
Andrea Mantegna (Isola di Carturo [Padoue], 1431 – Mantoue, 1506)
Samson and Delilah (Samson et Dalila), 1495.
Détrempe sur toile, 47 x 36,8 cm.
Inscription :
- « FOEMINA / DIABOLO TRIBUS / ASSIBVS EST / MALA PEIOR » [1]« La femme est trois fois plus diabolique que le diable lui-même. »
Provenance : peut-être à l’origine dans les appartements privés d’Isabelle d’Este au Palais ducal de Mantoue (?).
Londres, National Gallery.
L’œuvre est peinte en grisaille afin de simuler un camée, objet précieux couramment collectionné dans les cours érudites de la Renaissance, telle celle de Mantoue. Dalila coupe les cheveux de Samson alors que celui-ci dort d’un sommeil appesanti par l’ivresse, sous une vigne enserrant le tronc d’un puissant chêne et à proximité d’une fontaine, deux détails qui viennent, comme deux métaphores [2]À l’instar de Samson, le chêne est fragilisé et rendu vulnérable par un pied de vigne aux lourdes grappes venu s’enrouler autour de son tronc comme pour l’entraver, tandis que la fontaine dispense continuellement, et en abondance, son breuvage…, en souligner la cause : Dalila a enivré le héros pour accomplir sa forfaiture. La traîtrise de la courtisane dont il s’est épris [3]On note que le texte biblique de référence ne dit rien des sentiments de Dalila à son égard. conduira Samson à lui révéler le secret de sa force surhumaine : celle-ci, dit-il, réside dans son épaisse chevelure [4]« Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête car je suis nazir de Dieu dès le sein de ma mère ; si j’étais rasé, ma force m’abandonnerait, je deviendrais faible et je serais comme tous les autres hommes. » (Jg 16, 17).. Dalila sait dorénavant que c’est en perdant ses cheveux que Samson perdra également sa supériorité. Soudoyée par les Philistins, la voici qui profite traîtreusement du lourd sommeil qu’elle a provoqué chez son amant pour commettre l’irréparable et permettre sa capture par les Philistins [5]« Elle l’endormit sur ses genoux et, ayant appelé l’homme, elle fit raser les sept tresses de la tête de Samson, et commença à le dompter car aussitôt sa force se retira de lui. Et elle dit alors : Les Philistins sont sur toi, Samson ! Il se réveilla de son sommeil et dit : Je me tirerai d’affaires comme j’ai fait auparavant et je me dégagerai. Car il ne savait pas que … Poursuivre. Une précision que l’on trouve dans le texte du Livre des Juges (« il ne savait pas que YHWH s’était retiré de lui ») rend manifeste la méprise de Samson qui, confondant le signe de sa consécration à Dieu, et l’origine de sa force surhumaine, semble ignorer que cette force, précisément, provient de l’action de Dieu. Car il est consacré à Dieu depuis sa naissance, bien qu’il ne cesse de déroger aux règles de vie des nazirs [6]Dans l’Ancien Testament, les nazirs étaient des jeunes hommes et des jeunes femmes choisis par Dieu pour lui être « consacrés », selon l’étymologie du mot. Dans le Livre des Nombres (Nb 6), on apprend que le nazir s’abstient toujours de consommer des boissons fermentées, de toucher des corps morts et de couper ses cheveux. auxquelles il est soumis.
Le personnage de Dalila a souvent été utilisé dans les arts figuratifs comme un symbole de la trahison, sinon comme un avertissement lancé à la gent masculine envisagée comme la proie potentielle des « ruses féminines ». Le présent tableau s’inscrit d’autant mieux dans cette logique qu’il était associé, à l’origine, à un second de format et de technique identiques, Judith with the Head of Holofernes (Dublin, National Gallery of Ireland), également peint en grisaille et imitant un camée, auquel il faisait vraisemblablement pendant.
Notes
| 1↑ | « La femme est trois fois plus diabolique que le diable lui-même. » |
|---|---|
| 2↑ | À l’instar de Samson, le chêne est fragilisé et rendu vulnérable par un pied de vigne aux lourdes grappes venu s’enrouler autour de son tronc comme pour l’entraver, tandis que la fontaine dispense continuellement, et en abondance, son breuvage… |
| 3↑ | On note que le texte biblique de référence ne dit rien des sentiments de Dalila à son égard. |
| 4↑ | « Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête car je suis nazir de Dieu dès le sein de ma mère ; si j’étais rasé, ma force m’abandonnerait, je deviendrais faible et je serais comme tous les autres hommes. » (Jg 16, 17). |
| 5↑ | « Elle l’endormit sur ses genoux et, ayant appelé l’homme, elle fit raser les sept tresses de la tête de Samson, et commença à le dompter car aussitôt sa force se retira de lui. Et elle dit alors : Les Philistins sont sur toi, Samson ! Il se réveilla de son sommeil et dit : Je me tirerai d’affaires comme j’ai fait auparavant et je me dégagerai. Car il ne savait pas que YHWH s’était retiré de lui. Les Philistins le saisirent et lui crevèrent aussitôt les yeux. » (Jg 16, 19). |
| 6↑ | Dans l’Ancien Testament, les nazirs étaient des jeunes hommes et des jeunes femmes choisis par Dieu pour lui être « consacrés », selon l’étymologie du mot. Dans le Livre des Nombres (Nb 6), on apprend que le nazir s’abstient toujours de consommer des boissons fermentées, de toucher des corps morts et de couper ses cheveux. |

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