Fra Angelico, « Armadio degli Argenti »

Fra Angelico (Florence, 1451 – Rome, 1453)

Armadio degli Argenti (Armoire aux argents), 1448-1450. (1451-52)

Tempéra sur panneau, 123 x 123 cm ; 123 x 35 cm ; 123 x 160 cm ; 123 x 160 cm.

Provenance : Église de la Santissima Annunziata, Florence.

Florence, Museo Nazionale di San Marco.

L’Armadio degli Argenti (Armoire des vases sacrés, Armoire des ex-voto d’argent ou Armoire aux argents) est ainsi dénommée en référence aux ex-voto précieux – les « argenti » ou « argents » – que les fidèles déposaient en l’honneur de la fresque de l’Annonciation vénérée dans l’église de la Santissima Annunziata (Florence). L’armoire où étaient conservée ces « argents » était située dans la première chapelle à gauche de l’entrée principale, derrière le tabernacle monumental commandé à Michelozzo et Pagno di Lapo Portigiani par Piero de’ Medici, également à l’origine de la commande de ce meuble. Le système classique d’ouverture des portes a été remplacé au début des années soixante du XVe siècle par un mécanisme plus ingénieux, formé d’un volet actionné par une poulie, selon toute probabilité afin de permettre un meilleur accès à la chapelle [1]Voir E. Casalini, dans Commentari, 14, 1963 ; La SS. Annunziata di Firenze. Studi e documenti, Florence, 1971.. Les trente-six compartiments carrés qui la composent aujourd’hui [2]L’Armoire aux argents comportait à l’origine quarante scènes de la même taille (38,5 x 37 cm) et une de taille double (le Jugement dernier). Sur un total initial de quarante-et-une scènes, six ont été perdues et seules restent les trente-cinq du Museo Nazionale di San Marco. pour un total de trente-cinq épisodes – le Jugement dernier de format rectangulaire occupant deux compartiments – servaient à l’origine de portes extérieures au cabinet en bois qui abritait les objets d’argent. Sur les trente-six panneaux parvenus jusqu’à nous, trente-trois sont autographes et trois de la main d’Alessio Baldovinetti. [3]Les trois panneaux attribués à Alessio Baldovinetti (Florence, 1425 – 1499) sont : les Noces de Cana, le Baptême du Christ et la Transfiguration.

Il s’agit de l’une des œuvres les plus complexes et les plus fascinantes de Fra Angelico, mais aussi, malgré la notoriété de ses différentes scènes prises individuellement, de l’une de celles qui n’ont été étudiées comme un tout cohérent qu’assez récemment. [4]Voir : Creighton Gilbert, Lex Amoris. La legge dell’amore nell’interpretazione di Fra Angelico, Florence, Le Lettere, 2005. Ici, la succession des scènes ainsi que le choix des textes qui les accompagnent apparaissent identiques, à quelques exceptions près, à la structure d’un manuscrit vénitien du XVe siècle orné de dessins à l’aquarelle [5]Rota in medio rotae, Venise, Biblioteca Marciana.. Ce dernier semble provenir d’Italie du Nord, peut-être de Venise même. Selon Creighton Gilbert, l’Angelico pourrait avoir été mis en contact avec ce document par l’intermédiaire de moines de l’Observance venus de Vénétie [6]Leur présence à la Santissima Annunziata est attestée à partir de 1441. à l’initiative du pape Eugène IV (Venise, 1383 – Rome, 1447).

Les panneaux illustrent huit épisodes de l’enfance du Christ [7]Annonciation, Nativité, Circoncision, Adoration des mages, Présentation de Jésus au temple, Fuite en Égypte, Massacre des innocents, Dispute avec les docteurs., quatre épisodes relatifs à la vie adulte du Christ [8]Noces de Cana, Baptême, Transfiguration, Résurrection de Lazare., quinze récits de la Passion [9]Entrée à Jérusalem, Dernière Cène, Pacte de Judas, Lavement des pieds, Communion des apôtres, Prière au jardin, Baiser de Judas, Arrestation du Christ, Le Christ devant Pilate, Dérision du Christ, Flagellation, Montée au Calvaire, Le Christ mis à nu, Crucifixion, Déposition. et quatre scènes de la Résurrection [10]Descente du Christ au Limbe, Les trois Marie au tombeau, Ascension, Pentecôte. suivies du Jugement Dernier et du Couronnement de la Vierge. Deux autres panneaux complémentaires, plus complexes, introduisent et concluent le cycle qui réunit sur une surface réduite un nombre considérable d’épisodes de l’histoire du Christ : La Vision d’Ezéchiel (fig. 1) et la Lex Amoris, parfois curieusement confondue avec L’Arbre de Jessé (fig. 2).

De manière systématique, chacun des épisodes du cycle est encadré par deux rouleaux horizontaux, l’un en bas relatif au passage évangélique figuré, l’autre en haut, provenant de l’Ancien Testament [11]Ces rouleaux d’inscriptions ont été ajoutés à une époque postérieure à la réalisation de l’œuvre., excepté le premier (fig. 1) et le dernier panneau (fig. 2), qui sont tous les deux privés d’inscriptions.

L’ensemble constitue un hymne visant à célébrer l’étroitesse de la relation entre Ancien et Nouveau Testaments, et le rapport profond qui, aux yeux de l’Église, les unit nécessairement, l’Ancien annonçant le Nouveau et le Nouveau étant l’aboutissement de l’Ancien. Le Nouveau Testament serait ainsi l’achèvement de cette attente. Selon l’américain Ron Bergey [12]Ron Bergey est professeur d’hébreu biblique et d’Ancien Testament à la Faculté Jean Calvin, Institut de Théologie Protestante et Evangélique (anciennement Faculté de Théologie Réformée) d’Aix-en-Provence, France., « Augustin et d’autres Pères de l’Église disaient : ‘Le Nouveau est caché dans l’Ancien et l’Ancien est révélé dans le Nouveau.’ Le [Nouveau Testament] se fonde sur [l’Ancien Testament] et est l’édifice construit à partir de cette base. La révélation de l’histoire de la rédemption commencée dans [l’Ancien Testament] s’achève dans le [Nouveau Testament]. Le monde créé en Genèse est la scène de l’exécution du plan de la rédemption. Ce plan se déroulera jusqu’à la nouvelle création de l’Apocalypse. » [13]Ron Bergey, « Les grandes lignes qui unissent l’Ancien et le Nouveau Testament », La Revue réformée, n° 273, janvier 2015, https://larevuereformee.net/articlerr/n273/les-grandes-lignes-qui-unissent-lancien-et-le-nouveau-testament#ftnt1, consulté le 05.06.2022.

Les deux panneaux qui introduisEnt et concluEnt le cycle
1. Fra Angelico, « Rota in medio rotae ». Détail de l’Armadio degli Argenti, Florence, Museo di San Marco.
2. Fra Angelico, « Lex Amoris ». Détail de l’Armadio degli Argenti, Florence, Museo di San Marco.

ROTA IN MEDIO ROTAE

Le premier de ces deux panneaux représente la vision d’Ézéchiechiel connue sous le nom de Vision du char de Yahvé, qui introduit le Livre d’Ézéchiel (Ez 1). Dans l’angle inférieur gauche, le prophète lui-même est présent : ébloui par l’apparition prodigieuse, celui-ci est renversé en arrière en se protégeant les yeux [14]« À cette vue, je tombai sur ma face, et j’entendis la voix de quelqu’un qui parlait. ». Face à lui, symétriquement, le pape Grégoire le Grand, assis au sol coiffé de la tiare, est plongé dans un travail d’écriture dont on verra qu’il porte précisément sur un commentaire de la vision du prophète. La scène se déroule dans une vallée traversée par une rivière, qui se prolonge jusqu’à l’infini.

Cette vision (« Je regardais […] et voici, il y avait une roue sur la terre », voir note 17) est construite sur le schéma d’une double roue concentrique, typique des traités mnémoniques. Les quatre évangélistes y sont représentés dans le plus petit cercle, aux quatre points cardinaux, coiffés des quatre têtes du tétramorphe, en alternance avec les quatre apôtres auteurs d’un texte figurant dans le Nouveau Testament. Dans la partie externe de la roue, douze prophètes et patriarches viennent mettre en évidence le thème canonique de la concordance de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui informe tout le cycle narratif ; dans les deux angles inférieurs du panneau, apparaissent les figures d’Ezéchiel et de Grégoire le Grand, dont les extraits de textes respectifs sont inscrits dans les banderoles déroulées aux deux angles supérieurs. Dans ce contexte, le rouleau du prophète Ezéchiel constitue la source de la « roue au milieu de la roue » (rota in medio rotae) décrite dans l’Ancien Testament [15][…] cumque aspicerem animalia apparuit rota una super terram iuxta animalia habens quattuor facies / et aspectus rotarum et opus earum quasi visio maris et una similitudo ipsarum quattuor et aspectus earum et opera quasi sit rota in medio rotae (« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant leurs quatre faces. A leur aspect et à leur … Poursuivre, celui de saint Grégoire en est le commentaire.

L’image comporte un nombre important d’inscriptions qui toutes viennent expliciter et préciser le sens de l’image :

  • (sur la circonférence de la roue la plus grande) « CREAVIT DEVS C(A)ELUM ET TERRAM INNANIS ET TENEBRE ERANT SVPER FACIEM ABISSI ET SPIRITVS D(OMI)NI FEREBATVR SVPE(R) AQVAS DIXITQ(UE) FIAT LVX (ET) FACTA LVX EST ET VIDIT DEVS LVCEM Q(UOD) ESSET BONA ET DIVISIT LVCEM AC TENEBRAS APPELLAVITQ(UE) LUCE(M) DIE(M) (ET TENEBRAS NOCTEM) » [16]In principio creavit Deus caelum et terram / terra autem erat inanis et vacua et tenebrae super faciem abyssi et spiritus Dei ferebatur super aquas / dixitque Deus fiat lux et facta est lux / et vidit Deus lucem quod esset bona et divisit lucem ac tenebras / appellavitque lucem diem et tenebras noctem [factumque est vespere et mane dies unus] (« Au commencement, Dieu créa les cieux et la … Poursuivre
  • (sur la circonférence du cercle le plus petit) : « IN PRINCIPIO ERAT VERBVM ET VERBVM ERAT APVD DEVM ET DEVS ERAT VERBVM HOC ERAT IN PRINCIPIO APVD DEVM OMNIA PER IPSVM FACTA SVNT ET SINE IPSVM FACTV(M) E(ST) NICHIL » [17]In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum / hoc erat in principio apud Deum / omnia per ipsum facta sunt et sine ipso factum est nihil quod factum est (« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a … Poursuivre
  • (dans la roue la plus grande) : « MOYSES » (Moïse) ; « SALOMON REX » (Le roi Salomon) ; « EÇECHIEL » (Ézéchiel) ; « IEREMIAS » (Jérémie) ; « MICHEAS » (Michée) ; « IONAS » (Jonas) ; « IOEL » (Joël) ; « MALACHIAS » (Malachie) ; « ESDRAS » (Esdras) ; « DANIEL » (Daniel) ; « ISAAC » (Isaac) ; « DAVID REX » (le roi David).
  • (sur les barres de la roue la plus petite) : « IOHANNES (Jean) ; « PETRVS » (Pierre) ; « MARCVS » (Marc) ; « IVDAS » (Judas Thaddée) ; « LUCAS » (Luc) ; « IACOBVS » (Jacques le Majeur); « MACTEVS » (Matthieu) ; « PAVLVS » (Paul)
  • (sur la banderole tenue par Pierre) : « PETRO APOSTOLVS IHS XPI » [18]Pierre, apôtre de Jésus-Christ.
  • (sur la banderole tenue par Judes Thadée) : « IVDAS IHI XPI SERVVS » Jude, serviteur de Jésus-Christ.))
  • (sur la banderole tenue par Jacques) : « IACOBVS […] DEI […] » [19]Jacques […] Dieu […].
  • (sur la banderole tenue par Paul) : « PAVLVS … »
  • (dans l’angle supérieur gauche, extrait du chapitre 1 du Livre d’Ézéchiel [20]« La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, comme j’étais parmi les captifs du fleuve du Kebar, les cieux s’ouvrirent, et j’eus des visions divines. » Ez 1, 1). : « ET VIDI ET ECCE VENTVS TVRBINIS VENIEBAT AB AQVILONE MANGNA ET IGNIS INVOLVENS » [21][…] et vidi et ecce ventus turbinis veniebat ab aquilone et nubes magna et ignis involvens [et splendor in circuitu eius et de medio eius quasi species electri id est de medio ignis] (« Je regardai, et voici, il vint du septentrion un vent impétueux, une grosse nuée, et une gerbe de feu, qui répandait de tous côtés une lumière éclatante, au centre de laquelle brillait comme de … Poursuivre ; CU(M)QUE ASPICERENT ANIMALIA APPARVIT ROTA UNA SVPER TERRA(M) IVSTA ANIMALIA HABENS QVATVOR FACIES » [22][…] cumque aspicerem animalia apparuit rota una super terram iuxta animalia habens quattuor facies (« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant leurs quatre faces. » Ez 1, 15). ; « ET ASPECT(US) EORV(M) (ET) OPERA QVASI SISIT IN ROTA MEDIO ROT(A)E » [23][et aspectus rotarum et opus earum quasi visio maris et una similitudo ipsarum quattuor] et aspectus earum et opera quasi sit rota in medio rotae (« A leur aspect et à leur structure, ces roues semblaient être en chrysolithe, et toutes les quatre avaient la même forme; leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d’une autre roue. » Ez 1, 16).
  • (sur le bandeau parallèle au bord supérieur, inscriptions parmi lesquelles) : « VEDENS VIDIT ET LOCVTVS EST » [24]Vedens vidit et locutus est ().
  • (dans l’angle supérieur droit) : « PAVLO POST ADIVNGIT QVASI SIT ROTA IN MEDIO ROT(A)E NISI Q(UOD) IN TESTAME(N)TV(M) VETERIS LICTE(RA) NOV(U)M TESTAMENTV(M) LATVIT PER ALLEGORIA(M) » [25]Quid est hoc, quod cum una rota diceretur, paulo post adiungitur, Quasi si sit rota in medio rotae, nisi quod in Testamenti Veteris littera Testamentum Novum latuit per allegoriam? [Unde et rota eadem quae iuxta animalia apparuit quatuor facies habere describitur, quia Scriptura sacra per utraque Testamenta in quatuor partibus est distincta. Vetus etenim Testamentum in lege et prophetis, Novum … Poursuivre
  • (sous la banderole précédente) : « GREGORIVS / SVB. EÇE. O. V: » [26]Référence de la citation : Gregorius Magnus, Homiliae in Ezechielem (Homélies sur Ézéchiel), Tome I, Livre I, Homélie VI, 12.
  • (en bas de l’image, sous la figure du prophète Ezéchiel) : « EÇECHIEL »
  • (en bas de l’image, au centre) : « FLVMEN ÇOBAR » [27]Le « fleuve Kebar », qui coule au centre de l’image, était situé au « pays des Chaldéens » près duquel les Juifs de la communauté de Tel-Abib étaient exilés (Ez. 1, 1-3). C’est au bord de ce fleuve que le prophète Ézéchiel aurait eu la première de ses visions, en 613 avant notre ère. « La plupart des exégètes s’accordent à penser que, lorsque Ézéchiel parlait … Poursuivre
  • (en bas de l’image, sous la figure du pape Grégoire le Grand) : « GREGORIVS »
  • (sur le livre tenu ouvert par Grégoire le Grand) : « QVID E(ST) HOC (QUOD) CVM VNA ROTA E RICENT PAVLO POST A ROTA » [28]« quid est hoc, quod cum una rota diceretur, paulo post adiungitur » (Gregorio Magno, Homiliae in Ezechielem, 1, 6, 12).

LEX AMORIS

Le second panneau (fig. 2), qui est aussi le dernier du cycle qu’il vient conclure, évoque l’ère nouvelle de la Lex Amoris – parfois curieusement confondue avec L’Arbre de Jessé – annoncée par les prophètes et les patriarches relayés par les évangélistes et les apôtres, qui peut dorénavant commencer. [29]Voir le commentaire détaillé de ce panneau dans l’article : Credo.

Notes

Notes
1 Voir E. Casalini, dans Commentari, 14, 1963 ; La SS. Annunziata di Firenze. Studi e documenti, Florence, 1971.
2 L’Armoire aux argents comportait à l’origine quarante scènes de la même taille (38,5 x 37 cm) et une de taille double (le Jugement dernier). Sur un total initial de quarante-et-une scènes, six ont été perdues et seules restent les trente-cinq du Museo Nazionale di San Marco.
3 Les trois panneaux attribués à Alessio Baldovinetti (Florence, 1425 – 1499) sont : les Noces de Cana, le Baptême du Christ et la Transfiguration.
4 Voir : Creighton Gilbert, Lex Amoris. La legge dell’amore nell’interpretazione di Fra Angelico, Florence, Le Lettere, 2005.
5 Rota in medio rotae, Venise, Biblioteca Marciana.
6 Leur présence à la Santissima Annunziata est attestée à partir de 1441.
7 Annonciation, Nativité, Circoncision, Adoration des mages, Présentation de Jésus au temple, Fuite en Égypte, Massacre des innocents, Dispute avec les docteurs.
8 Noces de Cana, Baptême, Transfiguration, Résurrection de Lazare.
9 Entrée à Jérusalem, Dernière Cène, Pacte de Judas, Lavement des pieds, Communion des apôtres, Prière au jardin, Baiser de Judas, Arrestation du Christ, Le Christ devant Pilate, Dérision du Christ, Flagellation, Montée au Calvaire, Le Christ mis à nu, Crucifixion, Déposition.
10 Descente du Christ au Limbe, Les trois Marie au tombeau, Ascension, Pentecôte.
11 Ces rouleaux d’inscriptions ont été ajoutés à une époque postérieure à la réalisation de l’œuvre.
12 Ron Bergey est professeur d’hébreu biblique et d’Ancien Testament à la Faculté Jean Calvin, Institut de Théologie Protestante et Evangélique (anciennement Faculté de Théologie Réformée) d’Aix-en-Provence, France.
13 Ron Bergey, « Les grandes lignes qui unissent l’Ancien et le Nouveau Testament », La Revue réformée, n° 273, janvier 2015, https://larevuereformee.net/articlerr/n273/les-grandes-lignes-qui-unissent-lancien-et-le-nouveau-testament#ftnt1, consulté le 05.06.2022.
14 « À cette vue, je tombai sur ma face, et j’entendis la voix de quelqu’un qui parlait. »
15 […] cumque aspicerem animalia apparuit rota una super terram iuxta animalia habens quattuor facies / et aspectus rotarum et opus earum quasi visio maris et una similitudo ipsarum quattuor et aspectus earum et opera quasi sit rota in medio rotae (« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant leurs quatre faces. A leur aspect et à leur structure, ces roues semblaient être en chrysolithe, et toutes les quatre avaient la même forme ; leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d’une autre roue. »). Livre d’Ézéchiel (Ez 1, 15-16).
16 In principio creavit Deus caelum et terram / terra autem erat inanis et vacua et tenebrae super faciem abyssi et spiritus Dei ferebatur super aquas / dixitque Deus fiat lux et facta est lux / et vidit Deus lucem quod esset bona et divisit lucem ac tenebras / appellavitque lucem diem et tenebras noctem [factumque est vespere et mane dies unus] (« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour. »). Exode (Ex 1, 1-5).
17 In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum / hoc erat in principio apud Deum / omnia per ipsum facta sunt et sine ipso factum est nihil quod factum est (« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. »). Évangile selon Jean (Jn 1, 1-4).
18 Pierre, apôtre de Jésus-Christ.
19 Jacques […] Dieu […].
20 « La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, comme j’étais parmi les captifs du fleuve du Kebar, les cieux s’ouvrirent, et j’eus des visions divines. » Ez 1, 1).
21 […] et vidi et ecce ventus turbinis veniebat ab aquilone et nubes magna et ignis involvens [et splendor in circuitu eius et de medio eius quasi species electri id est de medio ignis] (« Je regardai, et voici, il vint du septentrion un vent impétueux, une grosse nuée, et une gerbe de feu, qui répandait de tous côtés une lumière éclatante, au centre de laquelle brillait comme de l’airain poli, sortant du milieu du feu. » Ez 1, 4).
22 […] cumque aspicerem animalia apparuit rota una super terram iuxta animalia habens quattuor facies (« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant leurs quatre faces. » Ez 1, 15).
23 [et aspectus rotarum et opus earum quasi visio maris et una similitudo ipsarum quattuor] et aspectus earum et opera quasi sit rota in medio rotae (« A leur aspect et à leur structure, ces roues semblaient être en chrysolithe, et toutes les quatre avaient la même forme; leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d’une autre roue. » Ez 1, 16).
24 Vedens vidit et locutus est ().
25 Quid est hoc, quod cum una rota diceretur, paulo post adiungitur, Quasi si sit rota in medio rotae, nisi quod in Testamenti Veteris littera Testamentum Novum latuit per allegoriam? [Unde et rota eadem quae iuxta animalia apparuit quatuor facies habere describitur, quia Scriptura sacra per utraque Testamenta in quatuor partibus est distincta. Vetus etenim Testamentum in lege et prophetis, Novum vero in Evangeliis atque apostolorum Actibus et dictis. Scimus autem quia ubi faciem intendimus, ibi quod necesse est videmus. Rota ergo quatuor habet facies, quia prius resecanda mala in populis vidit per legem, postmodum vidit per prophetas, subtilius vero per Evangelium, ad extremum autem per apostolos ea quae in culpis hominum resecarentur aspexit. Potest quoque intelligi quod quatuor facies rota habeat, propter hoc quod Scriptura sacra per gratiam praedicationis extensa in quatuor mundi partes innotuit. Unde et bene rota eadem una prius iuxta animalia apparuisse et postmodum quatuor facies habuisse describitur, quia nisi lex Evangelio concordaret, in quatuor mundi partibus non innotesceret.] (« Qu’est-ce que c’est qui est appelé roue, que l’on évoque ensuite en ajoutant qu’il y avait une roue au milieu d’une roue, et comment la lettre de l’Ancien Testament est-elle cachée par l’allégorie dans le Nouveau Testament ? C’est ainsi que la même roue, apparue à côté des animaux, est décrite comme ayant quatre faces, parce que la Sainte Écriture est divisée en quatre parties par les deux Testaments. Pour l’Ancien Testament, dans la Loi et les Prophètes, et pour le Nouveau, dans les Evangiles et les Actes et les Apôtres. Mais nous savons que là où nous regardons en face, là nous voyons ce qui est nécessaire. La roue a donc quatre faces, parce qu’elle a d’abord vu les maux être réduits parmi le peuple par la loi, ensuite elle a été vue par les prophètes, et plus subtilement par l’Évangile, et enfin par les apôtres, elle a regardé ces choses qui ont été amputés par les fautes des hommes. On peut aussi comprendre que la roue a quatre faces, parce que l’Ecriture Sainte, étendue par la grâce de la prédication, est devenue connue des quatre parties du monde. Et c’est donc bien qu’une roue soit d’abord apparue à côté des animaux et ait ensuite été décrite comme ayant quatre faces, car si la loi n’était pas en harmonie avec l’Evangile, elle n’aurait pas été connue dans les quatre parties du monde. »). Grégoire le Grand, Homélies sur Ézéchiel, 1, Homélie VI, 12.
Selon Pascal Ide, Grégoire le Grand énonce « un principe herméneutique passionnant […] et qui a récemment connu un juste regain d’intérêt : ‘Plus un saint progresse dans l’Écriture sacrée, plus l’Écriture même progresse avec lui’ ; autrement dit : ‘les révélations divines croissent avec celui qui les lit’. Le pape théologien formule cette loi en commentant un passage du livre du prophète Ézéchiel : ‘Et quand s’avançaient les Vivants, les roues également s’avançaient, à côté d’eux ; et quand les Vivants s’élevaient de terre, les roues en même temps s’élevaient’ (Éz 1,19). Et il en propose une lecture métaphorique, voire tropologique (morale) : les roues sont aux Vivants ce que les Saintes Écritures sont à ses lecteurs. Or, l’élévation physique est l’analogue de l’élévation spirituelle, c’est-à-dire de la contemplation qui n’est jamais coupé de la transformation morale. Dès lors, le progrès des Vivants, c’est-à-dire des lecteurs, s’accompagne de celui de ce qu’ils lisent. » (Pascal Ide, « ‘L’Écriture grandit avec celui qui la lit’. Une relecture à la lumière de la réception en retour », http://pascalide.fr/lecriture-grandit-avec-celui-qui-la-lit-une-relecture-a-la-lumiere-de-la-reception-en-retour/#_ftnref2).
26 Référence de la citation : Gregorius Magnus, Homiliae in Ezechielem (Homélies sur Ézéchiel), Tome I, Livre I, Homélie VI, 12.
27 Le « fleuve Kebar », qui coule au centre de l’image, était situé au « pays des Chaldéens » près duquel les Juifs de la communauté de Tel-Abib étaient exilés (Ez. 1, 1-3). C’est au bord de ce fleuve que le prophète Ézéchiel aurait eu la première de ses visions, en 613 avant notre ère. « La plupart des exégètes s’accordent à penser que, lorsque Ézéchiel parlait du « fleuve Kébar », il employait sans doute le terme hébreu nahar (généralement rendu par rivière, fleuve) dans son acception la plus large, et qu’il l’appliquait aux nombreux canaux babyloniens qui traversaient à l’époque la région fertile délimitée par les cours inférieurs du Tigre et de l’Euphrate. Cela s’harmoniserait tout à fait avec le sens du mot babylonien correspondant qui, pareillement, désigne aussi bien un fleuve qu’un canal. Il semble que tôt dans l’histoire de la Mésopotamie des ingénieurs ont conçu l’impressionnant système de canaux d’irrigation de Babylone, lequel permettait de maîtriser le Tigre et l’Euphrate qui, sans cela, auraient causé d’importants dégâts chaque année lorsqu’ils étaient en crue à la saison des pluies. En effet, non seulement ils provoquaient des inondations destructrices, mais ils déposaient aussi sur les régions agricoles une couche de sel qui rendait celles-ci impropres à la culture. Beaucoup de ces canaux étaient suffisamment larges pour permettre le passage de grands navires à voiles, ce qui renforçait la position économique et commerciale déjà bien établie de Babylone. Il est impossible de déterminer avec certitude à quel canal du vaste réseau qui sillonnait la Mésopotamie correspond le Kébar dont parle la Bible. » https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/1200010917#h=1, consulté le 05.06.2022.
28 « quid est hoc, quod cum una rota diceretur, paulo post adiungitur » (Gregorio Magno, Homiliae in Ezechielem, 1, 6, 12).
29 Voir le commentaire détaillé de ce panneau dans l’article : Credo.
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