Cléopâtre, personnage historique dont la légende s’est emparée de son vivant même, était reine d’Égypte. Sa beauté, en premier lieu, était légendaire [1]« C’était une femme d’une beauté surprenante et qui, se trouvant alors dans la fleur de la jeunesse, apparaissait dans tout son éclat ; elle possédait aussi la voix la plus douce et une façon de converser agréable à tout le monde. Elle était fascinante à voir comme à écouter, avec la force de subjuguer chacun, même un homme réticent à l’amour et s’éloignant de sa … Poursuivre. C’est grâce à cette arme redoutable, ainsi qu’à un stratagème raconté par Plutarque [2]César lui ayant demandé secrètement de revenir à la ville, Cléopâtre « partit sur-le-champ, et ne prit de tous ses amis que le seul Apollodore de Sicile ; elle se mit dans un petit bateau, et arriva de nuit devant le palais d’Alexandrie. Comme elle ne pouvait y entrer sans être reconnue, elle s’enveloppa dans un paquet de couvertures, qu’Apollodore lia avec une … Poursuivre, qu’elle « réussit à subjuguer César et, en une seule nuit, à transformer le proconsul romain au point de faire de ce juge sévère un fidèle allié. » [3]Marilena CACIORGNA, « Cleopatra : La seduttrice. Regina ambiziosa ; donna appassionata ; suicidio eroico », dans Marilena CACIORGNA, Roberto GUERRINI, La Virtù figurata. Eroi ed eroine dell’antichità nell’arte senese tra Medioevo e Rinascimento, Sienne, Protagon Editori Toscani-Fondazione Monte dei Paschi di Siena, 2003, pp. 125-135. Après l’assassinat de Jules César, Marc-Antoine s’éprend à son tour de la reine égyptienne. Défaits par Octave, qui deviendra bientôt César à son tour sous le nom d’Auguste, les deux amants se donnent la mort, par amour, dit la légende [4]L’histoire, sur ce point, est beaucoup moins affirmative.. Cette mort tragique n’a fait qu’ajouter à la part de romanesque dont sa vie est entourée. [5]La version de la mort de Cléopâtre donnée par l’historien Dion Cassius fait état de sa circonspection : « Personne ne sait au juste comment elle périt ; on ne trouva que de légères piqûres à son bras. Quelques-uns rapportent qu’elle y appliqua un aspic qui lui avait été apporté soit dans une aiguière, soit parmi des fleurs ; d’autres, qu’elle avait une … Poursuivre
La mort de Cléopâtre a exercé une influence forte et durable sur l’art de la Renaissance. Plutarque lui a consacré des pages d’un drame intense dans sa Vie d’Antoine. À partir du chapitre 25, cette vie d’Antoine devient, dans les faits, « la biographie d’un couple, Cléopâtre ayant presque autant d’importance : en effet, les chapitres 78-87 ne concernent plus Antoine, mais les derniers jours de la reine d’Égypte ».
Le suicide de l’héroïne a également été illustré par Girolamo di Benvenuto dans un panneau qui faisait anciennement partie de la collection Grassi, à Florence [6]Girolamo di Benvenuto, Cleopatra and the Asp. Collection privée (anciennement Sienne, Collection Chigi-Saraceni.. Au centre du tableau se dresse l’image de Cléopâtre, alors qu’elle est mortellement blessée à la poitrine par l’aspic. Dans le ciel, des nuages lugubres se rassemblent, comme pour annoter le triste événement. À côté de la figure, un panier en osier est rempli de fleurs. Si l’on passe en revue les nombreuses sources qui rendent compte du suicide de la reine, on constate que les témoignages qui décrivent le décès comme causé par un seul ou par une paire de colubers au sein sont nettement minoritaires. La version selon laquelle Cléopâtre aurait délibérément appliqué un ou deux serpents sur les veines d’un bras prévaut. La thèse la moins répandue pourrait dériver d’une tradition locale alexandrine.
Notes
| 1↑ | « C’était une femme d’une beauté surprenante et qui, se trouvant alors dans la fleur de la jeunesse, apparaissait dans tout son éclat ; elle possédait aussi la voix la plus douce et une façon de converser agréable à tout le monde. Elle était fascinante à voir comme à écouter, avec la force de subjuguer chacun, même un homme réticent à l’amour et s’éloignant de sa première jeunesse. C’est pourquoi elle pensa qu’elle était dans son rôle en rencontrant César, et elle comptait sur sa beauté pour faire prévaloir ses réclamations au trône. Elle demanda donc d’être admise devant lui et, ayant obtenu cette permission, elle se para et s’apprêta afin de lui apparaître à la fois sous une apparence à la fois majestueuse et à même de lui inspirer de la pitié. Quand elle fut fin prête, elle se rendit dans la ville, de nuit, sans que Ptolémée le sache, et entra dans le palais. César, en la voyant et en l’entendant dire quelques mots, fut captivé sur-le-champ, au point que, immédiatement avant aube, il envoya chercher Ptolémée et essaya de les réconcilier : alors qu’il pensait être son juge, il se faisait son avocat. » Dion Cassius, Histoire romaine, livre 51, 34,4 et 35,1, trad. franç. d’après E. GROS, Paris, Firmin-Didot Frères, 1865. |
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| 2↑ | César lui ayant demandé secrètement de revenir à la ville, Cléopâtre « partit sur-le-champ, et ne prit de tous ses amis que le seul Apollodore de Sicile ; elle se mit dans un petit bateau, et arriva de nuit devant le palais d’Alexandrie. Comme elle ne pouvait y entrer sans être reconnue, elle s’enveloppa dans un paquet de couvertures, qu’Apollodore lia avec une courroie, et qu’il fit entrer chez César par la porte même du palais. Cette ruse de Cléopâtre fut, dit-on, le premier appât auquel César fut pris ; il en conçut une idée favorable de son esprit, et, vaincu ensuite par sa douceur, par les grâces de sa conversation, il la réconcilia avec son frère, à condition qu’elle partagerait le trône. » PLUTARQUE, Vie de César, XLIX, 1-3, traduction D. Ricard (1830). |
| 3↑ | Marilena CACIORGNA, « Cleopatra : La seduttrice. Regina ambiziosa ; donna appassionata ; suicidio eroico », dans Marilena CACIORGNA, Roberto GUERRINI, La Virtù figurata. Eroi ed eroine dell’antichità nell’arte senese tra Medioevo e Rinascimento, Sienne, Protagon Editori Toscani-Fondazione Monte dei Paschi di Siena, 2003, pp. 125-135. |
| 4↑ | L’histoire, sur ce point, est beaucoup moins affirmative. |
| 5↑ | La version de la mort de Cléopâtre donnée par l’historien Dion Cassius fait état de sa circonspection : « Personne ne sait au juste comment elle périt ; on ne trouva que de légères piqûres à son bras. Quelques-uns rapportent qu’elle y appliqua un aspic qui lui avait été apporté soit dans une aiguière, soit parmi des fleurs ; d’autres, qu’elle avait une aiguille, avec laquelle elle relevait ses cheveux, enduite d’un venin, dont la subtilité était telle que, sans faire aucun mal au corps, si peu qu’il fût mis en contact avec le sang, il causait une mort prompte et exempte de douleur, aiguille qu’elle portait constamment à sa tête, suivant la coutume, et qu’alors, après s’être préalablement fait une piqûre, elle enfonça jusqu’au sang. Telle est la vérité, ou du moins ce qui en approche le plus, sur la manière dont elle périt avec ses deux femmes : car l’eunuque, dès que sa maîtresse fut saisie, s’était livré lui-même volontairement aux reptiles, et, mordu par eux, s’était élancé dans un cercueil qu’il s’était préparé. César, à la nouvelle de la mort de Cléopâtre, fut frappé de douleur ; il visita son corps, fit venir des remèdes et des Psylles, pour tâcher de la sauver. Les Psylles sont des hommes (il ne naît aucune femme Psylle) ; ils peuvent, sur le moment, avant qu’une personne soit morte, faire sortir par la succion tout le venin d’un reptile, sans eux-mêmes en éprouver aucun danger, attendu qu’aucun de ces animaux ne les mord. Ils naissent les uns des autres, et, pour éprouver la légitimité de leurs enfants, ils les lancent, aussitôt nés, au milieu de serpents, ou bien ils jettent leurs langes sur les serpents. Les reptiles ne font aucun mal à l’enfant et s’engourdissent au contact de ses vêtements. Voilà ce qui en est à cet égard. César, n’ayant pu par aucun moyen rappeler Cléopâtre à la vie, fut saisi d’admiration et de pitié pour elle, de douleur pour lui-même, comme s’il eût été par là privé de la plus belle partie de sa victoire. » DION CASSIUS, Histoire Romaine, livre 51, 145-149 (trad. franç. : E. GROS, Paris, Firmin-Didot Frères, 1865). |
| 6↑ | Girolamo di Benvenuto, Cleopatra and the Asp. Collection privée (anciennement Sienne, Collection Chigi-Saraceni. |
