Neroccio di Bartolome de’ Landi, « La Madonna in trono col Bambino e i Santi Pietro, Sebastiano, Giovanni Battista, Sigismondo, Bernardino e Paolo »

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Neroccio di Bartolome de’ Landi (Sienne, 1447 – 1500)

La Madonna in trono col Bambino e i Santi Pietro, Sebastiano, Giovanni Battista, Sigismondo, Bernardino e Paolo (La Vierge en majesté avec l’Enfant et les saints Pierre, Jean Baptiste, Sigismond, Bernardin et Paul), 1492 (datée et signée).

Tempéra sur panneaux, 142,5 x 128,5 cm.

Inscriptions :

  • (sous le trône de la Madone : « OPUS NEROCII DE SENIS MCCCCLXXXXII » [1]« Œuvre de Nerocccio de Sienne. 1492.« 
  • (sur le phylactère tenu par Jean Baptiste : « ECCE QV[I…] » [2]« […] altera die videt Iohannes Iesum venientem ad se et ait ecce agnus Dei qui tollit peccatum mundi. » : « Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » (Jn 1, 29).

Provenance : : Eglise de Montepescini, Murlo (Sienne).

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Au centre, assise sur un trône finement sculpté d’or aux accoudoirs ornés de têtes de putti, la Vierge est présentée en majesté, en tant que Reine des cieux, et tourne son regard vers l’observateur comme pour le prendre à témoin. C’est ainsi que celui-ci devient à son tour le témoin d’une scène dont les personnages, représentés en frise, selon une convention dite d’isocéphalie [3]Appliquée depuis la plus haute Antiquité, la règle d’isocéphalie, qui fut respectée en Grèce jusqu’à la fin du VIe siècle av. J.-C., était utilisée lorsqu’il s’agissait de représenter plusieurs personnages situés dans des positions ou des plans différents, notamment sur les frises sculptées. Suivant cette convention, tous les personnages devaient avoir … Poursuivre, des saints figurés aux côtés de la Vierge et en arrière plan, ont eux-mêmes d’emblée pris la mesure exacte de la saynète, ainsi que l’exprime leurs mines graves. La Vierge semble jouer avec son fils qui cherche à attraper ce qu’elle tient dans la main droite et lui présente avec une sorte d’hésitation qui paraît rendre l’Enfant plus désireux encore de l’attraper. Cette forme qui se noie dans les teintes foncées d’un manteau virginal que le temps a vieilli, c’est un fruit, une figue parfaitement reconnaissable à sa forme et à sa couleur violet foncé. Cette figue, dans le vocabulaire de l’iconographie chrétienne, est aussi l’un des symboles les plus courants de la Passion du Christ. Un observateur informé ne peut douter du sens exact de la scène qu’il contemple et du drame qui se dissimule derrière une scène d’apparence anodine et qui, dès lors, cesse de l’être lorsque les éléments du véritable discours qui sous-tend l’œuvre se trouve mis en place.

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De gauche à droite, autours du trône (fig. 1), sont représentés les saints :

  • Pierre, porteur de son inséparable clé, il est reconnaissable à sa barbe et à sa coiffure grisonnante. En regardant cette figure puissante, dont le corps à l’apparence d’un monolithe même s’il semble encore marcher sur la pointe des pieds comme ses ancêtres gothiques, il est difficile d’imaginer que Neroccio n’a pas attentivement observé les figures peintes par Masaccio quelques dizaines d’années plus tôt sur les murs de la chapelle Brancacci à Florence. [4]Masaccio, Il pagamento del tributo (Le paiement du Tribut), détail. Fresque. Florence, Église de Santa Maria del Carmine, Chapelle Brancacci (fig. 3).
  • Sebastien, nu, les bras attachés dans le dos, est encore criblé de flèches ; même si l’hagiographie nous apprend qu’il a été soigné par Irène, sa soeur, qui lui a ôté les flèches et l’a guérit, il est condamné à apparaître le corps éternellement transpercé de flèches afin de susciter la méditation du fidèle (et aussi, un peu, la jouissance esthétique que procure la contemplation d’un corps masculin nu et souvent beau, chose qui peut surprendre dans une église) et la seule jouissance esthétique à l’amateur d’art qui l’a remplacé au musée.
  • Jean Baptiste, cheveux hirsutes comme il se doit, porte un phylactère dont les premiers mots (« ECCE QVI … ») sont ceux prononcés lors de la venue du Christ sur les rives du Jourdain.
  • Sigismond (fig. 2) est un saint plus rare. L’une des figures les plus célèbres du personnage est celle peinte par Piero della Francesca au Tempio Malatestiano de Rimini [5]Piero della Francesca, Sigismondo Pandolfo Malatesta in preghiera davanti a san Sigismondo (Sigismond Malatesta en prière devant saint Sigismond), 1451. Fresque détachée. Rimini, Tempio Malatestiano (fig. 4).. Fils de Gondebaut, roi des Burgondes, et vénéré comme saint, il devint roi à son tour, de 516 à 523, ainsi que le rappelle la couronne qu’il porte sur la tête.
  • Bernardin nous est devenu quasiment familier tant il apparaît dans les peintures réalisées à Sienne, sa patrie de naissance, et tant il est reconnaissable à son visage émacié dont le modèle initial pourrait bien avoir été réalisé de son vivant par un artiste siennois et copié ensuite en quantité innombrable.
  • Paul, qui fait comme toujours, pendant avec Pierre, a l’apparence habituelle d’un homme mûr, sage, accablé d’une calvitie, portant une longue barbe brune et muni de l’immense épée qui fut aussi l’instrument de son martyre.
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Notes

Notes
1 « Œuvre de Nerocccio de Sienne. 1492.« 
2 « […] altera die videt Iohannes Iesum venientem ad se et ait ecce agnus Dei qui tollit peccatum mundi. » : « Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » (Jn 1, 29).
3 Appliquée depuis la plus haute Antiquité, la règle d’isocéphalie, qui fut respectée en Grèce jusqu’à la fin du VIe siècle av. J.-C., était utilisée lorsqu’il s’agissait de représenter plusieurs personnages situés dans des positions ou des plans différents, notamment sur les frises sculptées. Suivant cette convention, tous les personnages devaient avoir la tête au même niveau, située sur une même ligne.
4 Masaccio, Il pagamento del tributo (Le paiement du Tribut), détail. Fresque. Florence, Église de Santa Maria del Carmine, Chapelle Brancacci (fig. 3).
5 Piero della Francesca, Sigismondo Pandolfo Malatesta in preghiera davanti a san Sigismondo (Sigismond Malatesta en prière devant saint Sigismond), 1451. Fresque détachée. Rimini, Tempio Malatestiano (fig. 4).

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