La bataille de Colle, chantée par Dante [1]Purgatoire, Chant XIII et suiv., eut lieu le 17 juin 1269 à Colle di Val d’Elsa entre les troupes gibelines de Sienne et celles, guelfes, de Charles d’Anjou et de Florence. Ce jour-là, les troupes guelfes de Florence, menées par Jean Britaud de Nangis [2]Jean Britaud (…, première moitié du XIIIe s. – …, 1278) : fils de Henri Britaud et de son épouse Ermengarde de Bolegny. À la mort de son père, il devient seigneur de Nangis. C’est auprès du roi de France qu’il prend son essor. Vers 1260, il est nommé panetier de France par Saint Louis. Quelques années plus tard, il rejoint l’armée du Charles … Poursuivre, légat de Charles d’Anjou, venu en renfort avec un contingent de chevaliers, et les troupes gibelines de Sienne, commandées par Provenzan Salvani et le podestat Guido Novello, s’affrontèrent lors d’une bataille sanglante dans la plaine près de Colle val d’Elsa. [3]Le Val d’Elsa, région riche et peuplée depuis des siècles, était l’une des zones frontalières entre les deux États, traversée par l’importante Via Francigena, et Colle était devenu un avant-poste florentin, au grand dam des Siennois.
Début juin, les troupes gibelines, comprenant plusieurs exilés florentins, soit 1 400 chevaliers et 8 000 fantassins, s’étaient positionnées près de Colle, campant sur le plateau de Badia, à proximité de l’abbaye de San Salvatore a Spugna. Le 16 juin, les Guelfes, bien moins nombreux, arrivèrent : huit cents chevaliers et plusieurs centaines de fantassins. Leur commandant, Jean Britaud de’ Nangis, conscient de son infériorité numérique, eut recours à une ruse : le lendemain, il attaquerait l’ennemi, et aussitôt après, un contingent de citoyens de Colle attaquerait l’armée gibeline par derrière. L’effet de surprise fut garanti : les Siennois, croyant être attaqués par des troupes plus nombreuses et une armée plus nombreuse, se dispersèrent et furent rapidement submergés. La bataille fut brève mais sanglante, et Provenzano Salvani lui-même fut décapité sur le champ de bataille par le noble siennois Cavolino dei Tolomei, qui, avec d’autres représentants de l’élite bancaire et commerciale de Sienne, avait pris le parti des Guelfes par intérêt personnel. La tête de Provenzano Salvani fut plantée sur une pique – une pratique macabre mais courante dans les guerres antiques pour démontrer la puissance du vainqueur et effrayer les adversaires potentiels – et promenée sur le champ de bataille comme un trophée. [4]La légende populaire raconte que cet acte brutal était motivé par une vengeance amoureuse : une noble siennoise, Sapia Salvani, veuve de Ghinibaldo di Seracino, seigneur de Castiglioncello et tante de Provenzano, tomba amoureuse de son neveu et, ayant été rejetée par lui, voulut se venger en incitant Cavolino à punir l’offense. La victoire de Colle fut, en un sens, la revanche des Florentins après la défaite tragique de Montaperti, qui marqua le début du déclin de Sienne et le prélude à l’expansionnisme florentin en Toscane. Il convient également de rappeler qu’après la bataille de Bénévent (26 février 1266), où l’armée impériale de Manfred, fils de Frédéric II, fut vaincue par les troupes de Charles d’Anjou, allié du pape, les Gibelins furent systématiquement submergés par les Guelfes.
Notes
| 1↑ | Purgatoire, Chant XIII et suiv. |
|---|---|
| 2↑ | Jean Britaud (…, première moitié du XIIIe s. – …, 1278) : fils de Henri Britaud et de son épouse Ermengarde de Bolegny. À la mort de son père, il devient seigneur de Nangis. C’est auprès du roi de France qu’il prend son essor. Vers 1260, il est nommé panetier de France par Saint Louis. Quelques années plus tard, il rejoint l’armée du Charles d’Anjou, frère du roi, pour chasser définitivement les Hohenstaufen du royaume de Sicile.
Une fois le roi Manfred de Hohenstaufen vaincu lors de la bataille de Bénévent, Charles d’Anjou prend possession du royaume et le nomme connétable de Sicile, un des postes militaires les plus importants en tant que détenteur du commandement des forces armées. Il participe ensuite à la bataille de Tagliacozzo puis au procès à Naples de Conradin, dernier représentant légitime des Hohenstaufen, dont il s’occupe par la suite du testament. Charles d’Anjou lui confie alors le poste de vicaire de Toscane afin de maîtriser les gibelins de la région. Il se distingue à la bataille de Colle dans laquelle, malgré une infériorité numérique, il inflige une très dure défaite aux gibelins siennois. Le chroniqueur florentin Giovanni Villani le nomme dans sa Chronique sous le nom de Giambertoldo, réunissant en un seul mot son prénom et son nom. Durant ses activités en Toscane, il prend à son service Brunetto Latini, maître de Dante Alighieri. En mars 1270, il est rappelé en France et Guy de Montfort est nommé vicaire à sa place. Entre-temps, Charles d’Anjou a préparé le soutien de la huitième croisade, contre Tunis, organisée par son frère le roi Louis IX. Jean Britaud fait partie de la suite de ce roi. À son retour de croisade, il retourne en France et en 1272, il est chargé de recueillir l’héritage d’Alphonse de Poitier comte de Poitou (*), frère de Charles. (*) Alphonse de Poitiers (Poissy, 1220 – Tarquinia, 1271) : prince de sang royal, frère du roi Saint Louis, il reçoit le comté de Poitou en apanage lors de son adoubement (cérémonie par laquelle une personne est élevée au rang de chevalier) en 1241. Faute d’héritiers, l’apanage retombe dans le domaine royal à sa mort. |
| 3↑ | Le Val d’Elsa, région riche et peuplée depuis des siècles, était l’une des zones frontalières entre les deux États, traversée par l’importante Via Francigena, et Colle était devenu un avant-poste florentin, au grand dam des Siennois. |
| 4↑ | La légende populaire raconte que cet acte brutal était motivé par une vengeance amoureuse : une noble siennoise, Sapia Salvani, veuve de Ghinibaldo di Seracino, seigneur de Castiglioncello et tante de Provenzano, tomba amoureuse de son neveu et, ayant été rejetée par lui, voulut se venger en incitant Cavolino à punir l’offense. |
