Giovanni di Paolo, « San Giovanni Battista » ; « San Domenico »

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Giovanni di Paolo (actif à Sienne vers 1400 – 1482)

  • San Giovanni Battista
  • San Domenico

Panneaux latéraux d’un retable surmontés, à l’origine, de cuspides, tempera sur panneau, respectivement 125,5 x 41,5 cm. et 125,5 x 42,5 cm.

Inscriptions :

  • (dans le nimbe de Dominique) : « SANCTUS DOMENICUS ORDINUS PREDICANTI »
  • (dans le nimbe de Jean Baptiste) : « SANCTUS JOHANN[E]S BAPTISTA »

Provenance : Église de San Domenico (autel Pecci), Sienne.

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Ces deux panneaux latéraux proviennent d’un retable qui ornait l’un des autels de la Basilique Saint Dominique de Sienne. Ils en constituent le seul souvenir. Leur splendeur ravive la nostalgie de l’ensemble disparu.

Voici un nouvel exemple de l’extraordinaire sophistication visuelle de l’art de Giovanni di Paolo, que l’on peut observer, en particulier, dans la figure de Jean Baptiste que l’on voit désigner de l’index l’image d’un Sauveur à jamais absente :

  • L’extrême préciosité du manteau ciselé du saint est réverbérée par la lumière d’un fond d’or uni que l’on ne peut se résoudre à trouver anachronique dans ce troisième quart du Quattrocento, tant il participe d’une esthétique singulière. Cachant le corps nu de l’ermite, la mélote [1] elle-même, par ses boucles aux formes stylisées, revêt un caractère étrangement précieux.
  • Le dessin qui scrute au scalpel les formes du visage, des mains et des jambes du prophète, et semble tailler les chairs jusqu’à faire apparaître les veines, les os et les ligaments, souligne avec une sorte de réalisme qui va jusqu’à la cruauté, l’anatomie d’un corps souffrant.

Le puissant contraste né de la confrontation de ce corps meurtri, dans lequel s’impose une réalité trop quotidienne, avec la splendeur inouïe du rendu du manteau aux plis métalliques et aux reflets mordorés qui le dissimulent, et dont on ne verra jamais aucun exemple dans la réalité, ce contraste produit une image véritablement troublante, qui s’imprime avec force, et durablement, dans l’esprit du spectateur.

Le sol de marbre sur lequel se tiennent les deux saints se prolonge d’un panneau à l’autre. Le dessin tourmenté des veines de ce marbre semble à l’image des sentiments exprimés par les deux personnages sacrés. En se tournant maintenant vers le « frère prêcheur » (Dominique), et en dépit de son impassibilité apparente, on percevra d’emblée un regard brûlant de fièvre.

[1] Mélote : « Ce mot purement grec se prend en général pour la peau de toutes sortes de quadrupèdes à poil ou à laine ; mais il designe en particulier une peau de mouton ou une peau de brebis avec sa toison : car il signifie brebis. Les premiers anachorètes se couvraient les épaules avec une mélote, et erraient ainsi dans les déserts » (définition donnée dans l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751 – 1772), sous la direction de Denis Diderot et, partiellement, de Jean Le Rond d’Alembert).