Le groupe des sept vertus (les quatre vertus cardinales associées aux trois vertus théologales) « s’affirme en tant que tel au XIIe siècle ; auparavant, les deux groupes étaient représentés séparément. Les quatre vertus cardinales trouvent leur origine dans l’Antiquité classique et s’inscrivent dans un système développé notamment par Platon dans La République et repris par Cicéron dans le De officiis ; c’est saint Ambroise qui, avec son De officiis ministrorum, les transmet au Moyen Âge et à la culture chrétienne. Leur iconographie est quant à elle élaborée par l’art carolingien, qui fixe des attributs demeurés souvent fondamentaux par la suite. La Prudence porte un livre, symbole de sagesse ; la Justice tient une balance ; la Tempérance porte une torche et verse de l’eau depuis un récipient pour éteindre symboliquement le feu des passions ; la Force est armée, arborant notamment un bouclier et une lance. La Bible de Saint-Paul (vers 870) et l’Évangéliaire de Cambrai (seconde moitié du IXe siècle) témoignent de la représentation fréquente des vertus cardinales dans les enluminures de l’époque carolingienne, les illustrant en association avec la figure de l’empereur. À partir du XIe siècle, des variantes sont apportées à la représentation désormais courante de cette tétrade : la torche tenue par la Tempérance disparaît, cette dernière mélangeant désormais l’eau et le vin à l’aide de deux récipients. Outre la balance, l’épée ainsi que, parfois, des instruments permettant de tracer une ligne exacte — tels que le compas et le fil à plomb — deviennent des attributs de la Justice. La Prudence est souvent représentée avec un serpent et une colombe, d’après les paroles de Matthieu : « Estote ergo prudentes sicut serpentes et simplices sicut columbae » [1]« Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les colombes » (Mt 10, 16)., ou avec un miroir ; à partir du XIVe siècle, elle peut être dotée de deux ou trois visages symbolisant le passé, le présent et l’avenir : on retrouve ce motif dans la croisée du transept de la basilique inférieure d’Assise, œuvre du ‘Maître des Voiles’ réalisée vers 1315. En raison de leur nombre, les vertus cardinales occupent souvent les bordures des enluminures ou les angles des objets liturgiques. Par ailleurs, avant leur association avec les vertus théologales, survenue à partir du XIIe siècle, elles sont combinées avec d’autres tétrades, notamment les fleuves du Paradis et les Évangélistes ». [2]Irene CERETTI, « L’iconografia dei Vizi e delle Virtù attraverso lo sguardo di un miniatore bolognese del Trecento », I Quaderni Del m.æ.S. – Journal of Mediæ Ætatis Sodalicium, 13, 1 (2010) pp. 125–126. En ligne : https://doi.org/10.6092/issn.2533-2325/7976
Iconographie
Les vertus sont au nombre de sept et comprennent
- les quatre vertus cardinales (d’origine humaine), que sont : la Justice, la Prudence, la Tempérance, la Force d’âme (morale, c’est-à-dire le courage)
- les trois vertus théologales (d’origine divine), que sont : la Foi, l’Espérance, la Charité
Voir : Les péchés et leur iconographie
ICONOGRAPHIE
Dans les arts visuels, les vertus ont souvent été figurées sous une forme personnifiée (une allégorie) et, pour être identifiables, ont fait l’objet d’une iconographie dont les détails ont été fixés par l’usage avant de l’être dans les grands textes publiés à partir du XVIe s. Pour l’essentiel, nous suivons ici celui de Cesare Ripa [3]Cesare RIPA, Iconologie ou les Principales choses qui peuvent tomber dans la pensée touchant les Vices et les Vertus, sont représentées soub diuerses figures, Grauées en cuiure Par IACQVES DE BIE, Et moralement expliquees Par I. BAVDOIN, Paris, 1643..
« Le thème majeur lié aux vertus et aux vices est celui du triomphe des premières sur les seconds ; il trouve ses origines dans l’art de l’Orient ancien, qui offre des exemples de triomphes frontaux et intemporels où dieux et souverains piétinent leurs ennemis — humains ou bestiaux — dans la poussière. L’art chrétien s’approprie ce motif dès ses débuts en s’appuyant sur les paroles du psaume 90 (91), verset 13 : « Super aspidem et basiliscum ambulabis et conculcabis leonem et draconem » [4]« Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, tu fouleras aux pieds le lion et le dragon. » ; il représente ainsi le Christ en Majesté dominant quatre animaux symbolisant le mal, ou bien le figure frappant de l’étendard de la croix les forces ennemies gisant sous ses pieds. Ces deux modes de représentation deviennent des modèles canoniques pour illustrer la victoire de la chrétienté et ouvrent la voie aux figurations du triomphe des vertus sur les vices. Certaines illustrations de la Psychomachie de Prudence (un traité du Ve siècle relatant sept scènes de combat entre vices et vertus) mettent en scène le triomphe de vertus se dressant sur leurs antagonistes comme sur des socles rigides. Dans d’autres représentations, les vices subissent une humiliation plus profonde : désarmés et incapables de toute résistance, ils sont contraints d’assister, les yeux ouverts, à leur propre destruction. » [5]Irene CERETTI, op. cit., p. 127.
Notes
| 1↑ | « Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les colombes » (Mt 10, 16). |
|---|---|
| 2↑ | Irene CERETTI, « L’iconografia dei Vizi e delle Virtù attraverso lo sguardo di un miniatore bolognese del Trecento », I Quaderni Del m.æ.S. – Journal of Mediæ Ætatis Sodalicium, 13, 1 (2010) pp. 125–126. En ligne : https://doi.org/10.6092/issn.2533-2325/7976 |
| 3↑ | Cesare RIPA, Iconologie ou les Principales choses qui peuvent tomber dans la pensée touchant les Vices et les Vertus, sont représentées soub diuerses figures, Grauées en cuiure Par IACQVES DE BIE, Et moralement expliquees Par I. BAVDOIN, Paris, 1643. |
| 4↑ | « Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, tu fouleras aux pieds le lion et le dragon. » |
| 5↑ | Irene CERETTI, op. cit., p. 127. |
