
Domenico di Michelino (Florence, 1417 – 1491)
Dante con in mano la Divina Commedia (Dante tenant à la main la Divine Comédie), v. 1465.
Tempéra sur toile, 232 x 290 cm.
Inscriptions :
- (sur les pages du livre ouvert) : « NEL MEZZO DEL CHAMINO DI NOSTRA VITA MI RITROVAI PER VNA SELVA OSCVRA CHÉ LA DIRITTA VIA ERA SMARRITA // A QVANTA A DIR QVAL ERA E COSA DVRA ESTA SELVA SELVAGGIA E ASPRA E FORTE CHE NEL PENSIER RINOVA LA PAVRA » [1]« Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per una selva oscura / ché la diritta via era smarrita. / Ahi, quanto a dir qual era è cosa dura /esta selva selvaggia e aspra e forte / che nel pensier rinova la paura. » (« Au milieu du chemin de notre vie / je me retrouvai par une forêt obscure, / car la voie droite était perdue. Ah, dire ce qu’elle était est … Poursuivre
- (sur l’encadrement) : « Qui caelVm cecinit mediVmqVe imVmqVe tribVnal – Lustravitque animo cVncta poeta suo – DoctVs adest Dantes, sVa qVem Florentia saepe – sensit consiliis ac pietate patrem – Nil potVit tanto mors sava nocere poeta – QVem vivVm virtus, carmen, imago facit. » [2]Qui caelum cecinit, mediumque imumque tribunal, lustravitque animo cuncta poeta suo, doctus adest Dantes, sua quem Florentia saepe sensit consiliis ac pietate patrem. Nil potuit tanto mors sava nocere poeta quem vivum virtus, carmen, imago facit (« Dante, docte poète qui chantait le ciel et les deux tribunaux, au milieu et dans l’abîme, où les âmes sont jugées, examinant toute … Poursuivre
Provenance : In situ.
Florence, Cathédrale de Santa Maria del Fiore.
Peint par Domenico di Michelino, l’œuvre est l’une des plus célèbres de celles qui représentent Dante. Elle a presque certainement été commandée par l’Œuvre de Santa Maria del Fiore à l’occasion de la célébration, en 1465, du deuxième centenaire de son chef-d’œuvre. Ici, l’image peinte ne vise pas simplement à l’exaltation du personnage mais également à celle de la Divine Comédie, dont le poète couronné de laurier [3]Le laurier est symbole de sagesse et de gloire., debout au premier plan, présente le livre autour duquel émanent des rayons lumineux. Sur les pages ouvertes, on peut lire les premiers vers qui en constituent l’incipit : « Nel mezo del chamino di nostra vita mi ritrovai per una selva scvra […] ».
Derrière lui se développe un paysage allégorique dans lequel on identifie, de gauche à droite, l’Enfer, le Purgatoire, le Paradis et la ville de Florence. L’Enfer est séparé du monde par une très haute porte fortifiée, derrière laquelle un cortège de damnés conduit par des démons s’enfonce dans les profondeurs de la terre. Au plus centre du gouffre infernal, la figure monstrueuse de Lucifer, que Dante dépeint comme l’antithèse de Dieu, règne dans les ténèbres.
Dans le lointain d’une campagne dépeuplée, émerge l’îlot montagneux du Purgatoire. Les deux battants dorés de sa porte, devant laquelle un ange armé d’une épée monte la garde, sont hermétiquement clos face aux âmes qui espèrent humblement pouvoir y effectuer leur parcours de purification. Plus en arrière, les pénitents, chargés de leur fardeau, gravissent avec peine les sept corniches de la montagne où doivent être accomplies les pénitences pour le pardon des péchés capitaux, dans un ordre de gravité qui va décroissant, depuis les orgueilleux sur lesquels pèsent d’énormes rochers, jusqu’aux coupables de lubricité marchant sur le feu ; au-dessus du mur de feu apparaît le Paradis terrestre où se tiennent les figures d’Adam et Ève.
La coupole céleste ne comporte que huit des ciels du Paradis : parmi eux, de bas en haut, celui de la Lune, de Mercure, de Vénus, du Soleil, de Mars, de Jupiter et de Saturne, auxquels s’ajoute une toute petite partie du huitième ciel [4]Dans l’angle supérieur gauche, on aperçoit quelques unes des étoiles fixes du huitième ciel.. Au plus haut de ces sphères célestes, on devrait, selon la conception médiévale de l’univers, voir le Premier Mobile [5]La plus externe des sphères cosmiques tournant autour de la Terre selon le modèle géocentrique, cristallin et sans étoiles, celui qui insuffle leur rotation aux planètes en mouvement et l’Empyrée [6]Immobile, et siège des anges, lui-même divisé en neuf cercles. : faute de la surface nécessaire, le peintre nous laisse le soin de les imaginer hors champ.
Enfin, imposante malgré une évidente distorsion d’échelle, Florence, à qui Dante cependant tourne le dos, est célébrée en tant que patrie du poète [7]Le thème est également explicité dans la longue inscription qui court sur le cadre.. Protégés derrière de hautes murailles fortifiés, apparaissent le sommet de ses principaux édifices parmi lesquels on reconnaît, de gauche à droite, la tour du Bargello, le clocher de la Badia Fiorentina, et l’immense cathédrale de Santa Maria del Fiore, au-dessus laquelle se détache l’immense coupole de Brunelleschi, « si grande, élevée au-dessus du ciel, et assez large pour couvrir de son ombre tous les peuples de Toscane [8]Leon Battista Alberti, De la peinture. De pictura [1435] (préface, traduction et notes par Jean-Louis Schefer ; introduction par Sylvie Deswarte-Rosa), Paris, Macula, Dédale, coll. « La littérature artistique », 1992, p. 19 : dédicace à Filippo Brunelleschi de la version italienne rédigée en 1436, un an après la première version en latin. », et, plus à droite, le clocher de Giotto, autre merveille d’architecture et de sculpture. Derrière la Cathédrale, on peut encore apercevoir la tour du Palais de la Signoria et le clocher d’une église non identifiée.
Notes
| 1↑ | « Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per una selva oscura / ché la diritta via era smarrita. / Ahi, quanto a dir qual era è cosa dura /esta selva selvaggia e aspra e forte / che nel pensier rinova la paura. » (« Au milieu du chemin de notre vie / je me retrouvai par une forêt obscure, / car la voie droite était perdue. Ah, dire ce qu’elle était est chose dure, / cette forêt féroce et âpre et forte / qui ranime la peur dans la pensée ! »). Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, Enfer, I, 1-6, pp. 4-5, |
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| 2↑ | Qui caelum cecinit, mediumque imumque tribunal, lustravitque animo cuncta poeta suo, doctus adest Dantes, sua quem Florentia saepe sensit consiliis ac pietate patrem. Nil potuit tanto mors sava nocere poeta quem vivum virtus, carmen, imago facit (« Dante, docte poète qui chantait le ciel et les deux tribunaux, au milieu et dans l’abîme, où les âmes sont jugées, examinant toute chose, est présent ici, lui dont les conseils et l’amour paternels ont souvent fait l’expérience de sa Florence. Pas même la mort, si cruelle, ne saurait nuire au poète que rendent vivant la vertu, le poème et cette image. » |
| 3↑ | Le laurier est symbole de sagesse et de gloire. |
| 4↑ | Dans l’angle supérieur gauche, on aperçoit quelques unes des étoiles fixes du huitième ciel. |
| 5↑ | La plus externe des sphères cosmiques tournant autour de la Terre selon le modèle géocentrique, cristallin et sans étoiles, celui qui insuffle leur rotation aux planètes en mouvement |
| 6↑ | Immobile, et siège des anges, lui-même divisé en neuf cercles. |
| 7↑ | Le thème est également explicité dans la longue inscription qui court sur le cadre. |
| 8↑ | Leon Battista Alberti, De la peinture. De pictura [1435] (préface, traduction et notes par Jean-Louis Schefer ; introduction par Sylvie Deswarte-Rosa), Paris, Macula, Dédale, coll. « La littérature artistique », 1992, p. 19 : dédicace à Filippo Brunelleschi de la version italienne rédigée en 1436, un an après la première version en latin. |

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