du Credo., qui peut dorénavant commencer.

Notes

Notes
1 « L’expression qui donne son titre usuel à l’œuvre de Fra Angelico désigne l’objet qui la contenait, une « armoire aux objets en argent ». Il s’agit en fait d’une niche creusée dans le mur du fond de la première chapelle gauche de l’église des servites florentins, et qui abritait les ex-voto, pour la plupart en argent, offerts à la Vierge de l’Annonciation. A proximité immédiate de la chapelle se trouve en effet une fresque de l’Annonciation réalisée au XIVe siècle, qui est devenue l’une des images de culte les plus vénérées à Florence. » Cyril GERBRON, « Le Christ est une page. Exégèse et mémoire dans l’armadio degli argenti de Fra Angelico », Histoire de l’art, 71 (2013), p. 61, note 2. Mise en ligne : https://char.hypotheses.org/files/2019/09/Le_Christ_est_une_page._Exegese_et_memoire.pdf
2 À l’intérieur de l’église de la Santissima Annunziata, sur la contre-façade, figure une fresque datant du milieu du XIVe siècle représentant l’Annonciation, image considérée comme « acheiropoïète » : selon la tradition, le visage de la Vierge Marie y aurait été peint par un ange. La Santissima Annunziata devint ainsi une église centrale au sein du paysage religieux florentin. En 1440, Pierre le Goutteux, fils de Côme de Médicis, entreprit une restructuration de l’architecture de la basilique. Il chargea Michelozzo de construire un baldaquin de marbre abritant l’Annonciation derrière des grilles. La chapelle située à droite de la fresque fut également réaménagée : elle était destinée aux offices des frères servites et aux dévotions personnelles de Pierre le Goutteux. Ce dernier commanda également à Fra Angelico la décoration de la porte d’un reliquaire placé dans une niche, toujours visible aujourd’hui, dans la première chapelle latérale gauche de l’église (*). Cette commande était prestigieuse car elle était destinée à abriter les ex-voto en argent offerts par les fidèles à la Vierge. Son aspect d’origine est inconnu, mais « on sait qu’elle a été commandée pour un nouvel oratoire que Piero de’ Medici avait fait construire à côté de la chapelle de la Sanctissima Annunziata et près de la pièce du couvent où il s’était aménagé un sanctuaire spirituel, à l’instar de son père à San Marco ». (**)

(*) Cyril GERBRON, « Le Couronnement de la Vierge de Fra Angelico au Louvre entre expérience liturgique et expérience spirituelle », Memorie domenicane, XLII (2011), p. 301.
(**) John T. SPIKE, Fra Angelico, New York, Abbeville Press Publishers, 1996, p. 79.

3 Voir : Eugenio CASALINI, dans Commentari, 14, 1963 ; La SS. Annunziata di Firenze. Studi e documenti, Florence, 1971.
4 On lit parfois que la porte de l’Armoire aux argents était composée de quarante-et-une scènes. Le nombre des compartiments, trente-cinq au total depuis l’origine, est confirmé par Gerardo de Simone (*) qui note qu’« étant donné les dimensions de l’ouverture de positionnement, elle se composait, selon toute vraisemblance, non pas de quarante-et-un compartiments mais des trente-cinq compartiments actuels. » (**)

(*) Gerardo de Simone : fondateur de la revue Predella, spécialiste de peinture de la Renaissance italienne, auteur d’essais et commissaire d’expositions consacrés à Fra Angelico mais aussi Melozzo da Forlì, Lorenzo da Viterbo, Antoniazzo Romano, Niccolò Pisano, ainsi que sur des questions d’iconographie chrétienne et dominicaine.
(**) Gerardo DE SIMONE, « Fra Angelico : perspectives de recherche, passées et futures », Perspective, 1 (2013). Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/perspective.1765).

5 Les trois panneaux attribués à Alessio Baldovinetti (Florence, 1425 – 1499) sont : les Noces de Cana, le Baptême du Christ et la Transfiguration.
6 L’appellation traditionnelle de « bible des pauvres » est à cet égard révélatrice. Sur ces cycles, voir notamment A. Henry, Biblia Pauperum. A Facsimile and Edition, Aldershot, Scolar press, 1987 ; A. Wilson, J. L. Wilson, A medieval mirror : « Speculum humanae salvationis », 1324-1500, Berkeley/Los Angeles, University of California Press, 1984.
7 La chapelle qui abritait l’armadio était en effet uniquement accessible aux servites, ainsi qu’au commanditaire de l’œuvre, Pierre de Médicis. Cf. E. CASALINI, Michelozzo di Bartolommeo e l’Annunziata di Firenze, Florence, Convento della SS. Annunziata, 1995, pp. 86-90.
8 Voir notamment : [AUTEUR ANONYME (Ier siècle avant l’ère chrétienne)], Rhétorique à Herennius, Guy Achard (trad.), Paris, Les Belles Lettres, 1989, III, 30.
9 Mary CARRUTHERS, Le livre de la mémoire. La mémoire dans la culture médiévale, Paris, Macula, coll. « ARGO », 2002, pp. 196-197, 210-211, et 358-360.
10 Une règle élémentaire de la mnémotechnie est que l’on se rappelle mieux un grand nombre d’éléments courts qu’un seul élément long ; voir Mary CARRUTHERS, Le livre de la mémoire. La mémoire dans la culture médiévale, Paris, Macula, coll. « ARGO », 2002, pp. 145-152.
11 Cyril GERBRON,  « Le Christ est une page. Exégèse et mémoire dans l’armadio degli argenti de Fra Angelico », op. cit., p. 56.
12 Voir : Creighton GILBERT, Lex Amoris. La legge dell’amore nell’interpretazione di Fra Angelico, Florence, Le Lettere, 2005.
13 Cyril Gerbron (1983-2019) : historien de l’art, ancien pensionnaire de la Villa Médicis et de la Villa I Tatti. Il « fut non seulement l’un des jeunes historiens de l’art français les plus brillants et les plus prometteurs de sa génération, et un chercheur aussi rigoureux qu’innovateur, mais aussi un enseignant passionné, généreux et bienveillant ». (Fiammetta CAMPAGNOLI (13 juillet 2019), « Cyril Gerbron – In Memoriam », Collectif d’Historiens de l’Art de la Renaissance. Mise en ligne : https://doi.org/10.58079/11rzq).
14 Selon Cyril Gerbron, « Fra Angelico s’est directement inspiré pour ce programme d’une série d’illustrations que l’on peut appeler ‘cycle de la vision d’Ézéchiel’, dont le manuscrit Lat. I, 72 (2501) de la Biblioteca Marciana de Venise (fig. 1) est, semble-t-il, l’unique exemplaire conservé. Ce cycle appartient lui-même à une famille de traités typologiques, c’est-à-dire reposant sur la mise en correspondance de textes et d’événements des Ancien et Nouveau Testaments, dont la Bible des pauvres et le Speculum humanae salvationis sont les exemples les plus connus. Il comprend notamment quarante items numérotés, répartis sur dix pages. Chacun d’entre eux est composé de deux images et de trois inscriptions. Le premier montre par exemple l’Annonce à la femme de Manué et l’Annonciation ; les inscriptions intermédiaire et inférieure sont des versets bibliques extraits du récit de ces épisodes (Jg 13, 3 et Luc 1, 31), l’inscription supérieure est un verset d’un livre prophétique qui annonce l’épisode néo-testamentaire (ici Is 7, 14). L’armadio degli argenti ne montre pas les épisodes vétéro-testamentaires et les versets des livres historiques qui leur sont associés, mais l’ordre et le choix des épisodes néo-testamentaires, ainsi que le choix des versets prophétiques et évangéliques, respectivement inscrits sur les phylactères supérieur et inférieur qui encadrent les images, sont empruntés au cycle de la vision d’Ézéchiel. L’armadio correspond donc à la transposition à grande échelle d’un cycle typologique dont le support habituel est le manuscrit. Les inscriptions y sont présentées sur des rouleaux de parchemin fictivement appliqués sur les panneaux, si bien que le cycle a une nature hybride, à la fois recueil d’images et recueil de textes, page de manuscrit et panneau peint. »
Cyril GERBRON, « Le Christ est une page. Exégèse et mémoire dans l’armadio degli argenti de Fra Angelico », op. cit., pp. 51-52.
15 Leur présence à la Santissima Annunziata est attestée à partir de 1441.
16 Ces quatre panneaux, encadrés séparément, sont habituellement exposés au Museo di San Marco, à Florence, de sorte à simuler trois formats identiques.
17 Annonciation, Nativité, Circoncision, Adoration des mages, Présentation de Jésus au temple, Fuite en Égypte, Massacre des innocents, Dispute avec les docteurs.
18 Noces de Cana, Baptême, Transfiguration, Résurrection de Lazare.
19 Entrée à Jérusalem, Dernière Cène, Pacte de Judas, Lavement des pieds, Communion des apôtres, Prière au jardin, Baiser de Judas, Arrestation du Christ, Le Christ devant Pilate, Dérision du Christ, Flagellation, Montée au Calvaire, Le Christ mis à nu, Crucifixion, Déposition.
20 Descente du Christ au Limbe, Les trois Marie au tombeau, Ascension, Pentecôte.
21 Ces rouleaux d’inscriptions ont été ajoutés à une époque postérieure à la réalisation de l’œuvre.
22 Creighton GILBERT, Lex Amoris : La legge dell’amore nell’interpretazione di Fra Angelico, Florence, Le Lettere, 2005.
23 « La pensée du doctor angelicus dominicain fut d’emblée décisive dans la formation de l’angelicus pictor », souligne Gerardo de Simone. (*)

(*) Gerardo DE SIMONE, « Un’iconostasi di ‘figure piccole’ del Beato Angelico. L’Armadio degli Argenti per la Santissima Annunziata »
, dans Nadia RIGHI, Angelo TARTUFERI, Gerardo de SIMONE (dir.), Beato Angelico.
 Storie dell’Infanzia di Cristo. Anta dell’Armadio degli Argenti dal Museo di San Marco di Firenze (cat. d’exp. Milan, Museo Diocesano Carlo Maria Martini, 27 Octobre 2023-28 janvier 2024), Milan, Dario Cimorelli Editore, 2023, pp. 35-64.

24 « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. » (Mt 5, 17).
25 Ron Bergey : professeur d’hébreu biblique et d’Ancien Testament à la Faculté Jean Calvin, Institut de Théologie Protestante et Evangélique (anciennement Faculté de Théologie Réformée) d’Aix-en-Provence, France.
26 Ronald BERGEY, « Les grandes lignes qui unissent l’Ancien et le Nouveau Testament », La Revue réformée, n. 273 (janvier 2015), https://larevuereformee.net/articlerr/n273/les-grandes-lignes-qui-unissent-lancien-et-le-nouveau-testament#ftnt1, consulté le 05.06.2022.
27 Les apôtres sont considérés comme les douze co-auteurs des versets du Credo.

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