‘Il Sodoma’, « The Fall of Phaeton »

Antonio Bazzi dit ‘Il Sodoma’ (Vercelli, 1477 – Sienne, 1549)

The Fall of Phaeton (La chute de Phaéton), v. 1507.

Huile sur toile, 64,1 x 56,8 cm.

Provenance : Palazzo Chigi nel Casato [1]D’origine médiévale, le Palais Chigi nel Casato, propriété de la famille Chigi, fut rénové à la fin du XVe siècle, à l’occasion du mariage de Sigismondo Chigi avec Sulpicia Peruzzi, fille de Pandolfo, qui eut lieu le 31 mars 1507. Pour célébrer cet événement, Sodoma intervint en peignant quelques toiles de petit format destinées à un plafond à caisson, et Barili exécuta … Poursuivre, Sienne.

Worcester (Mass.), Worcester Art Museum.

Le format proche du carré de la toile permet de concentrer la scène au sein d’une composition visant à produire elle-même un mouvement véritablement circulaire [2]En physique, on appelle mouvement circulaire le déplacement d’un objet le long de la circonférence d’un cercle, ou sa rotation le long d’un arc de cercle. Ce mouvement peut être uniforme, avec une vitesse de rotation constante, ou non uniforme, avec une vitesse de rotation variable.. Par ce stratagème, le récit est lisible en partant du haut de l’image : dans le ciel, apparaît le char d’Hélios, tiré par quatre chevaux. Phaéton, qui les conduisait un instant auparavant, est en train de chuter la tête la première. Prolongeant son déplacement dans le sens des aiguilles d’une montre, le regard se pose maintenant, plus à droite, sur un groupe de figures féminines dont l’attitude vise à exprimer leur affliction face au spectacle dont elles sont les témoins. Autour d’elles émergent de curieuses branches d’arbre. Plus bas, au centre, agenouillée au sol, les bras levés au ciel et semblant hurler, une jeune femme manifeste elle aussi son épouvante. Achevant un parcours circulaire, nous voici maintenant face à une figure hybride, mi-homme et mi-cygne. Nous verrons que cette composition circulaire, qui invite à réitérer un mouvement circulaire permanent, est loin d’être fortuit dans le contexte du mythe dont le ‘Sodoma’ se fait ici le narrateur.

Ce mythe raconte l’histoire de Phaéton, fils d’Hélios et de Clymène. Désireux de conduire le char de son père, le jeune intrépide finit par obtenir satisfaction après beaucoup d’insistance auprès du dieu du Soleil. Mais lorsque les chevaux se rendirent compte que le jeune homme était incapable de les domestiquer [3]La vue des animaux figurant le signe du Zodiaque fit peur à Phaéton, et c’est ainsi qu’il dévia de la trajectoire tracée par son père. On notera que le souci du détail de Sodoma l’invite à représenter un scorpion dans le coin droit en haut de la toile, comme symbole du Zodiaque., ils se mettent à piaffer, menaçant de s’écraser sur la terre avec le soleil entier, et ainsi de la détruire par le feu. Jupiter frappe alors Phaéton de la foudre, laquelle le projette hors du char avant de le précipiter dans le fleuve Éridan [4]Dans la mythologie grecque, l’Éridan est un dieu fleuve le plus souvent identifié au Pô, parfois au Rhône ou encore au Rhin.. Les sœurs de Phaéton (les trois Héliades, Églé, Lampetia et Phaéthuse), en proie aux pleurs et au chagrin sont transformées en peupliers [5]« Le deuil des sœurs de Phaéthon pouvait seul égaler le deuil de leur mère [Climène]. Gémissantes et frappant leur sein, elles remplissent l’air de cris superflus et de plaintes que leur frère ne peut plus entendre. Nuit et jour elles l’appellent, et restent penchées sur son tombeau. Déjà Phébé avait quatre fois renouvelé son croissant, elles pleuraient encore (car … Poursuivre à la suite de cet événement. [6]Apollonios de Rhodes évoque l’épisode à l’occasion du retour des Argonautes : « Mais le navire était entraîné bien en avant par sa voile, et ils se jetèrent jusqu’au fond du cours de l’Éridan : c’est là qu’autrefois, frappé au cœur par la foudre ardente, Phaéthon (Φαέθων) tomba à demi consumé du char d’Hélios dans … Poursuivre

Le bruissement des feuilles de peupliers noirs [7]« […] on raconte que Cycnus, touché du malheur de son cher Phaéton, pleurait son ami sous le feuillage ombreux des peupliers ses sœurs, et charmait par ses chants ses tristes amours. » Virgile, Enéide, 10, 190. qui le bordent est comparé aux pleurs des sœurs de la divinité déchue, les Héliades, et leurs larmes à l’ambre [8]« Je m’élèverais au-dessus des flots de la mer Adriatique et des eaux de l’Éridan, où les trois sœurs infortunées de Phaéton, pleurant son imprudence, versent des larmes d’ambre transparent, dans les ondes pourprées de leur père ! »  Euripide, Hippolyte, 735 et suiv. qu’il charrie. C’est dans ses marais que la tradition hésiodique fait naître le cygne, oiseau fuyant les cieux, par transfiguration du demi-frère de Phaéton roi de Ligurie, Cycnos [9]Dans la mythologie grecque, Cycnos (grec anc. Kúknos, « le cygne »), fils de Sthénélos et de l’Océanide Clymène, est roi de Ligurie après son père. Demi-frère de Phaéton par sa mère, et très attaché à lui, il abandonna son royaume pour aller le pleurer sur les bords de l’Éridan lorsqu’il apprit … Poursuivre, homonyme d’un fils de Pyrène, blanchi par le chagrin [10]HyginFables, CLIV..

Martin Davies, European Paintings in the Collection of the Worcester Art Museum, Worcester, 1974, pp. 459-462.

Notes

Notes
1 D’origine médiévale, le Palais Chigi nel Casato, propriété de la famille Chigi, fut rénové à la fin du XVe siècle, à l’occasion du mariage de Sigismondo Chigi avec Sulpicia Peruzzi, fille de Pandolfo, qui eut lieu le 31 mars 1507. Pour célébrer cet événement, Sodoma intervint en peignant quelques toiles de petit format destinées à un plafond à caisson, et Barili exécuta quelques sculptures en bois. C’est dans cette demeure que naquit Fabio Chigi (1599-1667), qui monta plus tard sur le trône papal sous le nom d’Alexandre VII.
2 En physique, on appelle mouvement circulaire le déplacement d’un objet le long de la circonférence d’un cercle, ou sa rotation le long d’un arc de cercle. Ce mouvement peut être uniforme, avec une vitesse de rotation constante, ou non uniforme, avec une vitesse de rotation variable.
3 La vue des animaux figurant le signe du Zodiaque fit peur à Phaéton, et c’est ainsi qu’il dévia de la trajectoire tracée par son père. On notera que le souci du détail de Sodoma l’invite à représenter un scorpion dans le coin droit en haut de la toile, comme symbole du Zodiaque.
4 Dans la mythologie grecque, l’Éridan est un dieu fleuve le plus souvent identifié au Pô, parfois au Rhône ou encore au Rhin.
5 « Le deuil des sœurs de Phaéthon pouvait seul égaler le deuil de leur mère [Climène]. Gémissantes et frappant leur sein, elles remplissent l’air de cris superflus et de plaintes que leur frère ne peut plus entendre. Nuit et jour elles l’appellent, et restent penchées sur son tombeau. Déjà Phébé avait quatre fois renouvelé son croissant, elles pleuraient encore (car leur douleur était devenue une longue habitude). Un jour que Phaéthuse, l’aînée des Héliades, venait de se prosterner au pied du tombeau, elle se plaignit que ses pieds se raidissaient. La belle Lampétie, qui s’élançait pour la secourir, se trouve arrêtée par des racines naissantes. La troisième veut s’arracher les cheveux, et ce sont des feuilles qui remplissent ses mains. L’une s’écrie que son corps devient un arbre, l’autre, que ses bras s’étendent en rameaux ; et tandis que ce prodige les étonne, une écorce légère les embrasse, et montant par degrés, emprisonne leurs cœurs, leur sein, leurs épaules, leurs bras. Leur bouche encore libre, appelait, invoquait leur mère. Mais que peut-elle, hélas ! que courir, de l’une à l’autre, et les embrasser dans son désespoir. Vainement essaie-t-elle de les débarrasser de l’écorce qui les couvre. Elle rompt les tendres rameaux qui s’attachaient à leurs bras ; mais des gouttes de sang en sortent comme d’une blessure : « Ô ma mère, arrêtez, s’écrie chacune de celles qu’elle a touchées, arrêtez ! épargnez-nous ! En blessant ces rameaux, c’est notre corps que vous déchirez. Adieu ! c’en est fait, adieu »… et l’écorce, s’élevant au-dessus de leurs têtes, presse et retient leurs paroles captives.
Mais, sous des formes nouvelles, leurs larmes coulent encore ; durcies par le soleil, elles distillent en ambre de leurs rameaux naissants, et tombent dans l’Eridan rapide, qui les recueille pour en parer les dames du Latium. » OVIDE, Les Métamorphoses, II, 342-365.
6 Apollonios de Rhodes évoque l’épisode à l’occasion du retour des Argonautes : « Mais le navire était entraîné bien en avant par sa voile, et ils se jetèrent jusqu’au fond du cours de l’Éridan : c’est là qu’autrefois, frappé au cœur par la foudre ardente, Phaéthon (Φαέθων) tomba à demi consumé du char d’Hélios dans l’estuaire, vaste comme un étang, du fleuve profond ; et, maintenant encore, le fleuve exhale une lourde fumée qui provient de la blessure enflammée. Au-dessus de ces eaux, aucun oiseau ne peut étendre ses ailes légères et planer : mais son vol le précipite au milieu de l’abîme incandescent. Aux alentours, les jeunes Héliades (filles du Soleil), enfermées dans de hauts peupliers noirs, gémissent, les misérables ! Plaintives sont les lamentations de leur deuil ; de leurs paupières se répandent et coulent vers la terre des gouttes transparentes d’ambre, qui sont séchées par le soleil sur le sable. Mais, quand l’abîme noir se gonfle et inonde le rivage, sous l’action du vent retentissant, alors tout ce qui se trouve sur le rivage est roulé dans l’Éridan par les eaux en fureur. » Apollonios dit que Phaéthon est tombé du char d’Hélios mais sans préciser qu’il s’agit de son fils. » Apollonios de Rhodes (vers 295 – vers 215 av. notre ère), Argonautiques, 592 sqq. https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fremacle.org%2Fbloodwolf%2Fpoetes%2Fapollonius%2Fargo4.htm#federation=archive.wikiwix.com&tab=url
7 « […] on raconte que Cycnus, touché du malheur de son cher Phaéton, pleurait son ami sous le feuillage ombreux des peupliers ses sœurs, et charmait par ses chants ses tristes amours. » Virgile, Enéide, 10, 190.
8 « Je m’élèverais au-dessus des flots de la mer Adriatique et des eaux de l’Éridan, où les trois sœurs infortunées de Phaéton, pleurant son imprudence, versent des larmes d’ambre transparent, dans les ondes pourprées de leur père ! »  Euripide, Hippolyte, 735 et suiv.
9 Dans la mythologie grecque, Cycnos (grec anc. Kúknos, « le cygne »), fils de Sthénélos et de l’Océanide Clymène, est roi de Ligurie après son père. Demi-frère de Phaéton par sa mère, et très attaché à lui, il abandonna son royaume pour aller le pleurer sur les bords de l’Éridan lorsqu’il apprit la nouvelle de sa mort. Tout le jour, et souvent la nuit, il allait dans la solitude, le long du fleuve, exhalant ses plaintes par des chants mélancoliques auxquels se mêlaient le doux clapotement des eaux et le frémissement des peupliers (les Héliades, sœurs de Phaéton, métamorphosées). Il parvint à la vieillesse sans pouvoir se consoler. Les dieux eurent pitié de lui : ils changèrent en plumes ses cheveux blancs et le métamorphosèrent en cygne. Sous cette forme, Cycnos se souvient encore de la foudre de Zeus qui a fait périr son demi-frère : il pousse encore de tristes plaintes, n’ose prendre son essor, rase la terre et habite l’élément le plus contraire au feu.
10 HyginFables, CLIV.

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