
Giotto di Bondone (Vespignano del Mugello [1]Aujourd’hui frazione de Vicchio, près de Florence., v. 1267 – Florence, 1337) et Taddeo Gaddi (Florence, v. 1290 ? – 1366)
God the Father with Angels (Le Père éternel avec des anges), vers 1328.
Cuspide du polyptyque Baroncelli (volet central), tempéra sur panneau, 71,4 x 75,2 cm.
Provenance : église de Santa Croce (chapelle Baroncelli), Florence.
San Diego (USA), The San Diego Museum of Art.
Au centre du panneau au format triangulaire apparaît la figure de Dieu tenant contre sa poitrine le livre ouvert sur l’alpha et l’oméga, symboles du commencement et de la fin, qui résument l’immensité de sa divinité et de sa puissance, et que parachèvent une épée dans sa main droite et une branche de l’arbre de vie dans la gauche. Au-dessous se trouvent des anges qui, selon les termes de Federico Zeri, « se dirigent à la vitesse de l’éclair vers ce qui, dans la partie centrale et supérieure de la figuration, brille d’un éclat irrésistible au point d’être insupportable même pour des êtres de pur esprit » : de fait, ces anges qui approchent la figure de l’Éternel sont contraints de se protéger de l’éblouissante lumière divine en faisant un écran de leurs mains ou, très curieusement, en protégeant leur yeux à l’aide d’étranges instruments aux allures de filtres en verre fumé. Zeri renvoie l’exécution des anges non pas à Giotto, mais à Taddeo Gaddi (c. 1300 – 1366). Le polyptyque Baroncelli d’où provient ce gâble est une œuvre assez problématique : sa datation et, surtout, l’ampleur des interventions de Giotto sur le polyptyque ont longtemps fait l’objet de débats entre ceux qui considéraient l’œuvre, dans son intégralité, comme de la main du maître toscan, et ceux qui ont au contraire émis l’hypothèse d’une intervention plus ou moins importante de son élève. Si le débat sur la datation du retable a été tranché en situant son exécution à l’époque de la construction de la chapelle Baroncelli (vers 1328), il a été plus compliqué d’identifier les mains autres que celles de Giotto dans l’exécution de l’œuvre, une œuvre qui représente l’un des sommets de la production de l’artiste.
Identifié en 1957 comme un fragment du Polyptyque Baroncelli par Federico Zeri [2]Federico ZERI, « Due appunti su Giotto », dans Paragone, VIII, 85 (janvier 1957), pp. 75-87 (rééd. dans Giorno per giorno nella pittura, Scritti sull’arte toscana dal Trecento al primo Cinquecento, Turin, Umberto Allemandi, 1991, pp. 9-16)., cette figure du Père éternel avait déjà été reconnue une vingtaine d’année plus tôt comme une œuvre de Giotto par Lionello Venturi, qui l’attribuait toutefois à la période padouane de l’artiste (c’est-à-dire entre 1303 et 1309) sans en indiquer la provenance exacte. Zeri observa que la forme et les dimensions du fragment interdisaient qu’il puisse s’agir de la pointe d’un panneau isolé. En outre, il nota dans la partie inférieure de la peinture, la présence du sommet d’un triangle, suggérant que la figure pouvait constituer le sommet du dossier d’un trône. Le trône, selon Zeri, ne pouvait être compatible qu’avec deux sujets : une Vierge à l’Enfant trônant ou un Couronnement de la Vierge, ce qui réduisait considérablement le cercle des ensembles plus importants auxquels le fragment pouvait être associé. Un examen attentif du panneau central du polyptyque de Baroncelli fit apparaître que les petits arcs qui décorent les bords du compartiment coïncidaient avec ceux qui ornent le rebord de la cuspide. Le bandeau décoratif qui court à l’extérieur de ces petits arcs est lui aussi identique, de même que l’ornementation des corbeaux des petits arcs. Ainsi, il est évident que le triangle de la cuspide correspond au trône de la scène centrale du polyptyque Baroncelli, où est précisément représenté le couronnement de la Vierge. Tous ces éléments ont conduit à une identification aujourd’hui acceptée par tous les critiques [3]L’exposition Giotto. L’Italia, da Assisi a Milano (Milan, 2 septembre 2015 – 10 janvier 2016), où étaient présentés une douzaine d’œuvres de Giotto peintes sur bois, a donné l’occasion de contempler le polyptyque et la cuspide exceptionnellement réunis..
Notes
| 1↑ | Aujourd’hui frazione de Vicchio, près de Florence. |
|---|---|
| 2↑ | Federico ZERI, « Due appunti su Giotto », dans Paragone, VIII, 85 (janvier 1957), pp. 75-87 (rééd. dans Giorno per giorno nella pittura, Scritti sull’arte toscana dal Trecento al primo Cinquecento, Turin, Umberto Allemandi, 1991, pp. 9-16). |
| 3↑ | L’exposition Giotto. L’Italia, da Assisi a Milano (Milan, 2 septembre 2015 – 10 janvier 2016), où étaient présentés une douzaine d’œuvres de Giotto peintes sur bois, a donné l’occasion de contempler le polyptyque et la cuspide exceptionnellement réunis. |




Vous devez être connecté pour poster un commentaire.