Domenico Beccafumi, « Cleopatra »

Domenico di Giacomo di Pace, ditMecarinoou Domenico Beccafumi (Sovicille, v. 1484 – Sienne, 1551)

Cleopatra (Cléopâtre), 1505-1506.

Possible élément de la tête d’un lit provenant d’une chambre noble, huile sur panneau, 77 x 44,7 cm.

Provenance inconnue.

Sienne, Palazzo Chigi Saracini, Collection Chigi-Saracini.

Dans un article consacré à la figuration de Cléopâtre en tant que figure allégorique [1]Marilena CACIORGNA, « Cleopatra », Marilena CACIORGNA, Roberto GUERRINI, La Virtù figurata. Eroi ed eroine dell’antichità nell’arte senese tra Medioevo e Rinascimento, Sienne, Protagon Editori Toscani-Fondazione Monte dei Paschi di Siena, 2003., Marilena Caciorgna évoque, parmi les sources possibles du thème iconographique, un poème de Boccace tiré de l’Amorosa Visione (1342-1343) (10, 55-69) :

Allora Marco Antonio quivi ritto
     Seguiva, e Cleopatra ancor con esso,
     Che in Cilicia fuggì senza rispitto
Ridottando Ottavian, perchè commesso
     Le parea forse aver sì fatta offesa,
     Che non sperava mai perdon da esso:
Ivi non potendo ella far difesa
     Al foco che l’ardeva forse il core,
     Di libidine e d’ira ond’era accesa,
A fuggir quello oltraggioso furore,
     Con due serpenti in una sepoltura
     Sofferse sostener mortal dolore:
E ancora quivi nella sua figura
     Pallida, si vedieno i due serpenti
     Alle sue zizze dar crudel morsura.

Puis Marc Antoine debout là
Suivait, et Cléopâtre toujours avec lui,
S’enfuit sans répit en Cilicie [2]Cicilie : ancienne province romaine située dans l’actuelle Turquie. C’est en Cicilie qu’Antoine et Cléopâtre s’enfuirent avant même la fin de la bataille d’Actium qui offrit la victoire à Octave.
Redoutant Octave, parce qu’il lui semblait.
Lui avoir tant fait offense
Qu’elle n’en pourrait jamais espérer le pardon.
Là, incapable de faire défense
Au feu qui lui brûlait le cœur,
Brûlant de convoitise et de colère,
Pour fuir cette fureur outrancière,
Avec deux serpents, dans un sépulcre,
Elle s’offrît à endurer une douleur mortelle.
Et c’est ainsi que sur sa figure
Pâle, on vit les deux serpents
Donner à son sein une morsure cruelle.

A Sienne, peu après la Cléopâtre et l’aspic peinte par Girolamo di Benvenuto, la reine égyptienne apparaît une nouvelle fois parmi les héroïnes d’une triade, œuvre du jeune Domenico Beccafumi dans laquelle le serpent perd cette fois-ci sa valeur emblématique, et devient un simple attribut. La figure de la reine d’Égypte, étonnante tant par sa beauté que par l’élégance aérienne des tissus de son vêtement flottant au gré d’un léger souffle, apparaît insensible à la morsure du reptile dont le mouvement est comme l’écho de celui du voile qui s’élève en volutes au-dessus de sa tête. Sur l’avant-bras droit de l’héroïne, « le serpent venimeux s’enroule en spirales qui, avec leurs cercles concentriques, semblent former un élégant bijou. La scène, configurée comme une idylle, est dépourvue de tout caractère dramatique. Cléopâtre observe le reptile avec une expression énigmatique, mais cependant empreinte de sérénité, et semble plus soucieuse de garder une pose gracieuse que terrifiée par une mort imminente. Même le paysage, par son aménité et ses tons indistincts, accentue le ton de vaghezza », ce flou d’une douceur vaporeuse qui embrasse l’œuvre jusqu’aux extrêmes lointains du paysage.

Cette figure de Cléopâtre est la dernière d’une série qui en comprend trois [3]Ce groupe de trois « femmes célèbres » constituaient probablement les trois panneaux d’un ensemble décoratif, une tête de lit ou un ornement mural destiné à une chambre., l’une des plus anciennes sur le thème de la fidélité dans le mariage, qui représentent trois héroïnes antiques et en sont le symbole. Il s’agit respectivement de Judith, d’Artémise et de la présente Cléopâtre. Leur réunion fait apparaître la continuité du paysage sur lequel se détachent les trois silhouettes féminines, venue confirmer leur appartenance à un ensemble que les péripéties de l’histoire ne sont heureusement pas parvenues à séparer. [4]Les trois héroïnes sont conservées de nos jours dans les collections du Palais Chigi Saracini, à Sienne.

Notes

Notes
1 Marilena CACIORGNA, « Cleopatra », Marilena CACIORGNA, Roberto GUERRINI, La Virtù figurata. Eroi ed eroine dell’antichità nell’arte senese tra Medioevo e Rinascimento, Sienne, Protagon Editori Toscani-Fondazione Monte dei Paschi di Siena, 2003.
2 Cicilie : ancienne province romaine située dans l’actuelle Turquie. C’est en Cicilie qu’Antoine et Cléopâtre s’enfuirent avant même la fin de la bataille d’Actium qui offrit la victoire à Octave.
3 Ce groupe de trois « femmes célèbres » constituaient probablement les trois panneaux d’un ensemble décoratif, une tête de lit ou un ornement mural destiné à une chambre.
4 Les trois héroïnes sont conservées de nos jours dans les collections du Palais Chigi Saracini, à Sienne.

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