‘Maestro dell’Osservanza’ (Sano di Pietro ?), « San Francesco stimatizzato »

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Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?)

San Francesco stigmatizzato (Saint François stigmatisé), environ 1444.

Élément du Polittico della Passione, tempéra et or sur panneaux, 87 x 46 cm.

Inscriptions : /

Provenance : Acquis par l’Etat italien pour la Pinacoteca Nazionale de Sienne, dans une vente aux enchères, en 2002.

Sienne Pinacoteca Nazionale.

François, dont la mâchoire inférieure est couverte d’une barbe de courte taille, est agenouillé et semble léviter devant l’apparition du Christ en croix sous l’aspect d’un séraphin. Il présente les paumes de sa main vers l’apparition comme s’il avait voulu être plus sûrement frappé dans sa chair. Ses yeux arrondis d’une manière qui « frise la naïveté » [3], traduisent, en réalité un manque d’expressivité particulièrement significatif puisqu’il vise à exprimer l’état d’abandon de soi qui, semble-t-il, est le propre de l’extase (lequel, comme nous l’apprennent les saints et les saintes de l’ère baroque, est aussi une forme de ravissement).

Le panneau représentant François stigmatisé est, avec la sainte Lucie de la Fondazione del Monte dei Paschi (Sienne, fig. 4) et le Saint Ansano de Turin (Collection privée, fig. 6) l’un des trois éléments du Polittico della Passione (fig. 1) attribué au ‘Maître de l’Observance’, encore conservés en Italie. Tous les autres, dont la prédelle entière, ont, de longue date, franchi les frontières du pays, quand ce ne sont pas celles des océans.

Les panneaux de ce polyptyque, généralement daté de 1444, soit quelques mois avant celui des Gesuati, visible dans la salle suivante (16b) de la Pinacothèque, entretiennent avec celui-ci plus d’une affinité. Au point qu’il constitue lui aussi une sorte de trait d’union entre le corpus d’œuvres attribuées au ‘Maître de l’Observance’ et celui de Sano di Pietro. Cette caractéristique, observée par la critique, a conduit plusieurs chercheurs en histoire de l’art à proposer le nom de l’un des assistants de Sassetta. C’est ainsi, par exemple, que Keith Christiansen [1] a avancé celui de l’obscur Vico di Luca. D’autres auteurs ont proposé d’autres noms, sans être suivis. Ainsi, la personnalité du ‘Maître de l’Observance’ demeure-t-elle un vide obstinément mystérieux, tandis qu’un jeune peintre, né en 1405 et documenté depuis 1428, promis à produire une œuvre prolifique, se voit encore refuser la paternité d’un catalogue d’œuvres qui lui ressemble pourtant à bien des égards.

À l’instar du panneau représentant Ansano, le saint François recevant les stigmates que lui envoie le Christ-séraphin conserve les mêmes marques provenant de deux des chapiteaux de l’encadrement, les mêmes formes trilobées gravées sur le support doré, et le même format privé de sa pointe supérieure, résultat d’une découpe moderne.

De la même manière, les deux panneaux de Sienne ont fait l’objet d’un lourd travail d’intégration de couleur grise, qui couvre toute la surface que cachait initialement la charpenterie de l’encadrement. Cette vilaine intégration, épaisse et luisante, mériterait d’être retirée.

Reconstitution du Polittico della Passione

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La reconstitution ci-dessus (fig. 1) est celle proposée par Andrea De Marchi. [2] Cette proposition vient après nombre d’autres, formulées principalement par Pope-Hennesy, Christiansen, Carli, Van Os, Israëls. Elle réunit, outre les deux panneaux actuellement à Sienne, des œuvres de provenances variées, principalement américaines, dans une structure composée de deux registres superposés, reposant sur une prédelle.

  • Registre principal

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    • Vierge à l’Enfant (panneau central), fig. 2.

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    • Lucie (panneau latéral droit), fig. 4.
  • Registre supérieur

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    • François stigmatisé (panneau latéral gauche), fig. 5.

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    • Ansano (panneau latéral droit), fig. 6.
  • Prédelle
    • Histoires de la Passion et de la Résurrection du Christ ; cinq compartiments représentent les scènes suivantes :

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      • Flagellation, Rome, Musei Vaticani, Pinacoteca. Fig. 7.

Nous nous trouvons dans une espace architectural particulièrement sophistiqué, face à une scénographie elle-même très élaborée. Hérode se tient debout devant son trône, dans un vaste atrium, à l’intérieur de son palais, tandis que les Juifs, le nez collé à une vitre qui n’existe évidemment pas, assistent à la scène en un groupe serré à qui l’entrée dans l’édifice aurait été refusé.

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      • Montée au Calvaire. Philadelphie, Johnson Collection. Fig. 8.

Si les couleurs de la reproduction paraissent excessivement acidulées, on retrouve cependant là des accords chromatiques fréquemment rencontrés dans l’œuvre de Sano. Le côté un peu naïf de la représentation, mais aussi la grande précision de détails empruntés à la vie quotidienne (les tissus qui sèchent sur les barres de bois accrochées devant les fenêtres du bâtiment de droite … nous sommes bien en Italie), ajoutent à la poésie de la scène. La procession est en mouvement, et pourtant, elle semble figée, comme à l’arrêt.

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      • Crucifixion. Kiev, Khanenko Museum. Fig. 9.

Contrairement aux autres scènes, la Crucifixion se situe dans une sorte de abstraction, hors du temps et de l’espace. Le contexte immatériel et atemporel confère à l’image une dimension d’éternité, en concordance parfaite avec le sens du mystère de la Rédemption qui, aux yeux des chrétiens, vient de se réaliser.

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      • Résurrection. Detroit Institute of Arts. Fig. 10.

Cette scène résume le génie créatif du Maître de l’Observance (ou du Sano d’avant le mitan du siècle). Le Christ ressuscité flotte au-dessus du tombeau à l’intérieur d’une sorte de mandorle, telle que l’on en voit habituellement dans les représentations de l’Ascension plutôt que dans une scène dès la Résurrection. Les effets de lumière sont particulièrement sophistiqués : le coucher de soleil sur la campagne vallonnée dont on ne voit que le profil ; la mandorle qui éclaire l’arrière plan à contre-jour du coucher de soleil. Sans parler de deux particularités iconographiques : le tombeau fermé comme si le Christ n’avait pas soulevé le couvercle mais l’avait traversé ; les soldats éveillés et non plus endormis qui observent stupéfaits le Christ ressuscité.

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      • Descente aux Limbes. Cambridge (Massachusetts), Harvard University, Fogg Art Museum. Fig. 11.

Jésus a vaincu la résistance du diable que l’on aperçoit écrasé sous la porte par laquelle le Christ a pénétré  dans les limbes. Par un stratagème visuel fréquent au Moyen âge et perpétué ici, qui pourrait évoquer le principe du « quatrième mur », cette paroi invisible que dessine, au théâtre, le cadre de la scène), le peintre à supprimé la paroi de la grotte ou, pour mieux dire, il l’a littéralement déconstruit pierre à Pierre, afin de nous permettre de voir l’intérieur de la scène.

Liste des reproductions :

  • Fig 1. Reconstitution du Triptyque de la Passion selon Andrea De Marchi. [2] Cette hypothèse est mise en doute par Alessandro Bagnoli (voir notice dactylographiée de l’exposition Sano di Pietro – Pittore Senese del Rinascimento, Sienne, Fondazione Monte dei Paschi, Palazzo Sansedoni, 9-20 décembre 2019).
  • Fig. 2. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?),  Madonna col Bambino, 1435–40. Élément du Polittico della Passione, tempera et or sur panneau, 143,5 x 49,5 cm. New-York, Metropolitan Museum (Collection Lehman).
  • Fig. 3. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?),  Jean Baptiste. Élément du Polittico della Passione, tempéra et or sur panneau, 70,5 x 40,5 cm. Dallas, collection privée.
  • Fig. 4. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?), Santa Lucia. Élément du Polittico della Passione, tempera et or sur panneaux, 72 x 47,8 cm. Sienne, Fondazione del Monte dei Paschi, Palazzo Sansedoni.
  • Fig. 5. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?), San Francesco stimatizzato (Saint François stigmatisé). Élément du Polittico della Passione, tempéra et or sur panneaux, 92,3 x 47 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
  • Fig. 6. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?), Sant’Ansano. Élément du Polittico della Passione, tempéra et or sur panneaux, 86,5 x 45,5 cm. Turin, Collection privée.
  • Fig. 7. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?), Flagellation. Compartiment de la prédelle du Polittico della Passione, tempéra et or sur panneau, 36,5 x 45,7cm. Rome, Musei Vaticani, Pinacoteca.
  • Fig. 8. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?), Montée au Calvaire. Compartiment de la prédelle du Polittico della Passione, tempéra et or sur panneau, 36,8 x 47 cm. Philadelphie, Johnson Collection.
  • Fig. 9. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?), Crucifixion. Compartiment de la prédelle du Polittico della Passione, tempéra et or sur panneau, 37 x 69 cm. Kiev, Khanenko Museum.
  • Fig. 10. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?), Résurrection. Compartiment de la prédelle du Polittico della Passione, tempéra et or sur panneau, 36,9 x 45,9 cm. Detroit Institute of Arts.
  • Fig. 11. Maestro dell’Osservanza (Sano di Pietro [Sienne, 1405 – 1481] ?), Descente aux Limbes. Compartiment de la prédelle du Polittico della Passione, tempéra et or sur panneau, 38 x 47 cm. Cambridge (Massachusetts), Harvard University, Fogg Art Museum.

[1]  CHRISTIANSEN 1988, pp. 99-100.

[2] Andrea De Marchi, in Da Jacopo della Quercia a Donatello. Le Arti a Siena Noël primo Rinascimento, Milan, Federico Motta Editore, 2010, pp. 272-275.

[3] Andrea de Marchi, idem. En français dans le texte.