Pittore senese del XIV secolo, « Agostino, Giovanni Battista, Santo Vescovo, Nicola da Tolentino »

Peintre siennois anonyme du XIVe s.

Agostino, Giovanni Battista, Santo Vescovo, Nicola da Tolentino (Augustin, Jean Baptiste, un saint évêque, Nicolas de Tolentino), 1374. [1]La daté et le nom des commanditaires est inscrit dans un bandeau, sous la fresque. Voir note 4.

Fresque. 

Inscriptions :

  • (phylactère d’Augustin) : « VULNERASTI COR MEUM DE CARITATE TUA » [2]« Vulnerasti cor meum de caritate tua » (« Tu as blessé mon cœur par ta charité »). La formule « Vulnerasti cor meum » (« Tu as blessé mon cœur ») est la plus classique des métaphores amoureuses, ainsi que de l’une des phrases les plus célèbres, du Cantique des Cantiques, peut-être le plus grand poème d’amour de … Poursuivre
  • (sur le phylactère tenu par Jean Baptiste) : « ECCE AGNUS DEI ECCE QUI TOLLIT PECCATA MU(N)DI » [3]« Ecce agnus dei ecce qui tollit peccata mundi » (« Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde »). Jn 1, 29-30.
  • (dans le bandeau sous la fresque) : « HOC OPUS FECIT FIERI DOMINUS COLUS MUSSCHE ET DE CHOMITIBUS DEPISIS ET MARIANUS DOMINI NICOLAI DOMINI GUIDONIS DE SARACENIS DE SENIS SUB ANNO DOMINI M.CCC.LXXIIII DI II DI SETTEMBRE » [4]« Hoc opus fecit fieri dominus Colus Mussche et Comitibus de Pisis Marianus domini Nicolai domini Guidonis de Saracenis de SENIS sub anno domini M.CCC.LXXIIII di II di settembre » (« Cette œuvre a été réalisée à la demande du seigneur Colus del Mosca, de Comitibus, de Pise, et du comte Niccolò di Guido Saracini (*), de Sienne, l’année de Notre Seigneur 1374, le 2 … Poursuivre

Provenance : In situ

Sienne, eremo di Lecceto, église du San Salvatore, cloître des Beati.

Si l’auteur de cette fresque demeure inconnu [5]L’historienne de l’art Narcisa Fargnoli a émis l’hypothèse (*) que cette fresque, et d’autres parmi celles qui ornent le cloître intérieur de l’ermitage, a pu être exécutée par un moine vivant dans ce lieu. (*) Narcisa FARGNOLI, « La chiesa di San Salvatore nel trecento », dans Cecilia ALESSI et al. (éd.), Lecceto e gli eremi agostiniani in terra di Siena, Milan, Amilcare … Poursuivre, les commanditaires, Colus del Mosca et Niccolò di Guido Saracini [6]Voir note 4., sont mentionnés dans l’inscription qui court dans un bandeau horizontal sous la fresque. Les liens qui ont pu exister entre le noble pisan et la famille Saracini n’ont pas été élucidés, mais on peut inférer qu’ils ne furent certainement pas occasionnels, car ils ont permis de déterminer la commande conjointe d’une fresque à Lecceto, où l’on peut supposer que Cola del Mosca avait également trouvé refuge pour échapper à la peste, laquelle, selon les chroniques de l’époque, avait touché toutes les villes de Toscane, y compris Pise.

L’iconographie de l’œuvre est particulièrement intéressante pour ses liens avec la peste. Selon la chronique de Donato di Neri, le fléau venait de prendre fin lorsque la fresque fut achevée 69. La petite figure du jeune homme que l’on voit agenouillé en prière entre Augustin et le Baptiste représente probablement l’un de ces deux mécènes. Sa tête est couverte d’une cuculle, vêtement à capuche de style monastique, sur les bords duquel se répète l’inscription « mio mio mio », dont la signification, peut-être attribuable à un acrostiche [7]​​Acrostiche : texte poétique dont les premières lettres de chaque vers forment un mot lorsqu’on les lit à la verticale. Ce mot peut être le sujet du poème, le nom de l’auteur ou encore de la personne à laquelle il est destiné. L’acrostiche peut aussi être utilisé si l’on veut cacher un message dans un poème., est obscure. Le premier des quatre saints représentés est saint Nicolas de Tolentino, qui à l’époque de la fresque n’était pas encore canonisé, mais dont le culte remontait aux premières décennies du siècle. 71 Outre le lien avec le nom de l’illustre Niccolò Saracini, on peut également noter le lien avec la peste, contre laquelle saint Nicolas de Tolentino était considéré

Les archives de l’ermitage de Lecceto ayant été détruites en 1555, lors de la guerre de Sienne, l’auteur de cette fresque votive, datée de 1374 (inscriptions relatives aux donateurs dans la bordure inférieure [8]Voir note 4.), est probablement condamné à demeurer dans l’anonymat. [9]Narcisa Fargnoli, « La chiesa di San Salvatore nel trecento », dans Cecilia Alessi et al. (éd.), Lecceto e gli eremi agostiniani in terra di Siena, Milan, Amilcare Pizzi-Monte dei Paschi di Siena, 1990, pp. 194-195. Augustin d’Hippone y est représenté aux côtés de Jean Baptiste, d’un saint évêque non identifié et de Nicolas de Tolentino.

Augustin, représenté en extase, selon une iconographie jusque-là inconnue en Toscane [10]« Chronologiquement, l’iconographie de l’Extase d’Augustin apparaît […] en Toscane, dans la nef […] de l’église des Ermites de San Salvatore à Lecceto […]. » Donal COOPER, « St Augustine’s Ecstasy before the Trinity in the Art of the Hermits, c. 1360-c. 1440 », dans Louise BOURDUA et Anne DUNLOP (éd.), Art and the Augustinian Order in … Poursuivre, porte l’habit noir des Ermites sous sa chape, laquelle présente une ouverture à permettant de révéler une blessure sanglante à la poitrine. [11]Ibid., p. 208 n. 74. Le sommet de la fresque, y compris la tête de saint Augustin, a été perdu lors de la construction d’une tribune d’orgue sur la contre-façade au XVIIe siècle. Cependant, d’anciennes descriptions du XVIe siècle font état de la présence d’un Salvatore (Sauveur), aujourd’hui disparu, au-dessus de la tête du saint, mais dont la position originale est signalée par les trois rayons descendant vers le Docteur des docteurs de l’Eglise afin de le frapper au cœur. [12]« Il est impossible de dire si le sujet de la vision d’Augustin dans la fresque de Lecceto était une représentation de la Trinité ou du Christ seul, comme le suggérerait une lecture stricte de « Salvatore », mais six ans plus tard, le peintre siennois Francesco di Vannuccio a représenté Augustin et la même inscription dans une scène de Crucifixion sans référence … Poursuivre Augustin montre sa blessure de la main gauche, tout en serrant un parchemin portant l’inscription : « Tu as blessé mon cœur par ta charité » (Vulnerasti cor meum de charitate tua). [13]Donal COOPER, « St Augustine’s Ecstasy before the Trinity in the Art of the Hermits, c. 1360-c. 1440 », dans Louise BOURDUA et Anne DUNLOP (éd.), Art and the Augustinian Order in early Renaissance Italy, Londres, Routledge (coll. Faith and Culture in the Medieval West), 2007, pp. 183-204.

Notes

Notes
1 La daté et le nom des commanditaires est inscrit dans un bandeau, sous la fresque. Voir note 4.
2 « Vulnerasti cor meum de caritate tua » (« Tu as blessé mon cœur par ta charité »). La formule « Vulnerasti cor meum » (« Tu as blessé mon cœur ») est la plus classique des métaphores amoureuses, ainsi que de l’une des phrases les plus célèbres, du Cantique des Cantiques, peut-être le plus grand poème d’amour de l’histoire de la littérature.
3 « Ecce agnus dei ecce qui tollit peccata mundi » (« Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde »). Jn 1, 29-30.
4 « Hoc opus fecit fieri dominus Colus Mussche et Comitibus de Pisis Marianus domini Nicolai domini Guidonis de Saracenis de SENIS sub anno domini M.CCC.LXXIIII di II di settembre » (« Cette œuvre a été réalisée à la demande du seigneur Colus del Mosca, de Comitibus, de Pise, et du comte Niccolò di Guido Saracini (*), de Sienne, l’année de Notre Seigneur 1374, le 2 septembre »).

(*) Parmi les personnages cités, le second, peut être identifié avec certitude comme étant Niccolò di Guido Saracini, qui fut enterré dans l’église du couvent de Lecceto en 1376. Personnage influent, il appartenait à l’une des cinq grandes familles de Sienne et, à ce titre, avait siégé au gouvernement de la ville en 1368, après la chute des Douze. La fresque, cependant, a été commandée par son fils Mariano, représenté la figure du jeune commanditaire agenouillé au bas de la fresque 66. Le second commanditaire peut peut-être être identifié comme Colus del Mosca, de Comitibus, originaire de Pise, que l’on retrouve accrédité à Sienne comme ambassadeur en 1367 et figurant parmi les anciens et prieurs de la municipalité de Pise de 1333 à 1361 67.
5 L’historienne de l’art Narcisa Fargnoli a émis l’hypothèse (*) que cette fresque, et d’autres parmi celles qui ornent le cloître intérieur de l’ermitage, a pu être exécutée par un moine vivant dans ce lieu.
(*) Narcisa FARGNOLI, « La chiesa di San Salvatore nel trecento », dans Cecilia ALESSI et al. (éd.), Lecceto e gli eremi agostiniani in terra di Siena, Milan, Amilcare Pizzi-Monte dei Paschi di Siena, 1990, pp. 194-195.
6 Voir note 4.
7 ​​Acrostiche : texte poétique dont les premières lettres de chaque vers forment un mot lorsqu’on les lit à la verticale. Ce mot peut être le sujet du poème, le nom de l’auteur ou encore de la personne à laquelle il est destiné. L’acrostiche peut aussi être utilisé si l’on veut cacher un message dans un poème.
8 Voir note 4.
9 Narcisa Fargnoli, « La chiesa di San Salvatore nel trecento », dans Cecilia Alessi et al. (éd.), Lecceto e gli eremi agostiniani in terra di Siena, Milan, Amilcare Pizzi-Monte dei Paschi di Siena, 1990, pp. 194-195.
10 « Chronologiquement, l’iconographie de l’Extase d’Augustin apparaît […] en Toscane, dans la nef […] de l’église des Ermites de San Salvatore à Lecceto […]. » Donal COOPER, « St Augustine’s Ecstasy before the Trinity in the Art of the Hermits, c. 1360-c. 1440 », dans Louise BOURDUA et Anne DUNLOP (éd.), Art and the Augustinian Order in early Renaissance Italy, Londres, Routledge (coll. Faith and Culture in the Medieval West), 2007, pp. 183-204.
11 Ibid., p. 208 n. 74.
12 « Il est impossible de dire si le sujet de la vision d’Augustin dans la fresque de Lecceto était une représentation de la Trinité ou du Christ seul, comme le suggérerait une lecture stricte de « Salvatore », mais six ans plus tard, le peintre siennois Francesco di Vannuccio a représenté Augustin et la même inscription dans une scène de Crucifixion sans référence évidente à la Trinité. L’étendard processionnel double face de Vannuccio, daté de 1380 et conservé aujourd’hui à la Gemäldegalerie de Berlin, présente au dos un panneau en verre églomisé représentant la Vierge à l’Enfant entourée de saints et d’un donateur augustinien. Au recto, l’artiste a peint une Crucifixion (*) conventionnelle, flanquée de la Vierge et de saint Jean l’Évangéliste, avec son inscription datée en dessous. À droite, un moine augustin est agenouillé en prière auprès de l’Évangéliste, sa supplication silencieuse étant exprimée par une banderole flottante. » Donal COOPER, « St Augustine’s Ecstasy before the Trinity in the Art of the Hermits, c. 1360-c. 1440 », dans Louise BOURDUA et Anne DUNLOP (éd.), Art and the Augustinian Order in early Renaissance Italy, Londres, Routledge (coll. Faith and Culture in the Medieval West), 2007, pp. 183-204.

(*) Voir : Francesco di Vannuccio, Christus am Kreuz zwischen Mana und Jonannes ; Thronende Maria mit dem Kind und henigen. Berlin, Staatliche Museen, Gemäldegalerie.

13 Donal COOPER, « St Augustine’s Ecstasy before the Trinity in the Art of the Hermits, c. 1360-c. 1440 », dans Louise BOURDUA et Anne DUNLOP (éd.), Art and the Augustinian Order in early Renaissance Italy, Londres, Routledge (coll. Faith and Culture in the Medieval West), 2007, pp. 183-204.

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