‘Maestro dell’Osservanza’

Maître de l’Observance – Sano di Pietro ? – (actif à Sienne durant le second quart du XVe s.), Saint Jean l’Evangéliste. Tempera et argent sur panneau, 21.3 x 23 cm. Vente Christie’s Monaco, Master Paintings Evening sale, 1er février 2018.

‘Maître de l’Observance’ (Sano di Pietro ?), peintre anonyme actif durant le second quart du XVe siècle.

“[…] unquestionably one of the outstanding Sienese artists of the second quarter of the fifteenth century” [1]

Le nom du peintre dérive de celui du triptyque de la Vierge à l’Enfant entre les saints Ambroise et Jérôme, également appelée Pala dell’Osservanza (Basilique de San Bernardino dell’Osservanza, à proximité de Sienne), peinte initialement pour l’église de San Maurizio, fondée en 1436, comme le rappelle une inscription lisible sur la base du cadre. [2]

C’est l’historien de l’art Roberti Longhi qui, le premier, a réuni sous le nom de ce Maître anonyme un corpus d’œuvres initialement attribuées soit à Sassetta (Berenson, suivi de Cavalcaselle et Pope-Hennessy [3]), soit au jeune Sano di Pietro (Brandi [4], Berenson, Boskovitz et, plus récemment encore, De Marchi), parfois même, de façon beaucoup moins convaincante, à un mystérieux peintre nommé Francesco di Bartolomeo Alfei. [5]

Alberto Graziani, en 1942 [6], suivant la proposition de Roberto Longhi dont il avait été l’élève, émit l’hypothèse, admise encore jusqu’à une période récente, que le nom (documenté) d’un assistant de Sassetta, Vico (Ludovico) di Luca, pouvait se cacher derrière celui de ‘Maître de l’Observance’.

Cependant, de plus en plus de spécialistes, étudiant le mystère du ‘Maître de l’Observance’, ont signalé une évolution notable du style dans les travaux de celui-ci, depuis des débuts plutôt « sassettesques » jusqu’à une manière plus tardive, très proche de celle de Sano di Pietro. On sait également que la relation entre Sassetta et Sano est documentée depuis la jeunesse de ce dernier. En ajoutant le fait – incompréhensible – qu’aucune œuvre d’importance de Sano ne soit connue avant 1444 (bien qu’il soit né en 1405 !), tous ces éléments plaident en faveur d’une identification entre le ‘Maître de l’Observance’ et le jeune Sano di Pietro.

En 2011, Maria Falcone [7], alors doctorante, a publié un document d’archive attestant d’un paiement à Sano di Pietro pour le retable de la Nativité de la Vierge du Musée d’Asciano, rendant ainsi encore plus probable, bien que toujours discutée, la paternité du jeune Sano sur l’ensemble des œuvres réunies depuis 1948 sous celui du ‘Maître de l’Observance’.

[1] “[…] sans aucun doute l’un des extraordinaires artistes siennois du second quart du XVe siècle”. Keith Christiansen, Painting in Renaissance Siena 1420–1500 (exhibition catalogue). New York, Metropolitan Museum of Art, 20 December 1988 – 19 March 1989, p. 99.

[2] La date de 1436 renvoie bien à la fondation de la chapelle et non à la création du triptyque. L’inscription sur la base précise : « MANUS . ORLANDI . FIERI . FECIT . hCMC . TAbVLAM . CVM . TOTA . CAPELLA . MCCCC36 »

[3] Dans son analyse du triptyque de l’Observance, Pope-Hennesy note : « Instead of the strong colours and fiery flesh tones of the Duomo altarpiece [that is, the Madonna of the Snow, later acquired for the Contini Bonacossi collection and now in the Gallerie Fiorentine] the corollary of three-dimensionalism, we find pale pinks and blues, whites and thin golds, the luminous adjuncts of a more strictly ornamental purpose. The conclusion to which they lead us needs to be stated at no length. Between 1432 and 1436 Sassetta had become a Gothic painter. » John Pope-Hennessy, Sassetta. 1939, pp. 59-60.

[4] Cesare Brandi, Quattrocentisti senesi. Milano, 1949, pp. 69–87.

[5] Cecilia Alessi et Piero Scapecchi, « Il ‘Maestro dell’Osservanza’: Sano di Pietro o Francesco di Bartolomeo », in Prospettiva, n° 42, 1985, pp. 13–37.

[6] GRAZIANI 1942, pp. 75– 88. Avant la proposition de Longhi-Graziani, les œuvres réunies dans le corpus du ‘Maître de l’Observance’ étaient considérées, sauf exception, comme ayant été réalisées au cours d’un (étrange) interlude gothique dans la carrière de Sassetta {voir note 3).

[7] Maria Falcone, « La giovinezza dorata di Sano di Pietro: un nuovo documento per la Natività della Vergine di Asciano », in Prospettiva, n° 138, 2010, pp. 28–48.