Goro di Gregorio, « Arca di San Cerbone »

Goro di Gregorio (Sienne, 1275 – 1335)

Arca di San Cerbone (Chasse de saint Cerbone), 1324.

Marbre, traces de polychromie et d’or,

Inscriptions :

  • (sur l’un des deux faces longues, en bas) « ANNO DOMINI MCCCXXIIII IDIT VII MAGISTER PERUCIUS OPERARIUS ECCLESIAE FECIT FIERI HOC OPUS MAGISTRO GORO GREGORII DE SENIS » [1]« En l’année du seigneur 1324, Maître Peruzzi, operaio de l’église a fait faire ce travail par Giro di Gregorio de Sienne. »

Provenance : In situ.

Massa Marittima, Cathédrale de San Cerbone.

L’œuvre de Goro di Gregorio est aujourd’hui installée derrière le maître-autel de la Cathédrale de Massa Marittima. Elle se compose d’un coffre rectangulaire le long duquel sont disposés huit panneaux comportant des épisodes de la vie de Cerbone di Piombino, et de son couvercle, sur les pentes duquel se trouvent douze médaillons avec des saints et des prophètes, la Vierge à l’Enfant et le corps du saint veillé par deux anges.

Sur les flancs de l’Arche, l’histoire du saint se déroule chronologiquement en commençant par le miracle des ours.

  • Façade orientée vers la nef de l’église :
    • Cerbone gettato agli orsi (fig. 3). Réfugié dans la Maremme où il vivait en ermite, Cerbone est capturé par le roi des Goths, Totila, qui le condamne à être livré aux ours pour avoir hébergé des soldats ennemis. Les bêtes, en présence du saint, deviennent douces comme des agneaux, se prosternent et lèchent les pieds du saint. Stupéfait, Totila libère sa victime.
    • I cittadini di Populonia supplicano Cerbone. Élu évêque de Populonia [2]Aujourd’hui Livourne., Cerbone a prit l’habitude de célébrer la messe aux premières lueurs de l’aube, au grand dam de ses fidèles qui lui demandent de la retarder.
    • I cittadini di Populonia accusano san Cerbone di fronte a papa Vigilio. Devant son refus, une délégation de citoyens se rend à Rome protester devant le pape Vigile.

I messi del papa invitano san Cerbone a comparire dinanzi a papa Vigilio

  • Petit côté 1 :
    • I messi del papa invitano san Cerbone a comparire dinanzi a papa Vigilio. En réponse, le pape Vigile envoie des émissaires à Populonia pour ordonner à Cerbone de se présenter devant lui afin de se justifier des plaintes de ses fidèles.
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Épisodes de la vie de san Cerbone
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  • Façade orientée vers l’abside : les scènes illustrent les miracles accomplis par Cerbone lors de son voyage à Rome et de sa rencontre avec le Pape.
    • Cerbone ristora i messi del papa col latte della cerva. En chemin vers Rome, les émissaires pontificaux, qui ont refusé le pain eucharistique que leur offrait Cerbone, sont pris d’une soif irrépressible. Cerbone fait approcher deux biches qui se laissent paisiblement traire afin de désaltérer les envoyés du pape avec leur lait (fig. 7).
    • Guarigione di tre viandanti colti da altissime febbri. Plus tard, chemin faisant, le groupe rencontre trois malades. Ces derniers sont miraculeusement guéris par le Saint (fig.8).
    • Arrivo di Cerbone a Roma e Cerbone si presenta al cospetto del Papa. Arrivé aux portes de Rome, Cerbone, n’ayant aucun cadeau à offrir au Pape, fait venir vers lui un vol d’oies qui passait par là, ordonne aux volatiles de l’accompagner et en fait don au pape. Enfin informé de ses vertus surnaturelles, le pape, chose tout-à-fait exceptionnelle, le reçoit debout (fig.9).

  • Petit côté 2 :
    • Messa celebrata da Cerbone. La dernière scène (fig. 10) révèle la raison pour laquelle le Cerbone avait coutume de célébrer la messe aux premières heures du jour : pendant la messe matutinale de Cerbone, à laquelle le Pape a consenti à assister, une sublime mélodie se fait entendre venant d’un chœur d’anges, manifestant ainsi le signe de la bienveillance divine à l’égard du saint évêque. A partir de ce jour, Cerbone pourra dire sa messe à l’aube.

L’arche, malgré sa taille et sa matière, ressemble presque à une grande œuvre d’orfèvrerie : un soin particulier a été mis dans le raffinement de l’exécution et dans l’élégance des riches décorations qui encadrent non seulement ses extrémités et les marges des épisodes figurés mais pénètrent dans les scènes aux décors travaillés, à l’architecture très ouvragée, dans la polychromie qui se fait encore sentir.

L’utilisation de l’or et de la couleur n’était certainement pas d’une importance secondaire dans la poétique de Goro di Gregorio : presque toutes ses œuvres ayant survécu en conservent encore quelques fragments.

L’intuition très heureuse de comparer les reliefs en marbre de l’arche avec l’art de l’orfèvrerie remonte à Venturi – « les plus beaux ornements semblent ciselés par un orfèvre » [3] – une suggestion qui a ensuite été travaillée et argumentée par Enzo Carli, qui a indiqué comment les ornements de l’arche étaient « exécuté en très bas relief, avec une technique qui, si elle ne veut pas imiter délibérément celle du « champlevé », s’en inspire sans doute : et cette similitude devait être plus évidente encore lorsque que la polychromie vive n’avait pas encore disparu » Goro di Gregorio offre dans le dernier compartiment de l’arche un exemple virtuose de traduction dans le marbre de techniques et d’effets typiques de l’orfèvrerie en faisant imitant, sur l’autel où Cerbone et le pape Vigile célèbrent la messe, un véritable émail translucide.

Lecoq Anne-Marie, Bartalini Roberto, Blamoutier Nadine, « Du nouveau sur Goro di Gregorio », Revue de l’Art, 1990, no 87. pp. 42-51.

Notes

Notes
1 « En l’année du seigneur 1324, Maître Peruzzi, operaio de l’église a fait faire ce travail par Giro di Gregorio de Sienne. »
2 Aujourd’hui Livourne.
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