
Fra Filippo Lippi (Florence, 1406 – Spolète, 1469)
Apparition de l’Enfant-Jésus à saint Augustin, entre 1452 et 1465.
Tempéra sur panneau, 28 x 51,5 cm.
Provenance : ancienne collection de la princesse d’Oldenbourg [1]Eugénie Maximilianovna de Leuchtenberg (Saint-Pétersbourg, 1845 – Biarritz 1925) : petite-fille du tsar Nicolas Ier, princesse de Leuchtenberg et princesse Romanovskaïa puis, par son mariage, princesse d’Oldenbourg, connue pour son implication dans des œuvres sociales., Saint-Petersbourg.
Saint-Petersbourg, Musée de l’Ermitage.
Cette œuvre, qui faisait autrefois partie d’un tableau d’autel (pala d’altare) non identifié, représente un thème iconographique rare, bien que très populaire : celui de la rencontre sur le rivage de la mer entre Augustin, en train de méditer sur la Trinité, et un ange (l’enfant Jésus dans certaines versions) tentant de vider l’eau de la mer en la puisant à l’aide d’une cuillère pour la reverser dans un petit trou ; selon cette légende, alors que le saint lui demande pourquoi il fait cela, l’enfant lui répond que la tentative de l’esprit humain de comprendre le mystère de la nature divine, c’est-à-dire celui de la Trinité, thème auquel saint Augustin s’est longuement consacré dans ses écrits, est aussi vain que de chercher à prélever l’eau de la mer à l’aide d’une cuillère [2]L’origine de cette scène légendaire, l’une des plus populaires de l’iconographie augustinienne, a fait l’objet de plusieurs études qui ont additionné les hypothèses. Il s’agissait à coup sûr d’un exemplum aisément exploiter par quelque prédicateur en mal d’inspiration. Cependant, « c’est Thomas de Cantimpré (*) qui, le premier à notre connaissance, … Poursuivre [3]Cette scène est également représentée par Benozzo Gozzoli dans le cycle qu’il a peint à fresque sur les parois de l’abside de l’église de Sant’Agostino, à San Giminiano (voir : Benozzo Gozzoli, Alcune leggende riguardanti Agostino. San Gimignano, église de Sant’Agostino)..
La scène peinte par Filippo Lippi s’insère dans un paysage toscan dépouillé et structuré selon les lois de la perspective linéaire, avec une ville dans le lointain à gauche, dont on remarque les remparts et les tours (faut-il y voir la Cité de Dieu de saint Augustin ?). Au lieu de la mer, Lippi a préféré représenter à droite une rivière, sinon un ruisseau, au bord duquel se trouve l’enfant vêtu de bleu. Saint Augustin quant à lui est figuré avec ses vêtements épiscopaux. En haut à droite, le soleil à trois faces figure la Sainte Trinité.
Notes
| 1↑ | Eugénie Maximilianovna de Leuchtenberg (Saint-Pétersbourg, 1845 – Biarritz 1925) : petite-fille du tsar Nicolas Ier, princesse de Leuchtenberg et princesse Romanovskaïa puis, par son mariage, princesse d’Oldenbourg, connue pour son implication dans des œuvres sociales. |
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| 2↑ | L’origine de cette scène légendaire, l’une des plus populaires de l’iconographie augustinienne, a fait l’objet de plusieurs études qui ont additionné les hypothèses. Il s’agissait à coup sûr d’un exemplum aisément exploiter par quelque prédicateur en mal d’inspiration. Cependant, « c’est Thomas de Cantimpré (*) qui, le premier à notre connaissance, l’a attribué nommément à saint Augustin dans son Bonum universale de proprietatibus apum (1263) ; [cette saynète] ne quittera le répertoire des exempla pour s’intégrer à la biographie augustinienne qu’un siècle plus tard, avec le légendier (**) de Pietro de’ Natali (entre 1369 et 1372). La scène fait peu après son entrée dans l’iconographie (***). » Henri-Irénée MARROU, « Saint Augustin en images », dans Journal des savants, n. 1 (1971), pp. 5-14. Au terme d’une autre étude sur ce même sujet, l’auteur en vient à la conclusion suivante : « Nous avons ici un exemple typique de ces ‘tâches impossibles’ que les contes populaires assignent volontiers à leurs héros […]. Il s’agit là de motifs élémentaires de la littérature populaire que les spécialistes ont pu cataloguer, numéroter, tant ils se retrouvent identiques dans les milieux les plus divers. A côté de toute une série de thèmes apparentés : mesurer l’océan, comme chez Chrysostome, rassembler toutes les gouttes d’eau, compter les vagues de la mer, le schéma utilisé par notre légende, – épuiser l’eau de la mer avec une cuillère —, se retrouve dans des contes populaires recueillis au Danemark, en Serbie, comme au Canada français. Dès lors la méthode d’analyse littéraire des textes parallèles se révèle absolument inopérante : le thème peut avoir été retrouvé et mis en œuvre par n’importe quel auteur à n’importe quel moment; c’est que nous avons atteint les couches les plus profondes de l’imagination humaine et en quelque sorte ses archétypes permanents. » Henri-Irénée MARROU, « Saint Augustin et l’ange. Une légende médiévale », dans Christiana tempora. Mélanges d’histoire, d’archéologie, d’épigraphie et de patristique. Rome, École Française de Rome (Publications de l’École française de Rome, 35), 1978. pp. 401-413.
(*) Thomas de Cantimpré (parfois écrit Cantinpré) ou Thomas Cantipratanus Brabantus ou encore Thomas Cantipratensis (Bruxelles, 1201 – 1272) : théologien, hagiographe et encyclopédiste. À la fin de sa vie, il s’applique à une œuvre populaire : en effet, en 1256, le cinquième maître général du chapitre, Humbert de Romans (1254-1263) demande que, dans chaque province, soient notés les faits mémorables qui s’y déroulent. Thomas compose alors le Bonum Universale de Apibus qu’il finit sans doute vers 1263, après l’avoir dédicacé à Humbert. Pour organiser les différentes anecdotes, aussi nombreuses que variées, Thomas choisit la métaphore. Du spectacle des abeilles qu’il avait étudiées dans son encyclopédie De Naturis rerum, il tire l’image d’une société bien ordonnée. Chaque chapitre s’ouvre sur une phrase ou un passage tiré du De Naturis rerum mis ensuite en parallèle avec la leçon allégorique qu’il entend en tirer, à l’aide d’exempla. Cet ouvrage eut un succès considérable à en juger par la soixantaine de manuscrits conservés aujourd’hui. » Anne-Laure MÉRIL-BELLINI DELLE STELLE, Caritas et familiaritas à l’ombre du Seigneur : les relations des mulieres religiosae des Pays-Bas méridionaux du XIIIe siècle avec leur entourage (thèse dactylographiée de doctorat en Histoire, sous la direction de Sophie Brouquet-Cassanges), Université de Toulouse II-Le Mirail (Toulouse), 2012, p. 97-98. |
| 3↑ | Cette scène est également représentée par Benozzo Gozzoli dans le cycle qu’il a peint à fresque sur les parois de l’abside de l’église de Sant’Agostino, à San Giminiano (voir : Benozzo Gozzoli, Alcune leggende riguardanti Agostino. San Gimignano, église de Sant’Agostino). |

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